Mon premier billet sur le sujet, «Primaire Populaire: une cause sans effet», était assez négatif, comme l'indique son introduction:
«Quand on se fixe un certain objectif et qu'il est invalidé avant même de commencer à se réaliser, qu'est-ce qu'on doit faire? Selon moi, renoncer. Selon les promoteurs du projet, en général continuer à vouloir (ou prétendre vouloir) le réaliser».
On a ici affaire a un cas très ordinaire: les promoteurs d'un projet se trouvent souvent incapables d'y renoncer même constatant qu'il n'a aucune chance de se réaliser de la manière prévue. J'en discute dans un billet récent, «À propos du billet “Harry Potter à l'école des élus”», quand on a un projet, une “idée”, on connaît le point de départ, on détermine un point d'arrivée, et entre les deux, et bien, il n'y a qu'un objet fermé, une “boîte noire”, «faire le chemin entre le départ et l'arrivée». Lequel chemin se construit peu à peu. Parfois il se construit aisément, parfois on échoue à le construire, le plus souvent on se trouve entre les deux, tantôt le chemin se construit aisément mais aboutit à un point d'arrivée inattendu, tantôt il parvient à ce but mais très malaisément, tantôt on atteint ce but mais par un cheminement tel que le projet réalisé ne correspond plus à celui anticipé, tantôt c'est indécidable. En cours de réalisation, difficile de déterminer ce qu'il en est, donc difficile de déterminer si le projet initial se révèle irréalisable. Du moins quand on y participe. Un observateur neutre, ni partisan ni opposant, peut parfois déterminer, quand le point d'arrivée est certain, à telle date ou/et en tel lieu, que le projet qui aboutira ne correspondra pas au projet tel que défini au départ. De cela il ne tire aucune conclusion immédiate parce qu'il ne sait rien du processus interne sinon ce qu'en disent les acteurs et les observateurs, or il peut y avoir et le plus souvent il y a une distance entre ce qu'on dit et ce qui est. Ne pas supposer pour cela un désir de dissimulation ou une incapacité de compréhension du processus effectivement réalisé, ce qu'on montre et on voit les points saillants, les “étapes”, tout en ne perdant pas de vue la destination les acteurs comme les observateurs peuvent émettre des avis divers, parfois divergents, sur le devenir du projet: en interne on a tendance à supposer qu'on devrait parvenir au résultat escompté, qu'on “franchira les obstacles” s'ils se présentent; en externe on tend plus souvent à lire les évolutions apparemment divergentes du chemin prévu comme des indices d'un échec à venir, peut-être une réalisation, un aboutissement du projet, mais pour un résultat tout autre que celui annoncé.
Mon précédent billet ressort du cas de l'observateur qui, disons, considère les prémisses et constate l'inadéquation entre la proposition initiale et celle finale. Celui-ci part d'une autre hypothèse, la réussite du projet. Disons, l'hypothèse que la proposition finale reste, dans son imperfection, conforme à la proposition initiale tout en se réalisant pour partie en contradiction avec cette idée première. Dans le premier billet je figure un observateur non neutre, ici j'essaierai de figure un observateur neutre, du moins en ce qui concerne l'idée première.
L'aspect non neutre du précédent billet se signale entre autres par ce passage:
«On en pense ce qu'on veut, pour moi j'en pense le plus grand mal, au mieux les promoteurs de ce projet sont des imbéciles, plus probablement ce sont des malhonnêtes ou des malveillants».
J'y exprime mon opinion sur les motivations des proposants, qui découle d'un a priori non démontré sur les motifs personnels des personnes qui se sont peu à peu agrégées à ce qui résulta en ce projet de “Primaire Populaire”. À l'évidence, parmi ces personnes certaines ont à coup sûr des motifs d'ordre partisan pas toujours convergents avec le projet initial, et à l'évidence encore plusieurs ont réussi à prendre une place importante dans les instances, mais ça n'indique rien quant à la validité globale du processus donc de ses propositions successives, des étapes allant de l'idée initiale à l'idée finale. Je vais d'abord retracer aussi factuellement que possible ces étapes, et mentionner pour chacune les éléments programmatiques pour les étapes suivantes.
Addendum. En commençant la rédaction de ce qui suit je me suis aperçu que je ne pourrai manquer d'émettre des opinions non tant sur le processus qu'autour de lui. Ces passages seront clairement indiqués comme tels.
I - La Rencontre des Justices.
Dans le récit de son histoire, Le site de la “Primaire Populaire” (la PP) indique la “Rencontre nationale des Justices” (la RNJ) comme point de départ. Les chroniqueurs de la PP datent ce début de l'automne 2020, précisément le 16 octobre; pour les initiateurs de cette rencontre la date de début informel est le 8 juillet de la même année, le début formel étant le 30 juillet, date de publication dans Mediapart de la tribune «Appel pour une Rencontre des Justices, sociale et environnementale» qui, nous dit le site de la RJ, fut «signée par 177 activistes et entrepreneur·e·s sociaux qui fond[èr]ent la Rencontre des Justices». On en trouvera la liste à la suite de l'appel. Les deux récits sont exacts: l'étape initiale, qui va donc du 8 juillet au 15 octobre 2020, prépare le moment initial du processus conduisant à la PP mais lui est antérieur. Cependant, l'objectif général est déjà mentionné dans l'intro de l'appel:
«A l’initiative de jeunes activistes et de l’entrepreneuriat social ou écologique, un mouvement se constitue pour poser les bases d’un nouveau modèle de société réellement juste, durable et inclusif. Une première “Rencontre nationale des Justices”, en octobre à Marseille, permettra d’enclencher la dynamique du mouvement: agir immédiatement, gagner en 2022, puis changer la décennie».
Mis en exergue par Ma Pomme. La dernière étape est encore à venir, les deux précédentes concernent proprement le “processus PP”, qu'on suppose ou non, à la fin du processus, que la proposition «gagner en 2022» est irréaliste ou irréalisée, de fait l'instrument pour ce faire, la “Primaire Populaire”, et ce qu'elle implique, un programme d'action politique, existent. Que l'étape «changer la décennie» ne soit pas réalisée en février 2022 n'est indicatif de rien, il reste encore près de huit années pour voir si elle peut ou non se réaliser, et de quelle manière.
OPINION.
La temporalité des médias centrés sur “l'actualité” n'est pas celle des mouvements sociaux processuels, pour les initiateurs de la RNJ la fin du processus est la fin de la décennie, pour les médias chaque étape est “la fin”; en outre pour ces médias l'élection présidentielle est aussi un “fin”, donc le fait que cette PP se révèle incapable de “gagner la présidentielle” est le signe de son échec. Or le projet initial est simplement de «gagner en 2022». Gagner quoi? Ceci:
«Il est temps de faire gagner l’écologie et la solidarité aux prochaines échéances électorales, et dès maintenant dans nos rues et nos quotidiens!».
Nos vies quotidiennes, non nos médias quotidiens, l'un suivant l'autre cependant. Dans cette optique la présidentielle est une étape incidente mais en aucun cas une fin. Supposer que l'échec relatif de cette PP est indicatif de l'échec global du projet me semble surtout indicatif du court-termisme des médias, et de celles et ceux qui considèrent la politique comme une suite de “batailles” gagnées ou perdues. Faire gagner les idées prend bien plus de temps mais se révèle nettement plus durable.
Pour exemple le concept de “réchauffement climatique“: entre le moment où émerge la notion et celui où elle apparaît un fait indubitable il se passe près d'un siècle (début du constat étayé par des données, 1927); entre le moment de la création d'un organisme en charge d'étudier la consistance de cette hypothèse et le cas échéant de modéliser l'évolution de ce changement, le GIEC, il se passe plus de trois décennies avant que cette hypothèse et ces modèles deviennent “consensuels”, c'est-à-dire deviennent indubitables pour une majorité d'humains. Tout passe très vite, je ne suis pas certain que beaucoup de personnes dubitatives il y a seulement une décennie (les “climatosceptiques” avaient encore table ouverte dans tous les médias en 2012-2013, et la notion de réchauffement climatique à cause anthropique étaient encore “discutables”, contestables, pour les organisateurs de débats médiatiques) s'en souviennent aujourd'hui. Gagner sur les idées est long, très long, mais bien plus efficace que de gagner la prochaine bataille électorale...
FIN D'OPINION.
De la période allant du 8 juillet au 15 novembre 2020 on ne peut guère dire sinon qu'elle prépare l'étape initiale du “Projet PP”, la “Rencontre nationale des Justices”. On trouvera cependant une brève chronique du processus conduisant de l'appel du 30 juillet à l'organisation de cette rencontre dans le document PDF «Nous voulons respirer». L'anticipation de la RNJ sur l'évolution de son projet se révéla inexacte. Elle n'est pas datée mais on peut la situer vers la mi-décembre 2020: «Rendez-vous en octobre 2021 pour la 2ème édition de la Rencontres des Justices!». On peut dire que la réussite de l'étape précédente est aussi l'échec de cette anticipation puisque dès mars 2021 une autre structure et un autre projet relaient ceux de la RNJ.
II - 2022 ou jamais!
C'est à la fois un moment de transition et la base effective du projet suivant, celui qui conduira à la PP. En tant que structure “2022 ou jamais!” n'a jamais eu d'autonomie réelle et durable, dès mai 2021, soit moins de trois mois après sa création, émerge le “socle commun”, base du processus de la PP. Dès ce moment, l'association continue en tant que structure porteuse du projet mais non plus en tant que productrice de ce projet, ou du moins les membres de cette association sont quelques parmi les personnes physiques et morales participant à la production du projet.
Factuellement, “2022 ou jamais!” devient subalterne dès ce moment et ne dispose d'aucun site Internet propre ni même d'une page propre sur le site “primairepopulaire.fr”. C'est désormais la structure organisationnelle, celle opérationnelle, “le Socle commun”, étant beaucoup plus large.
III - Le Socle commun.
C'est à la fois la base argumentaire, le programme élémentaire et consensuel, et le nom informel de la structure. Je mets “consensuel” en exergue car au tout début, le 5 mai 2021, presque tous les partis “centristes” et “de gauche” y adhère – je veux dire, adhère à ce “socle commun” en dix points. Le plus simple est de vous donner ici la présentation de ce socle commun:
«Le Socle Commun est la première des trois étapes de la méthode de l’association 2022 ou jamais – qui porte la Primaire Populaire – pour permettre à l’écologie, à la justice sociale et à la démocratie de remporter l’élection présidentielle de 2022.
Ce Socle Commun se fonde sur un constat simple: nous avons plus en commun que ce qui nous divise. C’est pourquoi l’association 2022 ou jamais a sollicité une dizaine de partis de la gauche et de l’écologie, allant des Nouveaux Démocrates à la France Insoumise, pour co-écrire ce qui est devenu le Socle Commun. ll contient 10 propositions de rupture pour changer la vie des gens, inspirées des revendications des mouvements sociaux de ces dernières années (Gilets Jaunes, jeunes pour le climat, luttes sociales, féministes, antiracistes, syndicats…) et de conversations approfondies avec un grand nombre d’organisations de la société civile, ainsi que les partis politiques suivants, réunis dans le Conseil des partis: Cap Écologie, Europe Écologie-Les Verts, Ensemble!, Gauche Démocratique et Sociale, Génération·s, La France Insoumise, Nouveaux Démocrates, Nouvelle Donne, Parti Communiste Français, PEPS, Place Publique, Parti Socialiste».
Une brève opinion. Je n'ai semble-t-il pas la même appréciation que les concepteurs de cette étape sur ce qu'est un “parti de gauche”, de mon point de vue plusieurs des partis mentionnés sont “centristes”, et pas spécialement “de centre-gauche”. Mais ça n'a guère d'importance, dès lors que l'idée initiale est «de faire gagner l’écologie et la solidarité aux prochaines échéances électorales, et dès maintenant dans nos rues et nos quotidiens», peu importe la position qu'on attribue à tel parti sur un axe polarisé “gauche-droite”. Pour citer de nouveau cet exemple, l'idée “réchauffement climatique” n'est pas corrélée à une idéologie politique positionnée sur cet axe et son efficacité réside dans le fait même de cette décorrélation. Cette mention des “partis de la gauche et de l'écologie” rend compte avant tout du fait que les “valeurs” de la PP sont supposées telles. Fin de l'opinion.
IV - Les dix points.
Ils résultent donc d'un processus intermédiaire, décrit ainsi:
«Le Conseil des partis s’est réuni du 1er avril au 2 mai 2021, 2 à 4 heures par semaine. De ces conversations, nous avons élaboré deux documents :
– Un Socle Commun de 10 mesures, simples, compréhensibles, facilement accessibles [...].
– Un rapport complet [...] comprenant le Socle Commun [et] une restitution plus détaillée des débats au sein du Conseil des partis».
Le rapport complet est accessible ici (document PDF). Ce rapport est intéressant en ce qu'il fait place à d'autres propositions que celles retenues, et en ce qu'il retrace donc en partie le processus ayant conduit à ces «dix commandements».
C'est proprement la base conceptuelle de la PP puisque c'est donc son “socle commun”, l'ensemble des propositions que doivent reprendre les candidats à cette primaire dans leur programme pour la présidentielle et les législatives de 2022. Rien n'est simple, on verra plus loin que cette base conceptuelle n'a pas un caractère aussi impératif qu'il en semble, mais du moins elle existe et forme le point de départ du processus PP, c'est explicitement «la première des trois étapes de la méthode de l’association 2022 ou jamais».
V - Les parrainages.
C'est la seconde étape du processus PP. Elle a lieu de juillet à octobre 2021:
«130 000 citoyens et citoyennes parrainant et proposent les personnalités qu’ils et elles veulent voir au vote de la Primaire Populaire.
Le 11 octobre, la Primaire Populaire présente, parmi les centaines de différentes propositions reçues, les 5 hommes et les 5 femmes ayant reçu le plus de parrainages: Anna Agueb-Porterie, Clémentine Autain, Gaël Giraud, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Pierre Larrouturou, Charlotte Marchandise, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Christiane Taubira. C’est parmi cette liste que figurent les personnalités présentées au vote final, du 27 au 30 janvier».
Incidente à la limite de l'opinion: on peut le voir, l'absence du candidat du PCF Fabien Roussel n'a rien de, que dire? De politique? Un truc du genre, ou plutôt, de “politicard”, comme je l'ai plusieurs fois lu ou entendu, mais résulte du fait qu'il ne fait pas partie des dix les plus parrainés, ou plus exactement des cinq hommes les plus parrainés. Possible qu'il fasse partie des dix les plus parrainés mais au mieux à la sixième place, et dès lors qu'on veut une parité de genre conventionnelle (une parité “hommes” / “femmes”), il sort de la liste des “présélectionnés”.
OPINION.
Bon, les arcanes de sélection des “meilleurs” me sont hermétiques: aucune idée des motifs qui ont fait ne pas retenir trois des dix “le plus parrainés”, et plus étrange encore, pourquoi sept? Nécessairement ça rompra la parité. Et pourquoi ces trois exclus? Ça m'intrigue.
FIN DE L'OPINION.
Rien de plus à dire là-dessus sinon ceci, de nouveau à la limite de l'opinion: bien des commentateurs s'interrogèrent sur la présence d'illustres inconnus, ou plutôt d'illustres inconnues, Charlotte Marchandise et Anna Agueb-Porterie, dans cette liste finale. Ça prouve que ces commentateurs ne savent pas lire ou ne se donnent pas la peine de le faire: elles figurent parmi les dix personnes ayant recueilli le plus de parrainages. Ce n'est pas parce qu'un commentateur ne les connaît pas que personne ne les connaît...
VI - la Primaire Populaire.
Ce n'est pas proprement une nouvelle étape, dans le projet initial les phases “parrainages” et “vote” constituent une seule étape, le processus de sélection des candidats qui s'achève avec la sélection du candidat qui représentera la PP. Le moment “parrainages” est le début de cette étape, celui proprement “Primaire Populaire” en constituant la fin.
VII - La Campagne.
Une étape en cours. On peut dire qu'elle a commencé par le fait que, et bien, on a une candidate. Pas encore un programme, certes, mais ça devrait venir et à tout le moins, ce programme peut tout simplement être le “Socle commun”. L'élection est proche, deux mois à la date de rédaction de ce billet, le 9 février 2022, mais la campagne officielle débute le 4 mars 2022, donc il y a encore du temps pour rédiger et diffuser ce programme.
On l'aura vu, le but du projet n'est pas la “Primaire Populaire”, qui n'en constitue qu'une étape.
Le projet? Ceci:
«Agir immédiatement, gagner en 2022, puis changer la décennie».
Gagner en 2022, mais gagner quoi? Je l'ai déjà mentionné:
«Il est temps de faire gagner l’écologie et la solidarité aux prochaines échéances électorales, et dès maintenant dans nos rues et nos quotidiens!».
Il ne s'agit donc pas de gagner l'élection présidentielle, ni même les législatives, mais de faire gagner l'écologie et la solidarité. Pour le premier point c'est discutable, pour le second aussi mais différemment. Entendons-nous: c'est discutable (au sens de peu évident) pour ces échéances électorales. Pour le redire, les initiateurs de ce projet ne visent pas 2022 comme une fin mais comme une étape. Les circonstances font qu'une possible réussite, qu'une “victoire” pour parler comme un commentateur médiatique, aux élections présidentielle et législatives de 2022 (du moins, les premières de cette année, rien ne garantit que ce soient les dernières) est assez peu vraisemblable si on considère seulement la question de la désignation d'un président qui soit le candidat désigné par la “Primaire Populaire”, et à la suite la désignation d'une majorité législative portée par l'initiative “2022 ou jamais!”. Clairement, les initiateurs de ce processus n'ont rien prévu pour les législatives. Ce n'est pas un parti ou mouvement politique au sens actuel, c'est-à-dire un groupe qui se constitue autour d'un projet politique prédéfini et qui construit une hiérarchie dont le but est de faire émerger ses “candidats” en son sein. Ses candidats à n'importe quoi. Dans un parti politique on ne désigne pas une personne en fonction de ses compétences supposées pour telle ou telle fonction élective mais en fonction de sa position dans la hiérarchie.
La sélection des candidats à ces fonctions ressemble beaucoup à la sélection des hauts-fonctionnaires parmi les sortants de l'ENA: on rejoint tel ou tel “corps” non en fonction de ses compétences supposées mais en fonction de son classement. Il y a un classement antérieur de ces “corps”, et une simple adéquation entre les deux classements: “les meilleurs élèves” peuvent entrer dans “les meilleurs corps”. Comme ils ont tous reçus la même formation, le classement de l'ENA prouve que les supposés “meilleurs élèves” sont ceux qui ont le meilleur classement selon les critères propres à l'école, ce qui n'est pas nécessairement indicatif qu'ils sont aussi les meilleurs selon les critères du corps qu'ils rejoignent. Il en va de même pour les candidats désignés pour les élections politiques: leur désignation est en forte corrélation, qui fait presque causalité, avec leur position dans le parti. Un exemple intéressant est celui rapporté récemment dans l'article de Mediapart «Législatives: un militant socialiste attaque le PS parisien pour “fraude aux statuts”». Que nous raconte cette anecdote? Que la position de “candidat” pour les législatives découle directement de la proximité des personnes désignées aux instances les plus hautes du parti. Le dénommé Liévin Feliho part d'une situation déjà ancienne dans le cadre d'un parti axé sur les processus électoraux, celle d'avant la désignation d'Anne Hidalgo en tant que candidate du parti pour la présidentielle. Avant cela c'était un “poids lourd” mais de second rang; son passage au tout premier rang modifie les équilibres internes, et tout soudain des “candidats impossibles” deviennent des “candidats possibles” puis assez vite des “candidats certains” . Je souhaite bien du courage à Liévin Feliho, il n'a aucune chance de gagner devant la justice, qui lui dira une chose évidente: les règles internes d'une association ne concernent que cette association. Si le bureau national du parti décide et si le conseil national approuve un changement de ces règles, ils le peuvent. Au prochain congrès Felhio peut toujours tenter d'orienter un changement radical des membres de ces instances mais tant qu'il fait partie de la minorité la plus minoritaire dans le parti, aucune chance que ça se produise.
La question, la seule question qui vaut en ce qui concerne “2022 ou jamais!”, est: cette initiative a-t-elle gagné? A-t-elle «fai[t] gagner l’écologie et la solidarité [à ces] échéances électorales»? Possible mais indémontrable. A-t-elle «fai[t] gagner l’écologie et la solidarité [...] dès maintenant dans nos rues et nos quotidiens!»? Possible mais indéterminable. Disons: “2022 ou jamais!” a réussi à faire parler de son projet, faire désigner une candidate porteuse de son projet, et montrer qu'on peut opérer une sélection des représentants autrement que comme un concours sportif où seuls les compétiteurs présélectionnés par leurs “écuries” ont le droit de concourir. C'est imparfait, c'est critiquable, mais c'est intéressant.
Rendez-vous en 2029, pour voir si la dernière étape se réalise...
Addendum. Je me tâte: expliquer le titre? C'est rapport au fait que quand on écrit «supposer la bonne foi» on est censé dire explicitement ce que ça peut être, une supposition et une bonne foi. Mais l'explicite et moi on ne s'entend pas toujours. Ou alors mon appréciation de l'explicite n'induit pas qu'on doive expliquer l'évidence. Ou alors je suis un sophiste et je préfère persuader que convaincre. Ouais, plutôt ça.