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Billet de blog 5 août 2009

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Politique et religion, histoire d'une manipulation

Jean-Yves Le Goff propose une étude sur le christianisme des premiers siècles et il offre des citations du code théodosien. Je lui ai fait ce commentaire que je mets ici pour l'archiver.

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Jean-Yves Le Goff propose une étude sur le christianisme des premiers siècles et il offre des citations du code théodosien. Je lui ai fait ce commentaire que je mets ici pour l'archiver..
"Vous travaillez dans le sens de l'évolution récente de l'église qui reconnaît ses erreurs du passé.
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Il y a une incohérence dans votre dernier commentaire.
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Vous dîtes : "
les chrétiens orthodoxes ni une grande partie des chrétiens protestants n'ont pas un besoin particulier de la prétendue vérité historique."
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Vous distinguez là où historiquement il n'existait pas encore de distinction. La Réforme s'est produite au 16° siècle et l'Eglise orthodoxe est née de la mise à sac de Constantinople par les croisés (Chronique de Robert de Clari par exemple) à la demande de la république de Venise (des marchands "
oui-ouistes"), montrant le peu d'influence de la pensée spiritualiste dans un environnement matérialiste (monde marchand et guerrier). La mort de Socrate l'illustre bien.
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Le texte de 382 (1) que vous commentez n'est pas un texte religieux mais un texte de lois. Il est politique. Il s'agit de la codification initiée par l'empereur Théodose pour compiler le droit depuis le règne de Constantin Ier (sa biographie donne des précisions intéressantes sur la sincérité de son engagement religieux)
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Il ne me semble pas que le code de Théodose (un vrai chrétien (2) comme Constantin) soit le plus approprié pour dévoiler des vérités religieuses (imaginons que j'explique l'islam dans 2000 ans à partir de notre code pénal actuel).
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Ce code est un instrument au service d'un pouvoir brutal et il ne me paraît être ce qu'il y a de plus fiable pour parler des origines d'une religion qu'il a méprisée, comme il en est aujourd'hui des droits de l'homme en France (un parallèle à étudier).
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Votre travail devient néanmoins très intéressant en se plaçant dans la perspective de l'instrumentalisation politique de l'Eglise opérée depuis Constantin, laquelle s'est perpétuée en France notamment avec le gallicanisme avec l'impulsion de Philippe le Bel, puis le concordat plaçant l'Eglise sous la tutelle et le contrôle strictes du pouvoir.
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L'indépendance de l'Eglise du pouvoir politique a été rendue possible depuis les lois de séparation des églises et de l'Etat seulement (même s'il ne paraît pas évident que cela ait été le but recherché du législateur en 1905). Elle ne s'est pas affirmée tout de suite. Son émancipation de la tutelle politique date surtout du pontificat de Jean-Paul II, me semble-t-il.
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Penser que l'Eglise s'attache à démontrer une quelconque vérité historique me paraît plutôt être la conséquence des échecs à vouloir démontrer le contraire, depuis Renan. Nous sommes confrontés à l'effet boomerang de notre incapacité à prouver l'inexistence ou l'inconsistance de ce qui fonde la foi. Reste à en analyser les véritables motifs. Il me semble qu'ils sont politiques.
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Notre incapacité à démontrer l'inexistence de Dieu est d'autant plus dramatique que Descartes, lui, est parvenu à en démontrer l'existence dans ses méditations métaphysiques. Les Français cartésiens, que nous sommes, se retrouvent ainsi confrontés à une contradiction majeure qu'aucun philosophe ne reprend alors que le débat soulevé par la religion est essentiellement philosophique.
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Juridiquement parlant, les travaux et des réflexions de l'Eglise en matière sociale sont intéressants (doctrine sociale, semaines sociales de France : "Qu'est-ce qu'une société juste ?"...). Le mouvement ouvrier est né, entre autres, de la pensée chrétienne en réaction aux abus du libéralisme bourgeois consacré par la Révolution. L'ouvrier français fut soumis à l'arbitraire du patron jusqu'en 1890.

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L'Eglise a donné la parole à Georgio Agamben dans la cathédrale de Paris lors de conférences publiques du carême :
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"(...) une hypertrophie inouïe du droit, qui prétend légiférer sur tout, mais qui trahit un excès de légalité la perte de toute légitimité véritable. Je le dis ici et maintenant en mesurant mes mots : aujourd'hui il n'y a plus sur Terre aucun pouvoir légitime et les puissants du monde sont tous eux mêmes convaincus d'illégitimité. La juridicisation et l'économisation intégrale des rapports humains, la confusion entre ce que nous pouvons croire, espérer, aimer et ce que nous sommes tenus de faire ou de ne pas faire, de dire ou de ne pas dire, marque (...) la crise du droit et des Etats, (...)"
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Georgio Agamben est un ami de Julien Coupat.
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Peu de partis politiques sont ouverts au débat d'idées, que le gouvernement actuel, avec l'affaire Tarnac, semble encore moins disposé à accepter.
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Il y a quelque chose de paradoxal à savoir que les intellectuels, négligés par le PS selon Médiapart, trouvent une tribune dans les églises.
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L'indifférence persistante du politique à l'égard de la vérité (voir l'affaire de Karachi, Greenpeace, EDF, etc.) fait que votre texte du 4° siècle, instrument au service d'un pouvoir, ne donne pas des indications très fiables sur un phénomène religieux qu'il avait capté et mis à son service.
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Je me suis laissé emporter par le sujet. Mais je reste intéressé par une analyse de l'instrumentalisation du fait religieux par le politique. Elle mérite d'être menée, et je serai attentif à vous lire sur ce sujet.
"

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(1) Je me suis trompé dans la date - le Code Théodosien est plus ancien.

(2) En fait, ce n'est pas le bon Théodose. L'initiateur du Code est son petit-fils, Théodose II. La bonne biographie est ici.

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