Réforme du collège après réforme du lycée : jusqu'où irons-nous dans la baisse du niveau en mathématiques en Licence?

C'est une des plus vieilles institutions scientifiques au monde, la Société de Mathématique de France, fondée en 1872 par Pierre Chasles, qui tire la sonnette d'alarme après l'arrivée à l'Université des premières cohortes d'étudiants passés par la réforme Châtel du lycée : le niveau requis n'est pas là ! Au point qu'une des propositions faites est de faire une année de remise à niveau des élèves

A l'heure où les professeurs de collège organisent une sourde résistance à la réforme qui leur sera imposée dès 2016, réforme qui entame les heures disciplinaires puisque les Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) et l'Aide personnalisée ( AP) seront prises sur celles, à l'heure où le bilan de la réforme du lycée n'est toujours pas tiré, le texte publié en Octobre 2015 dans la Gazette de la société est affligeant.

Le constat posé dès l'abord est ferme :" Il a paru important à la Commission Enseignement de la SMF de faire un premier point qui se résume en trois lignes : les étudiants qui arriventà l’université ou en classe préparatoire, semblent,pour une majorité d’entre eux :

  • ne plus maîtriser le calcul numérique ou littéral ;
  • avoir perdu le goût et la capacité de travailler chez eux ou en classe ;
  • ignorer ce que sont les mathématiques.

 

Il est tentant de répliquer que ce constat n’est pas nouveau, mais cette fois, il semble que cela concerne même les meilleurs et les plus déterminés de nos étudiants".

Plus loin, il est affirmé : " Les notions mathématiques qui demandent, pour être domestiquées, une certaine durée d’apprentissage sont perçues comme trop difficiles et provoquent chez certains étudiants une réaction de rejet immédiat, ils n’ont pas l’habitude de persévérer après des tentatives infructueuses.Il est très difficile de faire comprendre que l’erreur est souvent féconde en mathématiques.

Les causes? Des causes liées à la pédagogie à l'université, concède la SMF, mais ce sont d'abord les programmes et les horaires dans le secondaire qui sont pointés du doigt : "Le volume horaire dévolu aux mathématiques n’a cessé de diminuer : on peut estimer la perte au collège à une année d’enseignement environ et le même déficit au lycée depuis la dernière réforme.Il s’en est suivi tout naturellement un appauvrissement des programmes entraînant des défaillances,des incohérences, et des retards jamais compensés". "En même temps, un enseignement plus participatif, sous la forme de découverte de la discipline, a été introduit dans le secondaire, en mathématiques comme dans les autres matières, tendant automatiquement à diminuer la part du cours magistral déjà amputée par la baisse des horaires, et à réduire la phase nécessaire de formalisation des notions".

Madame le Ministre peut-elle ignorer un tel constat à l'heure où les horaires de cours disciplinaires en mathématiques passeront en 2016 de 4 h à 3.5h en troisième, heures desquelles on pourra défalquer potentiellement un temps réservé aux EPI ou à l'AP? L'ignorera-t-elle comme elle a mis sous le boisseau le rapport publié en décembre 2013 par ses propres services de  la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance ( DEPP) intitulé : "Le décrochage scolaire : un défi à relever plutôt qu'une fatalité", rapport qui énonçait clairement  que la cause explicative du décrochage scolaire, pour la moitié des cas, est le faible niveau de ces élèves à l'entrée en Sixième. N'entend-elle pas les cohortes d'enseignants qui chaque jour lui répètent que le problème numéro 1 au collège, ce sont les élèves qui ne savent pas lire, ceux qui ne comprennent pas ce qu'ils lisent, et subséquemment ne savent pas écrire quelques lignes d'une pensée construite?  Alors quoi? Les heures de cours de français réduites de 5H à 4.5 en sixième avec sa réforme 2016, heures sur lesquelles il faudra sans doute aussi faire de l'AP?  Les heures qui tombent de 4.5 à 4 heures en français en 3°, dont il faudra défalquer AP et potentiels EPI? 28.5 heures de cours disciplinaires en troisième qui tombent à 22H + 4H d'AP et d'EPI???

C'est à un véritable saccage annoncé qu'on se prépare! Bientôt, toutes les filières des universités pleureront ( si elles ne le font pas déjà ...). Quousque tandem abutere, Nadjata, patientia nostra?

 

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