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Billet de blog 12 janv. 2022

LREM : le parti d’Emmanuel Macron passera-t-il l’hiver ?

Défections massives de militants, échecs électoraux à répétition et querelles intestines : à quelques mois de l’élection présidentielle, La République en Marche apparaît plus fragilisée que jamais. Le parti présidentiel peut-il espérer tenir le coup jusqu’aux législatives ou sera-t-il purement et simplement dissous par Emmanuel Macron en quête d’un nouveau souffle ?

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Dans les rangs de la majorité, ce n’est un secret pour personne : Emmanuel Macron n’aime pas beaucoup La République en Marche, le parti qu’il a lui-même fondé en 2016 pour prendre d’assaut l’Elysée. Adepte d’un exercice solitaire du pouvoir, celui-ci ne voit pas d’un bon œil tout corps constitué susceptible de devenir un contre-pouvoir au sein de la Macronie, que ce soit au Palais Bourbon ou rue du Rocher, la nouvelle adresse du parti présidentiel.

Depuis l’entrée à l’Elysée de l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande, LREM est comme le vestige envahissant d’une époque révolue : celle des « amateurs » revendiqués, se réclamant de la société civile et affirmant vouloir « faire de la politique autrement » avec bienveillance et exemplarité. Six ans après sa fondation, les rumeurs de dissolution du parti n’ont jamais cessé d’enfler. Après la débâcle des municipales de 2020, un député de la majorité pronostiquait : « le président tuera En Marche avant la présidentielle ». A moins de 100 jours du premier tour, la perspective d’une refondation est à nouveau d’actualité alors que le projet de « Maison commune de la majorité » lancée en novembre dernier a jusqu’ici accouché d’une souris, sans résoudre les divisions entre les différents partis satellites de LREM. En l’absence d’alternative, c’est avec un parti sans ancrage local, ne comptant plus que 20 000 militants contre plus de 400 000 en 2017 et ayant échoué à se réinventer durant le mandat d’Emmanuel Macron, que les Macronistes se lanceraient dans la bataille des élections présidentielles et des législatives.

Emmanuel Macron en train de faire un selfie le 12 mai 2017 devant toute l'équipe de la République en Marche (LREM)

Malaise dans la « startup nation » : les coulisses peu reluisantes de LREM

La méfiance du « Château » à l’égard du parti présidentiel a largement pesé sur la vie interne de LREM tout au long du quinquennat. Les changements successifs d’organigramme décidés depuis le sommet de l’Etat tout comme les querelles intestines en son sein ont donné l’apparence d’une grande instabilité sur fond d’échecs électoraux à répétition. Historiquement constitué de militants du Parti socialiste et de son mouvement de jeunesse, le MJS, LREM a vu son centre de gravité évoluer vers la droite, jusqu’à déboussoler ses cadres historiques. Héraut de l’aile gauche du macronisme et ex-numéro 2 du parti Pierre Person a vu ses relations se dégrader avec l’autre homme fort du parti, Stanislas Guerini, qui l’a progressivement tenu à l’écart des changements stratégiques au sein du parti, comme le relate L’Opinion.

Une mise à l’écart qui l’a conduit à claquer la porte du parti avec fracas en septembre 2020 dans l’espoir de susciter un « nouveau souffle » : « le résultat des municipales, l’absence du mouvement dans le débat public et le désenchantement de nos militants sont autant de signes de la nécessité d’un sursaut interne plus fort » analysait-il notamment.

Un coup d’éclat en pure perte. Le même s’élevait encore en mai 2021 dans une interview donnée au Point contre l’absence de ligne claire et de stratégie dans les instances dirigeantes de LREM. « Je pense que la direction du parti que j’ai participé à fonder ne sait plus où elle va et contribue par là même à affaiblir ce que nous sommes » accusait-il, avant d’appeler, en vain, à « revoir profondément le fonctionnement de la majorité ».

Dans les couloirs du parti, le malaise touche aussi les permanents, dont certains travaillent au parti depuis sa création. L’absence de versement d’une prime à la fin de l’année 2019 sur le modèle de la prime Macron alimentait déjà la grogne au sein des salariés du mouvement. A l’issue des municipales, la refonte de l’organisation interne de LREM et la prise de pouvoir au sein du parti de plusieurs responsables venus de la droite et impliqués dans l’échec de la campagne d’Agnès Buzyn à Paris a mis le feu aux poudres. « Le cabinet sera composé pour 90 % de personnes qui n’ont jamais touché un tract de leur vie. Pendant ce temps-là, on bosse beaucoup et on nous prive d’une prime de fin d’année », se plaignait ainsi un salarié du parti présidentiel interrogé par L’Opinion. « Sur les trois personnes qui auront le plus de pouvoir à l’avenir, deux sont responsables de notre stratégie pour les municipales à Paris avec le succès que l’on connaît », critiquait un autre cité dans le même article.

Du parti des amateurs à celui des affaires

En crise au sein de ses instances, LREM a aussi vu sa majorité à l’Assemblée se déliter peu à peu. La faute tout d’abord à de nombreuses erreurs de castings lors des investitures aux élections législatives, qui ont vu arriver sur les bancs du Palais Bourbon certains parlementaires loufoques comme la complotiste Martine Wonner ou Joachim Son Forget, poussé vers la sortie du groupe LREM après avoir insulté la sénatrice Esther Benbassa en la comparant à un “pot de maquillage”. Les départs de plusieurs parlementaires vers le privé durant la législature ont aussi semé le doute sur le degré d’engagement de nombreux primo-élus à l’égard de leur nouveau mandat.

Dans un autre registre, la succession d’affaires politico-judiciaires mouillant des élus de la majorité ont durablement écorné l’image « d’exemplarité » que revendiquait le mouvement. Outre la mise en examen du président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand en septembre 2019 dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne (avant que la prescription ne soit reconnue par la justice en mars 2021), la présence du député Thierry Solère, 7 fois mis en examen pour des faits de trafic d’influence ou encore de détournement de fonds publics, ont laissé des traces dans l’opinion. Des affaires qui s’ajoutent aux mises en examen d’Agnès Buzyn pour « mise en danger de la vie d’autrui », d’Eric Dupond-Moretti pour « prise illégale d’intérêt » dede François Bayrou dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem ou, plus récemment, la condamnation de l’ex-ministre des PME Alain Griset à six mois de prison avec sursis pour une déclaration du patrimoine “incomplète et mensongère” . 

Le rôle éminent que conservent plusieurs d’entre eux dans le dispositif de la majorité en dépit des poursuite judiciaires et les égards que l’exécutif témoignent à d’autres (à l’instar d’Agnès Buzyn, décorée de la Légion d’honneur dans la promotion du 1er janvier 2022) contrastent vivement avec la promesse du candidat Macron selon laquelle « un ministre doit quitter le gouvernement lorsqu’il est mis en examen ». Une couleuvre difficile à avaler pour certains militants de la première heure, attiré en premier lieu dans les rangs d’En Marche par la volonté de faire de la politique autrement.

En Marche survivra-t-il à l’élection présidentielle ?

« Les partis de la majorité sont devenus un boulet pour le président » déplorait Pierre Person en mai 2021. A moins de 100 jours de la présidentielle, la machine militante qui avait permis à Emmanuel Macron de l’emporter en 2017 semble plus que grippée. La perspective des législatives, que certaines figures majeures de la Macronie comme Alain Minc jugent ingagnables par LREM, devrait remettre sur la table les projets de refondation du parti.

Le projet devient d’autant plus urgent que LREM doit désormais composer avec un nouveau concurrent : le parti Horizons d'Édouard Philippe. Sa formation, pour l’heure plus réduite, souffre moins des divergences de ligne politique et des querelles d’ego. Un avantage qui risque de jouer à plein lors des législatives alors que les différents pôles de la majorité se déchirent en coulisses sur la répartition des circonscriptions gagnables.

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