Rentrée des chasseurs : ça va défourailler dans les campagnes

C’est l’ouverture de la chasse 2018-2019 pour 1,2 million de chasseurs qui vont pouvoir défourailler et chasser à courre dans les campagnes. Une réouverture sur fond de controverse quant à la campagne de la Fédération nationale des chasseurs dits « 1ers écologistes de France », et pour une majorité de Français(e)s qui n’hésitent plus à faire part de leurs doléances réservées quant à la chasse.

La rentrée des chasseurs 2018-2019 a lieu ce dimanche, en plein débat d’une réforme de la chasse loin de faire l’unanimité dans l’opinion publique, d’autant que la Fédération nationale des chasseurs (FNC) vient quasiment de s’autoproclamer « 1ers écologistes de France » dans une campagne de pub, d’ailleurs censurée dans le métro parisien. La régie publicitaire de la RATP et l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité, circonspects, ont imposé un point d’interrogation sur les affiches. L’affirmation est devenue une question, ce qui a quelque peu mis du plomb dans l’aile à cette campagne publicitaire, affichage de pub disséqué en plus à la loupe dans les médias. Et avec quelques couacs régionaux dans l’application de cette autosatisfaction écologique de la FNC, comme pour la plage des Pauvres, en réserve naturelle de la baie de Canche, où quelques irréductibles chasseurs « Gaulois » se sont faits gauler par la gendarmerie en chasse interdite... Dans le Marais vendéen, le jour de l'ouverture de la chasse aux gibiers d'eau, le 21 août dernier, dix chasseurs sur 58 contrôlés ont été verbalisés, certains ayant dézingué des espèces non chassables. Il n'y a pas à dire, les chasseurs ont l'écologie dans le sang...

Hulot impose une charte de la vènerie

Car la réforme de la chasse, sans être totalement remise en cause par les Français (sauf la très discutée chasse à courre ou vènerie), est aujourd’hui controversée sur le fond et la forme par plus de 80 % de Français(e)s. Dans le dernier sondage de l’IFOP sur la chasse, les Français(e)s se disent préoccupés par la sécurité, l’écologie ou encore la protection animale. Les chasses traditionnelles sont également majoritairement honnies par les Français(e)s, dans un autre récent sondage IFOP, et les chasses présidentielles à 65 %. Les sondé(e)s désapprouvent même pour 84 % d’entre eux la chasse à courre. Il faut dire que ses dérives défraient toujours la chronique, depuis qu’Alain Drach, maître d’équipage dans l’Oise, s’est illustré en direct à Lacroix-Saint-Ouen, fin 2017, où un cerf non blessé fut harcelé puis abattu dans un jardin privé sans autre forme de procès. Des images de cervidés qui auraient été noyés encore vivants par des veneurs ont aussi mis le feu aux poudres, ce qui a d’ailleurs poussé Nicolas Hulot, avant sa démission, opposé aux chasses traditionnelles en tous genres, à initier une charte de la vènerie qui, dans un premier temps, impose la grâce pour les cervidés réfugiés, et interdit les « pièges par noyade », pourtant niés jusque-là par la Société de vènerie, malgré des vidéos alarmantes d’associations pour la protection et la défense des animaux, comme ONE VOICE ou la Fondation 30 millions d'amis, et le média Konbini News. Et l'appel sans concession de Brigitte Bardot au gouvernement Macron.

Le député De Rugy opposé à la vènerie

Il y a même fort à parier que le débat « vènerie » ne va pas en rester là, y compris avec le projet de retour des chasses présidentielles à Chambord en 2019 (remplacée en 2010 par des battues de régulation), chasses présidentielles qui deviendraient alors « un instrument d’attractivité » au service diplomatique de la France… D’abord parce que François de Rugy (nouveau Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie) ne semblait pas « emballé », en mars 2017, par les chasses présidentielles. Et ensuite, parce que le député De Rugy a cosigné, en 2011 et 2013, une proposition de loi pour abolir la chasse à courre en France. Comme depuis, avec des collègues, Laurence Rossignol au Sénat et Bastien Lachaud à l’Assemblée nationale… Ce qui provoque aujourd’hui une certaine « interrogation » du monde de la chasse sur l’avenir de certaines « traditions ».

Coté réforme de la chasse, le permis national de chasse qui passerait de 400 € à 200 € fait jaser, sorte de « laissez-passer » pour chasser partout en France, mais vu aussi par certain(e)s comme un « cadeau » fait par le gouvernement Macron aux chasseurs électeurs. Un peu comme le radar offert récemment à la chasse par Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France, ou les larges subventions de Laurent Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes à l'égard de ses chasseurs…

« En politique il faut viser juste »

Ajoutez à cela, en discussion bien avancée à l’Élysée, l’élargissement de la chasse à certaines espèces, comme la période de chasse des oies cendrées qui devrait être élargie dès 2019, dénoncé par la Ligue pour la protection des oiseaux qui regrette, selon son président Allain Bougrain-Dubourg, la chasse en France de 64 espèces d’oiseaux, contre 14 dans le reste de l’Europe, et sur ces 64 espèces « 20 qui sont sur la liste rouge de l’Union internationale de conservation de la nature. » Autant dire que la rentrée des chasseurs risque dans les mois qui viennent de ne pas être un long fleuve tranquille, même avec un bon réseau d’influence mené la fleur au fusil par le lobbyiste Thierry Coste, porte-flingue de la chasse, qui murmure aux oreilles des responsables politiques depuis des décennies, droite et gauche confondues. Car qu’on le veuille ou non, les responsables politiques ne pourront plus ignorer longtemps, désormais, les voix d’une opinion publique qui veut aussi être entendue dans le dossier « chasse », et surtout la très controversée vènerie (seulement 10.000 pratiquants en France). L’opinion publique, sur ces sujets, est aujourd’hui un électorat aussi puissant, pour ne pas dire plus nombreux, que les chasseurs… Et comme dirait Thierry Coste : « En politique, il faut viser juste. » Et au bon moment.

Macron, président des chasseurs ? - C Politique - 11/03/18 © Cécile Guéry-Riquier C Politique

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.