Pour la Grèce : poème-collage dans l’œuvre de Ritsos

Écrivain, traducteur exemplaire de Yannis Ritsos, homme et poète grec de grand format, Pascal Neveu a réalisé un poème-collage à partir de vers glanés dans toute son œuvre, des années 1930 à 1970, « pour se donner du courage et de l’espoir, en ces temps si désespérants ».

Écrivain, traducteur exemplaire de Yannis Ritsos, homme et poète grec de grand format, Pascal Neveu a réalisé un poème-collage à partir de vers glanés dans toute son œuvre, des années 1930 à 1970, « pour se donner du courage et de l’espoir, en ces temps si désespérants ».

« Pourquoi un poème », suggère Pascal Neveu ? « Déjà, comme le dit Ritsos lui-même, parce que

Ton premier mot et le dernier

les ont dits, l’amour et la révolution.

Ton silence l’a dite, la poésie. »

Pour la Grèce donc, voici ce poème-collage de Ritsos :

 

     J’ai cru au ciel autrefois.

     Mais j’ai vu

     le fond des mers

     et ses cités mortes

     ses bois oubliés

     ses sons étouffés.

     Le ciel, maintenant, a coulé

     mouette blessée

     en pleine mer.

 

     Dans mes plaies, j’ai vu

     les plaies du monde.

     Étrangère au monde, la joie.

     Étrangères à la justice, les lois.

 

     Je ne savais pas qu’il y avait

     sur cette terre

     des frères dans la misère

     des amis dans l’injustice.

 

     Et je viens maintenant parmi les ruines

     chargé d’un Printemps de chants,

     le courage de mon peuple comme un océan de cigales par-dessus l’été bombardé.

     Mes frères, toutes les couleurs ont pour patrie la lumière.

 

     Moi aussi, avec vous j’ai grandi, camarades,

     dans les prisons, les camps,

     en exil.

     Enfant de la Grèce, moi aussi,

     combattant avec vous et chantant,

     chantant le chant le plus puissant que l’on m’ait jamais appris,

     celui qu’ensemble nous chantons :

     Prolétaires de tous les pays, unissez-vous.

 

     Le monde est beau,

     quoi que l’on dise, quoi que l’on fasse,

     beau.

     L’avenir est certain,

     mon frère,

     quoi qu’il arrive – certain.

     Sans plus d’hésitation

     dans la voix ni dans nos voix.

     Beau.

     Pourrait-on inverser

     la course du soleil ?

 

     Pas à genoux, non,

     debout, j’élève ma florissante

     prière :

     je sanctifie le nom de l’Homme

     je sanctifie la Paix sur Terre et dans les Hauteurs.

 

Pascal Neveu vient de mettre la main à la traduction de L’Amertume et la pierre – Poètes au camp de Makronissos, annoncé pour l’automne par Ypsilon éditeur (voir cette présentation par l'éditeur de Yannis Ritsos).

Chez le même éditeur, sont déjà parus, de Yannis Ritsos, traduits par Pascal Neveu :

Temps pierreux – Makronissiotiques (mai 2008), édition bilingue grec-français, 124 pages, 18 €.

Pierres Répétitions Grilles (mars 2009), préface de Bernard Noël, 272 pages, 25 €.

Journal de déportation (octobre 2009), édition bilingue grec-français, 156 pages, 22 €.

Voir aussi ce précédent billet sur les mêmes, sur ce blog.

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