Souillac, des coquelicots contre le luxe

Au moment même où la biodiversité sur la planète est menacée comme elle ne l’a jamais été, où des scientifiques de 130 pays réunis à Paris produisent un rapport qui sonne le tocsin, quelques notables du nord du Lot ne trouvent rien de mieux à faire que de concocter l’implantation d’un « village de marques » afin que Souillac devienne une « cité de la mode et du luxe ».

Souillac : le projet de cité de la mode et du luxe validé, à la colère des riverains © France 3 Occitanie

 On trouvera ici et les détails de cette aberrante intention. En résumé il s’agirait de réaliser une centaines de boutiques vendant du luxe et, bien sûr, les infrastructures qui vont avec, entre autres un parking sous-terrain (dans un terrain inondable au bord d’une délicieuse petite rivière, la Borrèze!) de 1000 à 1200 places. Car, en effet, il est prévu un trafic quotidien de 3000 véhicules (!) sans compter les camions qui viendront approvisionner les boutiques en colifichets… de luxe. Et pour cela il est bien sûr prévu l’expropriation des riverains dont les maisons gêneraient si exaltante perspective.

Inutile de rappeler ici les chiffres contenus dans le rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) publié lundi 6 mai. Ils sont partout et notamment dans l’excellent dossier de Médiapart sur le sujet. Ils sont atterrants.

Notons simplement pour ce qui nous concerne, c’est-à-dire pour ce qui concerne le projet de la « cité de la mode et du luxe » à Souillas, la réponse des scientifiques à la question : à qui la faute ? Elle est la suivante : à la pression exercée par les activités humaines au premier rang desquelles l’artificialisation des sols.

En effet, entre 2006 et 2015, 600 000 hectares supplémentaires ont été bétonnés ( l’équivalent d’un département comme la Drôme) de sorte qu’aujourd’hui près de 10 % du territoire métropolitain soit 800 m²/habitant est soustrait à la nature (Pierre Le Hir, Le Monde 29 avril). Notons enfin l’annonce faite par le gouvernement en juillet 2018 dans le cadre du plan biodiversité : zéro artificialisation des sols… mais à une échéance qui reste à fixer (comme d’habitude…). Il n’en reste pas moins que l’intention est là et que nos ineffables notables seraient bien inspirés d’en prendre note .

Vendredi 3 mai une centaine d’opposants à ce luxueux projet mégalomaniaque ont, une fois de plus, manifesté leur irréductible désapprobation en se rendant sur les « lieux du crime », une prairie municipale en bordure de la délicieuse rivière où viennent encore se désaltérer biches et chevreuils. Et là ont été semés… des coquelicots. Des fleurs qui sont le véritable luxe à l’heure où la planète est en danger, un danger que nul ne peut plus contester qui menace la terre et les mers les enfants et les petits-enfants de nos enfants.

Et c’est en ce sens que le projet de Souillac, comme tous les projets d’artificialisation des sols est non seulement une aberration mais un acte immoral.

 

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