Fiche pratique 13 : la politique des bas salaires

On entend partout des contre-vérités ou des explications partielles. C'est pourquoi j'ai créé quelques fiches pratiques. Chacune traite d'un seul sujet et l'explique de façon très synthétique et claire.

Pourquoi les politiques appliquées par nos divers gouvernements depuis 40 ans sont forcément vouées à échouer ? Il y a plusieurs raisons à cela mais pour faire dans la pédagogie (mission première de ce blog), nous allons prendre un seul exemple et l'expliquer de façon très simple. Cet exemple c'est la politique des bas salaires.

Afin de lutter contre le chômage et d'inciter les entreprises à embaucher, nos divers gouvernements ont décidé de lutter contre le "coût du travail" (alors que le coût du capital est bien supérieur mais bon...) en baissant voire en exonérant complètement de cotisations sociales les salaires au niveau ou proches du SMIC. On remarquera au passage que l'idée même est une aberration car, et les résultats le démontrent, cette politique n'a absolument aucun effet sur le chômage puisque, vous fidèles lecteurs de ce blog vous le savez bien, ce ne sont pas les entreprises qui créent les emplois mais les clients (voir l'article Enfumage lexical - Terme 3 : les entreprises créent les emplois). Mais outre son manque d'effet sur le chômage, cette politique est vouée à échouer. Pire encore : à dégrader la situation. Voici pourquoi.

Si les exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires ont été faites pour inciter les patrons à embaucher, elles incitent aussi à embaucher à des salaires bas. C'est évident puisque si en tant que patron j'augmente les salaires, je vais devoir payer les cotisations sociales. Donc j'embauche à bas salaire et je fais tout mon possible pour laisser les salariés avec des bas salaires. Comme parallèlement il n'y a plus de "coup de pouce" au SMIC depuis bien longtemps, ou plutôt comme l'augmentation du SMIC est inférieure à l'inflation (l'augmentation des prix), les smicards arrivent de moins en moins à vivre avec leur salaire, avec les fruits de leur travail. Heureusement, nos intellos de la politique ont inventé les aides sociales qui permettent, à la fois aux petits salaires d'arriver à peu près à boucler les fins de mois, mais qui aussi maintiennent une image des smicards comme étant des assistés, incapables de vivre sans aides. 

Or ces aides sociales, financées en partie par l'impôt et en partie par la cotisation sociale, ont de plus en plus de mal à être financées. Pour rappel (voir sur ce blog la Fiche pratique 1 : la cotisation sociale), la cotisation sociale est une part du salaire qu'on a décidé de socialiser, de mettre en commun, afin de payer de façon collective certains risques de la vie comme la santé ou le chômage par exemple. Or en exonérant de cotisations sociales les bas salaires, bas salaires qui sont de plus en plus fréquents puisque, comme nous venons de le voir, les patrons n'augmentent plus les salariés, il y a moins d'argent cotisé. Du coup, l’État est bien obligé de baisser les aides sociales octroyées aux salariés... Et la boucle est bouclée.

Afin d'être le plus clair possible, reprenons l'enchaînement des évènements :

  • Exonération des cotisations sociales sur les bas salaires implique
  • Incitation au maintien des bas salaires aggravé par l'absence d'augmentation du SMIC d'où
  • Des salariés qui doivent s'appuyer sur des aides sociales pour arriver à boucler leurs mois ce qui occasionne
  • Un plus grand besoin d'aides sociales mais, du fait des exonérations, les aides sociales ne peuvent plus être financées donc
  • Baisse des aides sociales qui fait que
  • Le salarié n'arrive plus à vivre.

Pour cette raison et plein d'autres que nous avons déjà vues dans les divers sujets traités sur ce blog, la baisse et/ou l'exonération des cotisations sociales est toujours une mauvaise chose, une fabrique à misère, toujours vouée à l'échec. Enfin... à l'échec pour les pauvres. Car pour les plus riches, c'est que du bénéfice en plus.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.