Enseignants : une baisse de 30% des retraites à venir...

La seule chose qui pourrait contrebalancer les effets pour les enseignants de la réforme des retraites prévue par le gouvernement, c'est une hausse de 30% des salaires. Or cette hausse n'aura pas lieu, peut-on l'ignorer... Une raison, assurément, de se mettre en grève, même si trop de syndicats enseignants sont bien timides. Une première grève est prévue ce mardi 24 Septembre...

A quoi jouent certains syndicats enseignants ? Le SGEN-CFDT, qui refuse d'appeler à la grève sous prétexte que des négociations sont en cours avec le gouvernement et pourraient déboucher sur une augmentation des salaires ? Et même le SNES, dont le site internet n'évoque même pas en page d'accueil la tragédie qui est pourtant évoquée dans la page consacrée au rapport Delevoye ?

Car la tragédie à venir – le mot n'est pas trop fort-, c'est que la retraite par points voulue par le gouvernement, si elle était appliquée, ferait baisser les pensions d'environ 30% pour les nouveaux entrants dans la carrière. Et qui peut croire que le gouvernement est prêt à s'engager à une revalorisation de 30% des salaires des enseignants sur l'ensemble de leur carrière ?

 © Pascale Fourier © Pascale Fourier


Or, dans le système actuel, la pension est calculée sur les 75% du dernier traitement brut des six derniers mois, ce qui aboutit d'après le Bilan social 2017-2018 du Ministère de l'Education Nationale à ces chiffres pour les retraités en 2017 ( retraités qui n'ont pas suivis la même grille indiciaire que celle qui s'applique actuellement et qui était une grille moins favorable et moins normée), la moyenne étant de 2504 euros dans le premier degré et de 2850 dans le second ( qui comprend aussi des agrégés mieux payés et/ou professeurs en chaire supérieure).

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Comme les enseignants certifiés et PE qui ont déjà une ancienneté certaine dans la carrière ont eu carrière moins uniforme que celle des nouveaux entrants auxquels s'applique une nouvelle grille ( revalorisations de début de carrière dont ils n'ont pas bénéficié, carrière à l'ancienneté/choix/grand choix), on observera qu'aucun des échelons auxquels ils sont susceptibles de partir en retraite n'aboutit, dans le régime actuel, à une retraite aussi basse.

 © Pascale Fourier © Pascale Fourier


Bien sûr, le gouvernement espère sans doute jouer sur les divisions générationnelles entre enseignants, entre ceux qui commencent leur carrière et qui sont dans la certitude qu'ils se feront laminer à moins d'une improbable augmentation de 30% de leurs salaires mais qui sont déjà trop pauvres pour se mettre en grève, ceux qui sont à moins de 5 ans de leur retraite et qui ne sont pas concernés directement par la tragédie, et ceux qui sont dans l'entre-deux, carrière à mi-parcours ou à qui il ne reste que dix ans, et qui sont dans une incertitude absolue tant le rapport Delevoye est silencieux sur la garantie des droits acquis dans l'ancien régime pour les fonctionnaires...

Une chose est sûre pourtant: un gouvernement qui est capable de lancer une réforme pour laquelle des calculs simples montrent qu'elle aboutira à une baisse de 30% des pensions à moins d'une augmentation de tous les salaires de tous les enseignants de 30% pour que la réforme soit neutre ne cédera que des broutilles dans les négociations, à moins d'augmenter sa masse salariale de 30% - quand le Ministre de l'Education Nationale se gausse d'une augmentation de 300 euros annuels en moyenne annoncée récemment. Les syndicats ne peuvent pas ne pas le savoir. Tous. Et les enseignants auraient quelque intérêt à sortir de l'attentisme qui est le leur.

Jean-Michel Blanquer lui-même le disait, le 10 Juillet dernier ( le Canard Enchaîné le rapportait) : « « Ils ne sont pas très bien payés pendant leur carrière et, ensuite, ils se rattrapent à la retraite .Il faut faire attention à ce que la réforme ne débouche pas sur une perte trop nette de leurs revenus." .
Mal payés pendant la carrière, laminés à la retraite : le pacte est rompu, c'en est trop !

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