Olivier Hammam
Humain patenté mais non breveté.
Abonné·e de Mediapart

868 Billets

3 Éditions

Billet de blog 15 févr. 2019

Macron et la merde, apologue.

Ceci est un apologue, donc son personnage principal est un être de fiction qui porte le nom d'une personne réelle par accident.

Olivier Hammam
Humain patenté mais non breveté.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour précision,ce billet fait suite à «Le blog de Olivier Hammam, épisode 10»,
sous-titré
Benalla et la merde, apologue.


Emmanuel Macron est dans la merde. Enfin non, pas strictement dans la merde, tel un dieu miraculeux il marche sur la merde sans y enfoncer. Enfin non, il ne marche pas strictement sur la merde mais sur une planche qui flotte au-dessus de la merde. Bref, Emmanuel Macron n'est pas strictement dans ni sur la merde mais du moins il n'en est pas bien loin.

Tout ça remonte à quelques temps, alentour de mars 2018 il me semble. Enfin non, pas strictement mars 2018. Ah zut! Si je dois être précis je ne cesserai de mentionner que ce que dit ne représente pas strictement la réalité, on considèrera désormais que c'est “à peu de choses près” exact, et tant pis pour l'inatteignable exactitude. Donc, ça commence vers mars 2018 mais la source du problème remonte à plus loin, précisément, et là il y a de l'exactitude, il a sa source un jour bien daté, le 7 mai 2017, où Emmanuel Macron réussit le double et contradictoire exploit d'être “et en même temps” l'un des mieux élus et le plus mal élu de tous les présidents de la V° République. Ça dépend de la manière de regarder la chose. Tenez, l'image d'un petit tableau de tableur réalisé par Ma Pomme, qui va me permettre d'expliquer la chose.

Présidentielle française 2017, résultats. © Olivier Hammam

La mention de 141% de la population peut sembler étrange, ça indique le rapport entre la population officiellement en situation de “s'exprimer”, en situation de voter, un peu plus de 47 millions de personnes, et la population totale, près de 67 millions de personnes: quand les lycéens et collégiens sont dans la rue, ils s'expriment et leurs voix comptent; quand un demi-million de travailleurs étrangers illégaux manifestent pour que leur situation soit régularisée, ils s'expriment et leurs voix comptent; quand des parents manifestent pour qu'on résolve des problèmes concernant leurs enfants, ces enfants s'expriment par leur entremise et leurs voix comptent. Croire que les seules voix qui comptent sont celles des personnes inscrites sur les listes électorales c'est faire une grosse erreur d'appréciation: toutes les personnes vivant sur le territoire national sont en capacité de s'exprimer, et leurs voix comptent.

Le résultat “officiel” est celui entre parenthèses figurant juste après le nom des postulants à l'impétrance, des “candidats” – candidats pas très candides, cela dit. Résultat officiel entre guillemets parce que ce n'est qu'un résultat officieux, les “nuls” et “blancs” sont aussi des “exprimés”, des personnes qui ont fait l'effort d'aller voter pour exprimer que non, vraiment non, pour elles aucun candidat ne peut les représenter. Factuellement, même les abstentionnistes s'expriment mais on dira en un premier temps qu'ils ne se sont pas exprimés.

Bon. Emmanuel Macron reçut “officiellement” un peu plus de 66% des “exprimés”, soit environ les deux tiers. Rien que ça, c'est déjà catastrophique: suite au fameux débat d'entre les deux tours, ont eut une situation très claire, le match de catch entre Emmanuel Macron dit l'Ange Blanc et Marine le Pen dite le Démon de Neuilly. Quand on a un combat entre Dieu et le Diable et que Dieu ne rassemble que deux suffrages sur trois, c'est un problème...

Ouais bon, deux suffrages sur trois, c'est vite dit, on eut à l'occasion de ce second tour le taux inédit de près de 9% de blancs et nuls, ce qui indique déjà que beaucoup de personnes, environ quatre millions, ont voulu explicitement signaler qu'entre Dieu et le Diable, le choix leur paraissait un faux choix, ce qui ramène le taux réel des exprimés en faveur de Dieu en dessous de 60%. Puis, vu le taux lui aussi peu courant de plus de 25% d'abstentionnistes au second tour d'une élection présidentielle en France (le seul cas où il y eut un taux plus élevé fut le second tour le l'élection de 1969, rapport au fait qu'il fallait choisir entre un candidat de droite et un candidat de droite, ce qui réduisit drastiquement la mobilisation des électeurs de gauche), et vu le taux élevé de blancs et nuls, le taux réel des voix en faveur de Dieu rapporté à l'ensemble des inscrits est en-dessous de 44%, d'où ce faux paradoxe: l'un des deux présidents réputés les mieux élus est “et en même temps” le plus mal élu de la V° République.

Par là-dessus, rapporté à l'ensemble de la population vivant sur le territoire de la France où, n'y résidant pas, y ayant quand même le droit d'expression (les Français “expatriés” en situation de voter et les membres de leurs familles mineurs ou “non français”), le taux réel de vote pour Emmanuel Macron ou contre Marine le Pen (car une part significative des votes s'étant portés sur lui avait pour but de réduire le taux en faveur de Marine Le Pen, donc des votes non en faveur de Dieu mais en défaveur du Diable) est d'environ 31%, donc près de 70% des personnes en état de s'exprimer, toute la population des Français et résidents, n'a pas soutenu Dieu ou a soutenu le Diable. Et parmi les 31% restant, seuls 13% l'ont RÉELLEMENT soutenu, ses électeurs du premier tour.

Zut! Moi qui comptais faire un long développement, un apologue un tantinet long, je m'aperçois que c'est déjà la fin: quand on agit en croyant avoir “66% des Français avec soi” et qu'on ne s'appuie en réalité que sur 30% de la population dont 17% de pas vraiment convaincus, on est très près de glisser de sa planche de secours pour sombrer dans la merde dont on a contribué à faire monter le niveau.


Addendum. Le pictogramme © qui précède la mention de l'auteur de l'image, et qui signifie “droit de copie réservé”, n'est pas de mon fait, j'ai précisé en important cette image ici qu'elle est libre de droits, il n'y a donc aucune réserve de ma part, vous n'enfreindrez aucune loi si vous la réutilisez en dehors des pages de Mediapart, et vous avez même le droit de la trafiquer pour qu'elle ne reflète plus la réalité commune mais votre vérité personnelle. Cela dit, par simple respect de la réalité et de l'auteur de cette image, je vous invite à ne pas la modifier, libre à vous de suivre mon avis ou non.


Tout passe... Mon blog a déjà sombré dans le fin fond de la première liste et se prépare à en disparaître. Allez, je le réédite pour le faire remonter brièvement en tête de classement et gagner un quart de minute de notoriété supplémentaire un peu frelaté...

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Des historiens démontent les thèses révisionnistes relayées par « Le Figaro »
La publication dans un hors-série du « Figaro » d’un entretien-fleuve avec l’essayiste d’extrême droite Pío Moa, pour qui les gauches sont entièrement responsables du déclenchement de la guerre civile en Espagne en 1936, suscite l’indignation de nombreux historiens. Retour sur une entreprise de « falsification ».
par Ludovic Lamant
Journal — Écologie
En Isère, dans les bottes de la police de l’eau
Dans le département de l’Isère, une vingtaine d’agents sont chargés de réaliser les contrôles pendant les périodes de sécheresse. Arme à la ceinture, mais en privilégiant la prévention à la verbalisation.
par Maïté Darnault et Mathieu Périsse (WeReport)
Journal — Écologie
Incendies en Gironde : « C’est loin d’être fini »
Dans le sud de la Gironde, le deuxième mégafeu de cet été caniculaire est fixé mais pas éteint. Habitants évacués, élus et pompiers, qui craignent une nouvelle réplique, pointent du doigt les pyromanes avant le dérèglement climatique, qui a pourtant transformé la forêt des Landes en « grille-pain ».
par Sarah Brethes
Journal — Amérique du Nord
La républicaine Liz Cheney battue à la primaire par une pro-Trump
La vice-présidente républicaine de la commission d’enquête sur les événements du 6 janvier 2021 paie son opposition à l’ancien président. Ce dernier a soutenu sa rivale, l’avocate Harriet Hageman, qui a remporté mardi la primaire dans le Wyoming.
par Alexis Buisson

La sélection du Club

Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·e·s, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com