Confinement 2 - Sacrifier les vieux enseignants pour faire marcher l'économie?

Bien sûr, ce n'est pas fait, mais on en parle furieusement.Confinement, mais pas pour plus de la moitié des enseignants. Armés d'un masque tout-venant, reclus dans 40m2 avec 30 élèves masqués ou pas, 6h par jour, ils devraient aller au combat - et aider à la propagation du virus dans les familles. Sacrifiés potentiels sur l'autel de l'économie...

Bien sûr, on nous dit que les enfants sont faibles transmetteurs - mais quand même, ils transmettent aux grands-parents... Ils  ne se contamineraient pas les uns les autres, ni ne contamineraient les adultes : s'ils ont le COVID, c'est qu'un adulte le leur a transmis - étrangeté du COVID qui ne fonctionne qu'à sens unique.  Voilà ce qui se dit.

Les enfants sont-ils moins contaminés, moins transmetteurs?

Ce qui est certain, c'est qu'ils font des formes moins graves de la maladie. Ils sont pauci-symptômatiques, ou pas symptômatiques du tout. Donc, pas testés. Pas testés, mais potentiels vecteurs - seulement pour leurs grands-parents, pas pour les enseignants et les ATSEM qui, dans les petites classes, les mouchent, essuient leurs larmes, les prennent sur leurs genoux. Ils sont tellement peu transmetteurs que les classes ne ferment plus que s'il y a trois cas dans la même classe:  un protocole, ça s'allège ou pas, il ne faut pas faire dans la demi-mesure... Les enseignants, eux,  ne sont jamais cas-contacts, parce qu'ils portent un masque. A un moment, ceux qui portaient un masque DIM étaient déclarés cas-contact, mais pas ceux qui portaient un masque chirurgical payé avec leurs deniers. Ca n'a pas fait de gros titres dans les journaux, mais ça voulait dire quand même que l'Education Nationale, employeurs d'environ  850 000 agents, ne leur avait pas fourni une protection satisfaisante.

Combien d'enfants sont contaminés?  C'est un bien étrange graphique que l'on trouve dans le bilan épidémiologique hebdomadaire publié par Santé Publique France, en date du 22 Octobre 2020. En bleu, tout en bas, le taux d'incidence ( nombre de cas COVID pour 100 000 habitants de la tranche d'âge)


taux-dincidence

0 à 14 ans... 94 cas pour 100 000 enfants.

Pas de quoi fouetter un chat ou fermer les écoles.

Mais de quoi parle-ton, en fait? Pour être détecté COVID+, il faut bien être testé? Les enfants le sont-ils?  La réponse est dans le graphique suivant: ils le sont moins que tout le monde. Les nourrissons sont-ils testés? Non. Les maternelles le sont-ils? Peut-être, mais c'est un épiphénomène. Les petits de primaire, les 6-7 ans? Peut-être, mais sans doute très peu. Qui se fait tester, alors? Les symptomatiques et les cas-contact hors établissement scolaire, puisque désormais les camarades de classe des élèves COVID ne sont pas déclarés cas-contacts. D'où sans doute la légende diffusée dans les médias qui raconte que les enfants ne se contaminent pas entre eux, mais le sont par les adultes et parmi ceux-ci plutôt leurs parents. D'où aussi ce taux d'incidence très bas puisqu'il évacue tous les tous-petits ou presque, sans doute la moitié de ceux qui appartiennent à la fourchette d'âge retenue, 0 à 14 ans - ce qui permet, en gros, de diviser le taux d'incidence par 2. C'est ballot, parce qu'alors le taux d'incidence des 8 - 14 ans serait de presque 200 pour 100 000. Presque autant que les 45-64 ans. Et c'est sans compter parmi eux les nombreux asymptomatiques, voire les pauci-symptomatiques que les parents auraient décidé de ne pas faire tester. Le Ministère de l'ducation Nationale, qui est moins prolixe en ce domaine que sur les prétendues augmentations à venir pour les enseignants, a fini par concéder, dans des chiffres publiés vendredi 16 octobre, que  8223 élèves avaient été contaminés sur une semaine et 2063 personnels, en  un seul jour,  1713 élèves de plus et et 440 personnels.

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Prêts au sacrifice des vieux enseignants?

Alors que les conditions d'accès aux salles de spectacle sont drastiques, qu'il ne faut pas se rassembler chez soi à plus de 6, que le couvre-feu est là pour 45 millions de Français, qu'un nouveau confinement généralisé sera probablement annoncé demain,  les enseignants, armés de leur masque tissu gracieusement donné par leur employeur, vont-ils devoir se retrouver à nouveau avec leurs 30 élèves, pas masqués pour certains, dans des classes de 40m2, alors qu'il semblerait bien qu'on leur ment de façon éhontée sur le taux de contamination des enfants et qu'aucune étude sérieuse sur la non-contagiosité des enfants n'a été diffusée par le Ministère  -mais qui y croirait, quand les enfants sont sommés de ne pas aller voir Mamie?

Or les enseignants sont vieux. Leur nombre s'est accru rapidement quand l'objectif de 80% d'élèves au niveau du bac a été lancé. Entrés dans la carrière il y a vingt-cinq ans ou plus, ils sont un quart des professeurs des écoles ( instituteurs) et un  tiers des enseignants de collège et lycée à avoir plus de 50 ans. C'est justement l'âge à partir duquel les risques de forme de graves du Covid augmentent. Et dans une réunion au Ministère de l'Education Nationale en date du 20 Octobre dernier à laquelle les syndicats ont participé, a été énoncé le chiffre de 13% des enseignants qui seraient "personnes vulnérables" selon les critères de décret de Mai 2020, qu'ils soient âgés de plus de 50 ans ou pas.


Bilan social du MEN - 2017-2018 Bilan social du MEN - 2017-2018

Admissions hebdomadaires au 25-10-2020 d'après data.gouv.fr Admissions hebdomadaires au 25-10-2020 d'après data.gouv.fr

Alors quoi?

Certes, les enseignants entendent la nécessité de la continuité pédagogique, idéalement en présentiel. Mais la décision de laisser les écoles ouvertes, les collèges ouverts, les lycées (?) ne saurait se faire, dans le contexte affolant dans lequel nous sommes, sans qu'un minimum de garanties ne soient fournies aux enseignants.

Aussi, il est urgent que le gouvernement:

      -publie les études précises  et complètes sur la contagiosité des enfants, y compris asymptomatiques, sur lesquelles il s'appuie pour décréter  que les enfants pourraient rester à 30 dans 40 M2 en présence d'un ou de plusieurs adultes, pendant 6H pour plus de la moitié des dits-adultes.

      -commandite une étude de la diffusion aérosol du Covid dans un tel espace et avec autant de personnes et une étude de la protection apportée ( ou pas) par un masque tissu dans de telles conditions.

      -publie une étude détaillée des taux d'incidence chez les enfants d'âge scolaire, par niveau de classe.

     -diffuse de façon hebdomadaire le nombre d'enseignants touchés par le COVID, par niveau d'enseignement ( maternelle, primaire, collège, lycée)

     -assure la protection de ces agents en les munissant de masques chirurgicaux, FFP2 pour les enseignants en maternelle qui le désireraient.


A moins de cela, les belles paroles entendues par les enseignants lors du drame qui nous a frappés il y a dix jours apparaîtront pour ce qu'elles étaient peut-être.... du pipeau.




NOTA : Un article essentiel a été diffusé sur un blog de Mediapart sur la question de la contagiosité des enfants. C'est là: https://blogs.mediapart.fr/marc-durin-valois/blog/171020/contagiosite-des-enfants-un-dossier-explosif-pour-le-gouvernement

 

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