Michel Monnin, le défricheur d’âmes

En toute complicité avec nos correspondants haïtiens, il nous importe fort à Mediapart de saluer le « défricheur d’âmes » Michel Monnin, qui est mort en Haïti le 13 novembre dernier. Et ce en poèmes, parce que « quand il pleut », il peut « faire soleil en même temps ».

 © Gaël Monnin © Gaël Monnin
Avec nos correspondants haïtiens, il nous importe fort à Mediapart de saluer le « défricheur d’âmes » (voir ici) Michel Monnin, qui est mort en Haïti le 13 novembre dernier. Le site Île en île (voir ici) permet d’avoir une plus parfaite connaissance de cette personnalité aux multiples facettes, écrivain et galeriste d’importance, qui a notamment œuvré à l’éclosion de l’école dite des « Primitifs Modernes » en Haïti à la fin des années 1970.

De l’auteur de Manès Descollines, la revue Intranqu’îllités a publié un poème dans sa toute récente livraison. On y goûtera une appropriation singulière d’un proverbe, « Le diable bat sa femme et marie sa fille », dont l’Académie (1835-1932) précise qu’il se dit « quand il pleut et qu’il fait soleil en même temps ».

Dans son poème, Michel Monnin coupe ce proverbe à la moitié pour convier à ne faire qu’un, âme et corps, avec l’autre moitié qui resplendit, elle, sous le même jour, de tout son ordinaire.

À la suite de cette fable de Michel Monnin, figure un autre poème, que nous a transmis James Noël, écrit pour le « défricheur d’âmes ».

*

Michel Monnin

« Devant il fait soleil »

Il pleut derrière, devant il fait soleil.
La maison est coupée en deux,
le ciel aussi.
C’est le diable qui bat sa femme.

Derrière, la servante
s’empresse de rentrer le linge.
Devant le chat s’étire
et lisse ses moustaches.
La maison est l’arche de Noé
qui se balance sur le vent.

Les fesses, de la femme nue,
sont rondes et juteuses.
Il suffirait de traverser
le rideau de pluie,
pour s’emparer de toutes
ces belles merveilles.

Les jambes sont longues
et lumineuses.
Les pieds dodus, aux ongles rouge vif,
battent l’air avec indécence.
On a le cœur fendu en deux.

Les tempes, telles ouïes
de poisson sorti de l’eau,
battent la chamade sans miséricorde.

Et ces jambes qui
se balancent en cadence,
vous aimantent comme
des hameçons empoisonnés.

Quand le diable bat
sa femme,
l’homme qui adore
les femmes,
perd la raison.

La maison est coupée en deux,
comme les melons,
quand on les ouvre.
Sans hésiter,
j’ai traversé le rideau de pluie.


James Noël

Pour Michel Monnin (1940-novembre 2020)

« Papier froissé »

En peu de mots
Tu grognais
Rongeais ton frein
Entre une cigarette
Et un bout de papier
Qui cachait une phrase
Ou un nombre
Tu cherchais des poux
À n’en plus finir chez Dieu
Et pour le nombre d’or
Tu t’en remettais
À la constellation du chien

L’ombre
Le nombre
La phrase
Et toute la toile
Peuplée du génie fou
D’un peuple
On dénombre les couleurs
On fait le tri des grains
Pour la germination des astres
Tu déchiffrais
Et scrutais l’existence
Comme un exercice de décodage

Cœur
Papier
froissé
Feu de joie économe
Tu grognais à Port-au-Prince
Tu riais fort à Port-Salut

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