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Billet de blog 1 avr. 2021

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Macron roi

Alors que le Parlement est transformé en ce 1er avril en une chambre d’enregistrement des désirs du Roi, il importe de revenir sur le bilan d’une année de gouvernement-covid. Est-ce la pandémie qui est hors de contrôle, ou bien notre président ? Les deux certainement.

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                                                                                                                          À Yves

          « Le président a acquis une vraie expertise sur les sujets sanitaires. Ce n’est pas un sujet inaccessible pour une intelligence comme la   sienne. » Jean-Michel Blanquer, Le Monde, le 30 mars 2021

          « Ce n’est pas Macron qui manque d’humilité, c’est l’humilité qui n’est pas à la hauteur », #EmmanuelMacronFacts

           « Père Ubu – Allons, messieurs, prenons nos dispositions pour la bataille. Nous allons rester sur la colline et ne commettrons point la sottise de descendre en bas. Je me tiendrai au milieu comme une citadelle vivante et vous autres graviterez autour de moi » Alfred Jarry, Ubu roi, Acte IV, scène 3

Je serai bref. On écrit bien trop sur Macron. Les trois épigraphes ci-dessus disent à peu près tout. Il faudrait juste ajouter que dans certaines versions de la mythologie grecque Hybris est l’un des enfants de la Nuit et d’Érèbe. Macron est "un jour noir plus triste que les nuits". Érèbe est une divinité des Enfers. L’hybris désigne la démesure, l’excès de pouvoir et le vertige auquel il conduit. La Vème République est une détestable machine à produire de l’hybris. Des présidents hors de contrôle.

En ce 31 mars 2021, Macron roi préside un Conseil de défense sanitaire où ne siège autour de lui qu’une petite grappe de ministres choisis par ses soins. Conseil opaque, soumis au secret et échappant à tout contrôle législatif *. Le soir du même jour, il annonce ses décisions à ses sujets, au nom d’un « nous », dont on ne saura jamais s’il est de majesté ou s’il renvoie aux choix collectifs et débattus d'un exécutif. Ce « je-nous » annonce donc le reconfinement de toute la métropole, avec la fermeture des écoles. Je propose de déduire de ces décisions les trois échecs de Macron, qui correspondent à trois fautes, lesquelles sont directement en rapport avec la démesure qui caractérise le personnage, démesure encouragée par la fonction et notre constitution épuisée. Quand faire le bilan d’une politique se résume, de facto, à la caractérologie de son Auteur, on se dit qu’il est grand temps de changer de République et d’en finir avec le présidentialisme. 

Le premier échec de Macron roi, c’est le reconfinement de toute la métropole avec ses conséquences en termes de santé mentale, de précarisation accrue pour les plus pauvres et les classes moyennes, et d’aggravation de la crise économique. L’engagement pris à de multiples reprises de ne pas reconfiner nationalement n’a jamais été accompagné de la politique qu’un tel choix exigeait. Macron a mis tout le pays dans une impasse. Le reconfinement est la conséquence directe de l'inaction. La décision de laisser filer l’épidémie fin janvier, - dans un contexte de diffusion des variants, avec l’exemple anglais sous les yeux, et contre l’avis de toute la communauté scientifique -, a été, littéralement, criminelle. Macron était parfaitement informé de la flambée qui aurait lieu mi-mars. Nous y sommes.

Le second échec de Macron roi, distrait et appuyé par son fou préféré dans son obstination à ne rien faire pour sécuriser sérieusement l’Éducation nationale, aura été la fermeture contrainte des écoles et le prolongement du semi-confinement des étudiant.es, qu’il convient de ne pas oublier : les dégâts sont pour elle et eux sans fin, que certain.es  aident à réparer. En plus des scandales des masques, des tests et des vaccins, Macron et son gouvernement sont en effet directement comptables d’une inaction incompréhensible. Monté sur son « cheval à phynances », Macron roi a certes arrosé les entreprises de centaines de milliards, mais n’en a dépensé aucun pour l’Hôpital, l’École, l’Université, la Recherche et plus généralement la sécurisation sanitaire des lieux publics, parmi lesquels tous les lieux de culture.

Or, depuis bientôt un an, des chercheurs font la démonstration que des solutions existent (voir ici ) et que la stratégie «  Zéro Covid » est certainement la plus efficace et la plus propre à protéger des vies : voir par exemple les propositions concrètes de Rogue-ESR. Pourquoi donc « une intelligence comme la sienne » ne parvient-elle pas à s’élever jusqu’à la compréhension que la détection de la saturation en CO2 d’un lieu fermé et l’utilisation de filtres Hepa sont des dispositifs techniques simples, efficaces et susceptibles de limiter la propagation du virus ? Même des esprits infiniment plus bornés que le sien – Wauquiez par exemple, qui dégage 10 millions pour des purificateurs d’air dans les écoles et lycées de sa région - ont parfaitement saisi au bout de 6 mois ce que Macron roi mettra deux ans à reconnaitre. 

Le troisième échec de Macron roi, le plus terrible, est le nombre de morts, de vies brisées, de souffrances psychiques et physiques que des années de soins peineront à soulager. Bientôt 100 000 morts. Un million de "covid longs", des enfants, des adolescents et des étudiants habités par l’angoisse de contaminer leur parents … Question : combien de milliers de vies auraient pu être épargnées, non pas seulement par des décisions énergiques fin janvier 2021, mais par un véritable plan d’action visant à apporter une sécurité sanitaire digne de ce nom, à toute la population ? Pourquoi 3000 lits de réanimation supplémentaires seulement maintenant et pas à l’été 2020, avant la seconde vague ? Pourquoi  Zéro mesure technique et financière pour les universités quand des étudiants se suicident ? Pourquoi Zéro vaccin pour protéger les enseignants ? Pourquoi faire si peu de cas de « La valeur d’une vie »?

L’analyse des causes de ces échecs montre que ce ne sont pas des erreurs, mais des fautes politiques. Tout d’abord une gestion présidentialiste et autocratique de la crise sanitaire, couplée avec un virage idéologique vers l’extrême droite. Ensuite le refus de toute politique d’anticipation, refus qui doit être compris comme une conséquence du « en-même-temps » : le laisser faire néolibéral du macronisme se conjugue avec un retrait massif de l’État et un affaiblissement de la Fonction publique. Enfin la gestion sanitaire de Macron roi, qui a pris, lors de cette épidémie, la forme d’un pari : s’accoutumer au virus, vivre avec, le laisser filer devait permettre d’éviter un reconfinement et de maîtriser la pandémie. Le pari au lieu de la raison et de la délibération, le jeu avec la science, le rêve de devenir un savant (voir ici La Mouche, une pièce fétiche de Macron) et l’adulation de Raoult. Macron roi devenu « l’Expert ». Macron Épidémiologiste en chambre. La limite de cette folie est éthique : un pouvoir, quel qu’il soit, ne peut pas parier des vies comme dans une partie de poker. La leçon est désormais sans appel : on ne lutte pas contre une pandémie par des jeux de politique politicienne et un Ego démesuré, mais par des mesures sanitaires.

A ces trois fautes correspondent trois marqueurs de l’identité politique de Macron roi : l’opportunisme, le jeu et le cynisme. Macron est certainement le président le plus dangereux que nous ayons eu depuis Pétain, ce "grand soldat" auquel Macron estima légitime de rendre hommage. Il est le président qui aura consenti à la mort de dizaines de milliers de citoyen.ne.s, qui aura fait le lit de l’extrême droite et aura remplacé la politique par un jeu de roulette russe. Président hors de contrôle, il est devenu à lui seul le haut comité médical qu’il a institué. Il est devenu à lui seul tout le Parlement. Il est devenu sa propre caricature : le Roi et le fou du Roi. Seul en son Palais, "divertissant son incurable ennui en faisant des paris avec la vie de ses sujets"**. 


Pascal Maillard

*Père Ubu s’interrogeait ainsi : « Le mauvais droit ne vaut-il pas le bon ? ». Il parait que sous la plume de Jarry cette question rhétorique renvoyait au cynisme politique de Bismarck.

** L'expression est de l'écrivain Yves Charnet, dans un livre à paraître. Elle renvoie au troisième "Spleen"  dans Les Fleurs du mal de Charles Baudelaire, le poème qui commence ainsi : "Je suis comme le roi d'un pays pluvieux".

 

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