De quoi respirer encore un peu. Le ouf de soulagement d'un dimanche soir sous le ciel de France. Mais la nuit est toujours là. Juste un filet d’air. À l’horizon, pas d'horizon. Ni aube à venir. Une lueur fragile sous la poitrine du pays. Et peut-être un souffle sans lendemain. Qu'un répit. La nuit des allumeurs et des allumeuses de haine flottent encore au-dessus du pays. Erreur de ma part. Leur nuit ne flotte pas ; elle est présente partout, chez de nombreux êtres plus ou moins paumés. Aimantés par les bonimenteurs d’un monde meilleur. Sans se douter qu’ils et elles apportent leur pierre à un chantier de destruction. Qui vont-ils détruire ? La liste est longue. Vous n’êtes pas sur la liste ? Pas pour l’instant. Un jour, vous pourrez y être inscrit à votre tour. Parmi les non-conforme à la nouvelle norme. Celle d’une seule couleur d’histoire. Triste papier peint monocolore.
Ouf a les mêmes lettres que fou. Mais nous ne sommes pas à l’abri de la folie. Elle se manifeste d’ailleurs au quotidien. Par des petites ou grandes piqûres de haines. Ici et à travers toute la France. Et le monde. Que les métèques et autres sémites, les habituels boucs-émissaires, à se trouver dans le viseur ? Non. Même s’ils occupent le centre. Certaines de ses cibles se divisent, pour la plus grande joie du regard de l’œil au bout du fusil ; pour lui, pas de distinguo : à plus ou moins long terme, tous et toutes à détruire. Mais d’autres sont dans le viseur.
Toutes sortes de cibles. Dont des citoyennes comme cette femme. L’exemple à chaud d’une institutrice dans un village de montagne. Agressée parce qu’homosexuelle. La haine se propagera partout. Même sous votre toit pour l’instant à l’abri. Moi, ça va. Aucun souci. C’est vrai ; rien qui ne puisse vous ranger dans la catégorie des cibles. Complètement dans les clous des nouvelles normes - que vous avez peut-être validées de votre voix. Tout va bien. Jusqu’aux petits coups contre votre porte. De plus en plus insistants. Plus des coups contre la porte du voisin. La haine a trouvé votre adresse.
Ce billet n’a rien d’original. Nombre de gens, personnalités publiques ou non, répètent que ce n’est qu’un souffle. Le temps de reprendre des forces. Pourtant, la course des egos a repris ici et là. Chacun chacune cherche sa place. C’est à celui ou celle qui ira le plus loin pour se rapprocher de la caméra. Prêts même à de très grosses provocations uniquement pour attirer les lumières sur son nom. Rien de nouveau que ce pathétique. On a l’habitude des « voleurs et voleuses d’espoir ». Mais une très grosse différence de nos jours. C’est que nous sommes encore en pleine nuit. Pas celle du 4 août et son abolition des privilèges. Rien à voir en ce moment. Nous sommes dans l’obscurité. Au bord de l’obscurantisme. Et la nuit de l’abolition des lumières.
Une urgence inaudible pour telle ou telle oreille. Qui sont ces sourds et sourdes ? Pas uniquement des porteuses et des porteurs officiels de République en bandoulière. Parmi elles et eux, de vrais républicains et humanistes. Même si certains et certaines sont des « tous pourris ». Comme celles et ceux qui, à peine le répit arrivé, ont repris leurs vieilles habitudes. Comme si rien ne s’était passé. Comme si l’extrême pire n’avait pas été évité de près. Comme si… N’existent que leur ego et ambitions. À quel camp appartiennent-ils ? Tous. Mais, à mon avis, les plus dangereux, sont d’un seul côté. Lequel ?
Le camp de l’espoir. S’il est trahi, le répit implosera. Plus la moindre espérance de voir poindre les lumières d’une autre aube. Différentes de la précédente. Un matin de France avec un grand souffle : une belle respiration dans chaque poitrine du pays. Si la trahison des porte-espoir s’avère, rien de tout ça n’arrivera. Au contraire. Les allumeurs et les allumeuses couvriront le pays de brasiers. Des feux de haine de ville en village. Pas de coin tranquille échappant aux flammes. Partout, ça cramera. Dans les têtes, sous les poitrines. Et l’espace public. La preuve par les croix gammées sur les murs d’une école d’un village guère éloigné du mien ; très joli endroit et en apparence très tranquille. Ou une autre haine, ailleurs à la montagne, les ignobles insultes homophobes contre cette institutrice évoquées en début de billet. Non ; pas d’espace préservé de la folie destructrice. Les flammes de la haine se propagent très vite. L’histoire nous l’a en plus dit et répété x fois. Notre espèce a une mémoire de poisson rouge ?
En attendant, y a le feu au bocal France. Partout le territoire. Mais ça brûle aussi dans d’autres bocaux en Europe et dans le monde. En plus du réchauffement climatique, les flammes des ultranationalistes et leurs clones et allies objectifs les cramés et crameurs de Dieu. Le pire se nourrissant du pire. Ces deux catégories ont souvent des ennemis en commun. Bien sûr la liberté. Et la démocratie. Toutefois, le plus souvent leur premier ennemi de chair et d’os, c’est la femme à réduire à nouveau en paillasson du monde. Pourquoi répéter ce que tant de voix répètent en boucle depuis des semaines, voire même des dé décennies ? Quel intérêt à radoter de la noirceur visible de tous et toutes ? Parce qu’il y a le feu au lac mondial.
L’extincteur est dans le camp des porte-espoir. En France et ailleurs. Mais aussi entre nos mains. Petites invisibles ou très visibles. Chaque être peut apporter son aide. À un petit ou grand niveau. Mais les représentants et représentantes de l’espoir ont une plus grande responsabilité. S'ils et elles ne sont que la courroie de transmission de leurs egos et intérêts de quelques-uns et unes, ce sera terrible. Une gravité jamais atteinte. Ou aux périodes les plus sombres de ce pays. Cette fois, les trahis et trahis n’hésiteront pas un seul instant quand on les sollicitera. Choisissant l'extrême nuit et aux deux tours. Avec les pires conséquences pour les habitants et habitantes de ce pays. Surtout les… Tous et toutes potentiellement dans le viseur.
Un répit ne dure jamais. Soi ce n’est qu’une rémission, avant la fin. Ou un début. De quoi ? Le début de la fin de la nuit. Espérons que ce répit est l’annonce d’un nouveau lendemain. Même un moins pire ; on prend. Toutefois, quitte à choisir, autant viser le meilleur. En attendant, l’espoir ne fera pas tout. Même s’il compte sur ces porteurs et porteuses. Nous aussi. Pareil pour tout le pays. D’accord pour vous donner notre voix. Mais pas pour nous rendre une enveloppe vide. Ou remplis de vos egos, vos blessures narcissiques, et vos petites et grandes vanités. Merde les porteuses et porteurs d'espoir, plus les autres républicains; faites un effort. Ne serait-ce que pour vos gosses et vos amis. Et si vous n’avez ni l’un ni l’autre, faites-le pour vous. Finir votre temps qui passe en belle France. Et, cerise sur l’orbite, en beau monde. nous avons fait notre boulot. Parfois pas simple. L'extincteur est désormais entre vos mains.
Le ouf de l’espoir donné en pâture aux fous de l’extrême nuit ? La question est toujours d’actualité. L’urgence n’a pas pris de vacances. Ne surtout pas croire avoir gagné. Les allumeurs et les allumeuses de haines n’ont pas dit leur dernier mot. À l’affût du pouvoir. Et ils et elles n’en sont pas loin. Capable un jour d’exploser tous les barrages. Et on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas. Tout est devant nos yeux. Suffit de les ouvrir pour voir le danger. Pas celui passé. Mais l'autre encore pire. Obscurantisme ou lumières de France ?
Souffler n'est pas gagner.
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