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Les trains de nuit : une mobilité d'avenir
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Billet de blog 7 avr. 2022

Présidentielles: les candidats s’engagent pour les trains de nuit et le ferroviaire ?

Depuis 2016 le collectif « Oui au train de nuit » se mobilise et interpelle les pouvoirs publics pour la renaissance des trains de nuit. Depuis lors, l’ensemble des couleurs politiques ont eu l’occasion de s’exprimer en faveur des trains de nuit, avec des nuances importantes. Alors, quels candidats aux présidentielles 2022, se sont engagés pour leur renaissance ?

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Oui au train de nuit a proposé un programme aux candidats. Déployer un réseau complet de trains de nuit est une action qui entre en synergie avec la redynamisation du réseau ferré classique. Celui souffre en effet de vieillissement et de manque d’investissements depuis plusieurs décennies. Il s'agit d'opérer une véritable renaissance du réseau ferroviaire.

La relance des trains de nuit passera par un investissement pour régénérer et augmenter la capacité du réseau ferré. Nous demandons aux candidats de s’engager sur un Grand plan de 60 Milliards d’euros sur 10 ans qui permettra d’atteindre 4 objectifs :

(1) Doubler le trafic de fret.

(2) Créer des RER métropolitains en régions.

(3) Cadencer les TER à l'heure, avec une vision d'avenir à la demi-heure, jusqu’en milieu rural. Cette action est à accompagner d'une stratégie tarifaire pour rendre cette mobilité enfin attractive : proposer le train au prix du covoiturage pour tous.

(4) Offrir plus de destinations longue-distance en trains directs au départ de chaque ville de France, avec des Intercités de jour et de nuit. Il s’agit là de compléter l’offre TGV qui connecte principalement à Paris.

5 partis se sont engagés positivement en répondant à notre questionnaire : le PS, le PCF, EELV, LFI et LO. Un échange en visioconférence a eu lieu avec un conseiller transport LREM. L'ensemble des partis ont eu l’occasion de s’exprimer par ailleurs sur le ferroviaire et le train de nuit. Voici un résumé de leurs propositions.

Construire des trains de nuit neufs pour relancer un réseau complet

Le PS, le PCF et LFI proposent de construire 600 voitures neuves pour relancer un réseau d’au moins 20 trains de nuit multibranches. Pour sa part, EELV prévoit la construction de 300 voitures et la création de 15 lignes.

Coté LREM, le ministère des transports a annoncé 800 millions d'euros d'investissements pour construire 300 voitures, une trentaine de locomotives et deux technicentres pour une dizaine de lignes nationales et des aides possibles pour les trains de nuit internationaux. Cette annonce n’a malheureusement pas été concrétisée à ce jour et sera donc à confirmer après les élections.

Des « Grandes Transversales » directes pour traverser l’Hexagone sans changer à Paris

En 2019 le Parlement – toutes couleurs confondues – a commandé au Gouvernement un rapport sur les trains de nuit (le Rapport TET), rendu public en mai 2021. Ce rapport montre la pertinence de relancer de 10 à 25 lignes de trains de nuit, dont plusieurs « transversales ».

Pour le PS « un plan de déploiement des intercités de jour et de nuit doit être lancé sur les bases du rapport TET qui démontre que de réels besoins existent notamment dans les transversales province-province» LFI souhaite également relancer les « grandes transversales », ainsi que le PCF et LO. EELV cite explicitement 4 transversales. Le ministère des Transports en annonce deux.

Desservir l’ensemble des territoires, dont le Massif Central

Le PS, le PCF, EELV, LFI et LO sont d’accord pour mieux desservir l’ensemble des territoires dont le Massif Central (lignes vers Aurillac / le Cévenol / l’Aubrac). Le réseau ferré étant vieillissant, cela implique aussi de régénérer les voies ferrés. De son coté le Gouvernement sortant s’est engagé à relancer un train de nuit vers le Massif Central, mais uniquement pour Aurillac.

Relancer les trains de nuit internationaux comme alternative à l’avion

Le PS, le PCF, LFI, et EELV convergent sur l'analyse du PCF : “le développement des trains de nuit est essentiel pour proposer une alternative à la voiture et à l'avion sur les trajets de longue distance”. Ils sont également d’accord pour « favoriser le tourisme local et européen venant en train. »

Rendre le train compétitif par le prix face à la voiture et l’avion

Lors du Grand débat Transports TdIE, le conseiller transport LR, Philippe Tabarot explique qu’« on ne peut pas payer un billet d’avion moins cher qu'un billet de train, d'où la question des taxes des 2 cotés, pour que le train soit plus attractif financièrement. » Il veut éviter le « dumping incroyable sur certains billets d'avions » et ses conséquences écologiques.

Pour avancer dans cette direction, le PS, le PCF, LFI et EELV sont d’accord pour une TVA à 5,5 % sur le train et pour intégrer les coûts environnementaux suivant le principe « pollueur-payeur ». Avec une différence toutefois : le PCF, EELV et LFI s’engagent à supprimer la niche fiscale sur le kérosène, tandis que le PS s’y refuse.

Autre proposition d’action, le député Jean-Marc Zulesi, conseiller transport LREM, a promu à travers un amendement d’étudier l’instauration d’un prix plancher sur les billets d’avion. Un rapport est attendu sur le sujet cet été. Le prix plancher permettra d’éviter les pratiques abusives de certaines compagnies aériennes tout en rendant enfin possible l’émergence d’alternatives de mobilité – dont en particulier le train de nuit. Sans attendre, LFI et EELV s’engagent pour fixer un prix plancher sur les billets d’avion.

Un Grand plan pour régénérer et moderniser le réseau ferré

Aujourd’hui le vieillissement et la faible disponibilité du réseau ferré limitent la bonne circulation des trains de nuit et du fret ferroviaire. Il s’agit de sortir d’une spirale de dégradation de l’offre par un Grand plan d’investissement.

Ainsi, EELV souhaite investir « 7 milliards par an en lieu et place des 2,8 Milliards mis actuellement dans la régénération et la modernisation du réseau ferroviaire [...]. A ce montant s’ajoutera une révision des CPER pour réorienter les financements d’investissements routiers vers le ferroviaire ».

LFI propose « un investissement immédiat de 6 milliards d’euros par an dans la régénération et modernisation du réseau actuel. L’ensemble des lignes de TER, ces lignes du quotidien seront sauvées et d’autres seront ré-ouvertes, ce qui nécessitera un investissement supplémentaire aux 6 milliards d’euros déjà avancés et dont le montant dépendra des arbitrages (calendrier, nombre de réouverture de lignes, projets de lignes nouvelles etc.) et non l’inverse, comme c’est le cas aujourd’hui : le financier ne prendra plus le pas sur la stratégie. »

Le PCF « souhaite engager 5 milliards d'euros supplémentaires par an pour le réseau ferré (en plus des investissements actuels de SNCF réseau) ». [Décryptage possible : ces 7,8 Md€ d’investissement incluent des projets LGV, pour environ 2 Md€/an, ce qui laisse probablement autour de 6 Md€/an pour la régénération et modernisation du réseau classique.] Un budget additionnel est prévu pour le fret ferroviaire, dont une partie pour le réseau ferré.

Le programme LREM "avec vous" exprime que  « 3,6 Md€ sont désormais déployés annuellement pour remettre le réseau à niveau ».

Le PS s’engage à « augmenter d’1 Md€/an l’investissement pour la régénération et la modernisation », soit 4,6 Md€/an : « Nous investirons massivement dans le ferroviaire en lien avec les Régions pour financer le retour des petites lignes, des trains de nuit et du fret ferroviaire ».

LR veut aussi « mettre la priorité sur la régénération du réseau ferroviaire avec 3,5 Md€ par an d’investissements. » [ce qui représenterait 4,3 Md€ en ajoutant la modernisation.]

Quatre autres partis ne chiffrent pas les investissements nécessaires :

Nicolas Dupont-Aignan (DLF) souhaite “rattraper le retard en matière d’infrastructures”. En particulier “maintenir et rénover le réseau ferroviaire traditionnel plutôt que d’investir dans des projets délirants à la rentabilité douteuse”.

 LO veut «  favoriser le transport ferroviaire des passagers et des marchandises ». Cela inclut « le transport auto/train, les trains de nuit à l'échelle nationale [et] européenne [et] la restauration des réseaux secondaires. »

Le RN souhaite la « remise sur pied du réseau ferré français ».

Eric Zemmour trouve “impardonnable que la SNCF ait abandonné toutes ces lignes régionales sous prétexte qu’elles n’étaient pas rentables”. Il veut refaire “des lignes de trains de proximité la priorité budgétaire de la SNCF”.

A chaque parti, sa vision du ferroviaire

Pour LFI « le tout-LGV au détriment des lignes classiques doit cesser. La régénération du réseau existant doit être une priorité absolue mais ne doit pas faire oublier la nécessité d’augmentation de la taille du réseau (dessertes fines des territoires à rouvrir) et de sa capacité (RER métropolitains, nœud ferroviaire lyonnais, etc.) indispensables au doublement de la part modale du train. » LFI rouvrira « des milliers de kilomètres de liaisons dans la décennie à venir: à terme, toutes les préfectures et sous-préfectures de France seront desservies par le ferroviaire ».  Par ailleurs LFI « mettra fin à l’ouverture à la concurrence. La SNCF redeviendra un monopole public. » 

Pour le PS, la transformation de SNCF Réseau en SA en 2018 a été une vraie erreur. « Son retour sous statut d’EPIC devra être envisagé. »

Le PCF veut renationaliser la SNCF et vise un « doublement en 10 ans [du trafic], comme le propose le président de la SNCF ».

LR confirme que « le doublement des trafics fret et voyageurs est l'objectif ». « La priorité c’est les RER métropolitains », ainsi que les petites lignes pour la ruralité.

EELV veut investir, sur le modèle suisse, pour des trains « cadencés, à l’heure, à la demi-heure ou au 1/4 d’heure [...] de tôt le matin à tard le soir (5h30-00h30). »

Philippe Poutou (NPA) souhaite la “réouverture des lignes ferroviaires fermées” et le “développement de nouvelles lignes”, qui s’accompagnera d’une “réduction drastique du transport aérien”. Philippe Poutou agira d’ailleurs pour la « démobilité » (la réduction des distances à parcourir).

De son coté Jean Lassalle a défendu le train de nuit « La Palombe Bleue » pour son territoire pyrénéen, sans (à notre connaissance) s’engager dans son programme pour le ferroviaire.

Le RN souhaite que les jeunes puissent bénéficier "de transports gratuits en heures creuses"

Tableau résumant les engagements des candidats :

Oui au train de nuit a proposé des visioconférences aux différents candidats, ce qui a permisd’échanger avec des conseillers transports de LREM (merci au député Jean-Marc Zulesi), EELV (merci à Élisabeth Matak et la commission Transport EELV), LFI (merci à la Conseillère Régionale Emilie Marche) et du PS (merci au maire de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol). Nous lançons un appel aux autres partis pour échanger avec leurs représentants en vue des législatives. Et nous invitons les candidats aux législatives, à s’engager à travers notre questionnaire.

Retrouvez l’ensemble des réponses des candidats – et prochainement des synthèses pourles législatives – sur ouiautraindenuit.wordpress.com (voir aussi les réponses intégrales ici : LFI, PCF, EELV, PS, LO)

Autres sources  :

Présidentielle 2022 : le Grand débat transport, TDiE, 21 mars 2022

Olivier Chicheportiche, Présidentielle: que proposent les candidats pour le train?, BFMTV, 22 mars 2022

Léo Barnier, Présidentielle : le train plébiscité par les candidats, l'avion décrié, La Tribune, 21 mars 2022

Présidentielles 2022 : le train, Vidéo Youtube, Clé 2 Berne, 3 avril 2022

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