Pascal Maillard
Abonné·e de Mediapart

177 Billets

7 Éditions

Billet de blog 1 avr. 2021

Macron roi

Alors que le Parlement est transformé en ce 1er avril en une chambre d’enregistrement des désirs du Roi, il importe de revenir sur le bilan d’une année de gouvernement-covid. Est-ce la pandémie qui est hors de contrôle, ou bien notre président ? Les deux certainement.

Pascal Maillard
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                                                                                                                          À Yves

          « Le président a acquis une vraie expertise sur les sujets sanitaires. Ce n’est pas un sujet inaccessible pour une intelligence comme la   sienne. » Jean-Michel Blanquer, Le Monde, le 30 mars 2021

          « Ce n’est pas Macron qui manque d’humilité, c’est l’humilité qui n’est pas à la hauteur », #EmmanuelMacronFacts

           « Père Ubu – Allons, messieurs, prenons nos dispositions pour la bataille. Nous allons rester sur la colline et ne commettrons point la sottise de descendre en bas. Je me tiendrai au milieu comme une citadelle vivante et vous autres graviterez autour de moi » Alfred Jarry, Ubu roi, Acte IV, scène 3

Je serai bref. On écrit bien trop sur Macron. Les trois épigraphes ci-dessus disent à peu près tout. Il faudrait juste ajouter que dans certaines versions de la mythologie grecque Hybris est l’un des enfants de la Nuit et d’Érèbe. Macron est "un jour noir plus triste que les nuits". Érèbe est une divinité des Enfers. L’hybris désigne la démesure, l’excès de pouvoir et le vertige auquel il conduit. La Vème République est une détestable machine à produire de l’hybris. Des présidents hors de contrôle.

En ce 31 mars 2021, Macron roi préside un Conseil de défense sanitaire où ne siège autour de lui qu’une petite grappe de ministres choisis par ses soins. Conseil opaque, soumis au secret et échappant à tout contrôle législatif *. Le soir du même jour, il annonce ses décisions à ses sujets, au nom d’un « nous », dont on ne saura jamais s’il est de majesté ou s’il renvoie aux choix collectifs et débattus d'un exécutif. Ce « je-nous » annonce donc le reconfinement de toute la métropole, avec la fermeture des écoles. Je propose de déduire de ces décisions les trois échecs de Macron, qui correspondent à trois fautes, lesquelles sont directement en rapport avec la démesure qui caractérise le personnage, démesure encouragée par la fonction et notre constitution épuisée. Quand faire le bilan d’une politique se résume, de facto, à la caractérologie de son Auteur, on se dit qu’il est grand temps de changer de République et d’en finir avec le présidentialisme. 

Le premier échec de Macron roi, c’est le reconfinement de toute la métropole avec ses conséquences en termes de santé mentale, de précarisation accrue pour les plus pauvres et les classes moyennes, et d’aggravation de la crise économique. L’engagement pris à de multiples reprises de ne pas reconfiner nationalement n’a jamais été accompagné de la politique qu’un tel choix exigeait. Macron a mis tout le pays dans une impasse. Le reconfinement est la conséquence directe de l'inaction. La décision de laisser filer l’épidémie fin janvier, - dans un contexte de diffusion des variants, avec l’exemple anglais sous les yeux, et contre l’avis de toute la communauté scientifique -, a été, littéralement, criminelle. Macron était parfaitement informé de la flambée qui aurait lieu mi-mars. Nous y sommes.

Le second échec de Macron roi, distrait et appuyé par son fou préféré dans son obstination à ne rien faire pour sécuriser sérieusement l’Éducation nationale, aura été la fermeture contrainte des écoles et le prolongement du semi-confinement des étudiant.es, qu’il convient de ne pas oublier : les dégâts sont pour elle et eux sans fin, que certain.es  aident à réparer. En plus des scandales des masques, des tests et des vaccins, Macron et son gouvernement sont en effet directement comptables d’une inaction incompréhensible. Monté sur son « cheval à phynances », Macron roi a certes arrosé les entreprises de centaines de milliards, mais n’en a dépensé aucun pour l’Hôpital, l’École, l’Université, la Recherche et plus généralement la sécurisation sanitaire des lieux publics, parmi lesquels tous les lieux de culture.

Or, depuis bientôt un an, des chercheurs font la démonstration que des solutions existent (voir ici ) et que la stratégie «  Zéro Covid » est certainement la plus efficace et la plus propre à protéger des vies : voir par exemple les propositions concrètes de Rogue-ESR. Pourquoi donc « une intelligence comme la sienne » ne parvient-elle pas à s’élever jusqu’à la compréhension que la détection de la saturation en CO2 d’un lieu fermé et l’utilisation de filtres Hepa sont des dispositifs techniques simples, efficaces et susceptibles de limiter la propagation du virus ? Même des esprits infiniment plus bornés que le sien – Wauquiez par exemple, qui dégage 10 millions pour des purificateurs d’air dans les écoles et lycées de sa région - ont parfaitement saisi au bout de 6 mois ce que Macron roi mettra deux ans à reconnaitre. 

Le troisième échec de Macron roi, le plus terrible, est le nombre de morts, de vies brisées, de souffrances psychiques et physiques que des années de soins peineront à soulager. Bientôt 100 000 morts. Un million de "covid longs", des enfants, des adolescents et des étudiants habités par l’angoisse de contaminer leur parents … Question : combien de milliers de vies auraient pu être épargnées, non pas seulement par des décisions énergiques fin janvier 2021, mais par un véritable plan d’action visant à apporter une sécurité sanitaire digne de ce nom, à toute la population ? Pourquoi 3000 lits de réanimation supplémentaires seulement maintenant et pas à l’été 2020, avant la seconde vague ? Pourquoi  Zéro mesure technique et financière pour les universités quand des étudiants se suicident ? Pourquoi Zéro vaccin pour protéger les enseignants ? Pourquoi faire si peu de cas de « La valeur d’une vie »?

L’analyse des causes de ces échecs montre que ce ne sont pas des erreurs, mais des fautes politiques. Tout d’abord une gestion présidentialiste et autocratique de la crise sanitaire, couplée avec un virage idéologique vers l’extrême droite. Ensuite le refus de toute politique d’anticipation, refus qui doit être compris comme une conséquence du « en-même-temps » : le laisser faire néolibéral du macronisme se conjugue avec un retrait massif de l’État et un affaiblissement de la Fonction publique. Enfin la gestion sanitaire de Macron roi, qui a pris, lors de cette épidémie, la forme d’un pari : s’accoutumer au virus, vivre avec, le laisser filer devait permettre d’éviter un reconfinement et de maîtriser la pandémie. Le pari au lieu de la raison et de la délibération, le jeu avec la science, le rêve de devenir un savant (voir ici La Mouche, une pièce fétiche de Macron) et l’adulation de Raoult. Macron roi devenu « l’Expert ». Macron Épidémiologiste en chambre. La limite de cette folie est éthique : un pouvoir, quel qu’il soit, ne peut pas parier des vies comme dans une partie de poker. La leçon est désormais sans appel : on ne lutte pas contre une pandémie par des jeux de politique politicienne et un Ego démesuré, mais par des mesures sanitaires.

A ces trois fautes correspondent trois marqueurs de l’identité politique de Macron roi : l’opportunisme, le jeu et le cynisme. Macron est certainement le président le plus dangereux que nous ayons eu depuis Pétain, ce "grand soldat" auquel Macron estima légitime de rendre hommage. Il est le président qui aura consenti à la mort de dizaines de milliers de citoyen.ne.s, qui aura fait le lit de l’extrême droite et aura remplacé la politique par un jeu de roulette russe. Président hors de contrôle, il est devenu à lui seul le haut comité médical qu’il a institué. Il est devenu à lui seul tout le Parlement. Il est devenu sa propre caricature : le Roi et le fou du Roi. Seul en son Palais, "divertissant son incurable ennui en faisant des paris avec la vie de ses sujets"**. 


Pascal Maillard

*Père Ubu s’interrogeait ainsi : « Le mauvais droit ne vaut-il pas le bon ? ». Il parait que sous la plume de Jarry cette question rhétorique renvoyait au cynisme politique de Bismarck.

** L'expression est de l'écrivain Yves Charnet, dans un livre à paraître. Elle renvoie au troisième "Spleen"  dans Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, le poème qui commence ainsi : "Je suis comme le roi d'un pays pluvieux".

 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Algériens sans papiers : la France ne peut plus les expulser mais continue de les enfermer
Dans un courriel confidentiel, le ministère de l’intérieur reconnaît l’impossibilité, à la suite des tensions diplomatiques entre Paris et Alger, d’éloigner les Algériennes et les Algériens sans papiers. Et pourtant : leur enfermement en centres de rétention se poursuit. Une situation « absurde » dénoncent associations et avocats.  
par Yasmine Sellami et Rémi Yang
Journal — Extrême droite
Révélations sur les grands donateurs de la campagne d’Éric Zemmour
Grâce à des documents internes de la campagne d’Éric Zemmour, Mediapart a pu identifier 35 de ses grands donateurs. Parmi eux, Chantal Bolloré, la sœur du milliardaire Vincent Bolloré, qui siège au conseil d’administration du groupe. Premier volet de notre série sur les soutiens du candidat.
par Sébastien Bourdon, Ariane Lavrilleux et Marine Turchi
Journal
La réplique implacable de Laurent Joly aux « falsifications » sur Vichy
En amont du procès en appel ce jeudi du candidat d’extrême droite pour contestation de crime contre l’humanité, l’historien Laurent Joly a publié un livre dévastateur. Il pointe ses mensonges sur le régime de Vichy, et analyse les raisons politiques de cette banalisation des crimes de l’époque.
par Fabien Escalona
Journal
Le parti républicain poursuit son offensive contre le système électoral
Un an après l’investiture de Joe Biden, le 20 janvier 2021, ses adversaires cherchent à faire pencher les prochaines élections en leur faveur en modifiant, avec une ingéniosité machiavélique, les rouages des scrutins. En ligne de mire, le vote de mi-mandat de novembre, grâce auquel une grande partie du Congrès sera renouvelée.
par Alexis Buisson

La sélection du Club

Billet de blog
On a mis Molière dans un atlas !
Un auteur de théâtre dans un atlas ? Certes, Molière est génial. Parce qu'il n'a laissé quasiment aucune correspondance, un trio éditorial imagine comment Jean-Baptiste Poquelin a enfanté "Molière" dans un atlas aussi génial que son objet. (Par Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Quoi de neuf ? Molière, insurpassable ! (1/2)
400e anniversaire de la naissance de Molière. La vie sociale est un jeu et il faut prendre le parti d’en rire. « Châtier les mœurs par le rire ». La comédie d’intrigue repose forcément sur le conflit entre la norme et l’aberration, la mesure et la démesure (pas de comique sans exagération), il reste problématique de lire une idéologie précise dans le rire du dramaturge le plus joué dans le monde.
par Ph. Pichon
Billet de blog
Molière et François Morel m’ont fait pleurer
En novembre 2012, François Morel et ses camarades de scène jouaient Le Bourgeois gentilhomme de Molière au théâtre Odyssud de Blagnac, près de Toulouse. Et j’ai pleuré – à chaudes larmes même.
par Alexandra Sippel
Billet de blog
Molière porte des oripeaux « arabes »
Le 15 janvier 2022, Molière aurait eu 400 ans. Ce grand auteur a conquis le monde, a été traduit et adapté partout. Molière n'est désormais plus français, dans les pays arabes, les auteurs de théâtre en ont fait leur "frère", il est joué partout. Une lecture
par Ahmed Chenikii