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Billet de blog 7 mai 2017

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François Ruffin vs Jean-Pierre Le Dantec

Monsieur Le Dantec je lis dans « le Monde » votre réponse à la lettre ouverte de F. Ruffin adressée à E. Macron et, à mesure que j’avance dans sa lecture, je constate Monsieur Le Dantec que vous ne manquez pas d’air, vous qui reconnaissez, mais un peu tard, combien vous vous êtes cruellement trompé quand vous et moi étions jeunes.

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(Les italiques reprennent les formulations de J.P. Le Dantec)

 Monsieur Le Dantec je lis dans « le Monde » votre réponse à  la lettre ouverte de F. Ruffin adressée à E. Macron et, à mesure que j’avance dans sa lecture, je constate Monsieur Le Dantec que vous ne manquez pas d’air, vous qui reconnaissez, mais un peu tard, combien vous vous êtes cruellement trompé quand vous et moi étions jeunes.

Je reconnais avoir, moi aussi, éprouvé un malaise à la lecture de l’antienne (vous êtes haï !) pour autant l’interprétation que vous en faite me paraît bien tendancieuse et entachée d’une mauvaise foi qui me renvoie aux analyses erronées, aux mensonges criminels et à la prétention de détenir la vérité qui étaient le quotidien de « la Cause du Peuple » dont vous étiez le directeur voici bientôt un demi-siècle.

Tout cela comme si votre réussite sociale ultérieure, qui témoigne sans nul doute de vos nombreux talents, n’était pas parvenue à effacer votre tendance à donner des leçons, non plus au peuple comme vous le faisiez dans votre jeunesse, mais à tous ceux et celles qui osent contester moins violemment que vous le faisiez vous-même, une société inique dans laquelle vous vous êtes parfaitement intégré.

Vous ne manquez pas d’air Monsieur Le Dantec expliquant et excusant vos errements de jeunesse en invoquant un autre temps et les figures du Che, de Ho Chi Minh et de Mao car d’autres que vous, les militants libertaires particulièrement, ne s’y sont pas trompés. Ils vous disaient (quand, dans les AG vos gros bras en blouson de cuir noir les laissaient s’exprimer) ce que vous dites aujourd’hui et que vous avez mis tant de temps à admettre : que vos révolutions prolétariennes conduisent inéluctablement à la perte des libertés, à la dictature, aux exécutions et parfois même aux massacres. Ils vous le disaient depuis fort longtemps, depuis les affrontements entre libertaires et « autoritaires » au sein de la Première Internationale et ils vous le répétaient inlassablement dans les années 1960 à propos de l’Algérie, du Vietnam, de Cuba…

Mais vous n’en aviez cure car vous déteniez la vérité qui vous avait été délivrée par le « matérialisme historique » et comme tout porteur d’un dogme vous étiez prêts à toutes les violences pour faire triompher La Cause. Je me souviens parfaitement des discussions enflammées à la porte de l’usine dans laquelle je travaillais (la Compagnie des compteurs) et que nous avons occupée pendant trois semaines en mai-juin 68, des discussions avec vos camarades qui venaient nous donner des leçons de marxisme-léninisme et prêcher leur catéchisme prétendument révolutionnaire et qui à la moindre contradiction nous faisaient part de la passion haineuse qui vous animait et qui anime trop souvent les prétendus insoumis de Monsieur Mélenchon ;

Et vous ne manquez pas d’air Monsieur Le Dantec de brandir vos quelques mois de prison comme je ne sais quel trophée ou quelle absolution alors que d’autres, vous le savez sans doute, sont morts, morts de désespoir (le nom de certains copains tinte soudain à mes oreilles), que d’autres encore décidés à poursuivre la lutte contre le fascisme « tras el Pirineo » sont morts exécutés au garrot. Et vous en êtes parvenu, vous, à brandir la « flexisécurité » c’est-à-dire à vous accommoder d’un monde dans lequel les plus déshérités d’entre nous ne voient d’autre issue que celle de se jeter dans les bras d’un fascisme qui n’ose dire son nom.

Votre texte, Monsieur Le Dantec, ne m’a pas amusé, il m’a scandalisé. A bon entendeur…  

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