Je tire ma révérence à Zéromacho

Pendant cinq ans, le réseau Zéromacho a rassemblé des hommes désireux de partager leur refus du système prostitutionnel pour des raisons éthiques et politiques. Il s’agissait de dénoncer cet insupportable privilège masculin sur le corps des femmes.

La loi d’abolition entérinant la responsabilisation des hommes dans le système et pénalisant les « clients » ayant été votée et appliquée, participer à un groupe masculin à propos de l’égalité femme homme ne me semble plus légitime.

Notre engagement portait un point de vue que seuls des hommes pouvaient exprimer : notre propre responsabilité et notre propre refus. Cette question étant réglée par la loi et déjà mise en application, le reste du combat contre la traite et la prostitution, pour l’aide aux personnes prostituées ou pour l’Égalité en général, ne se justifie plus entre hommes.

Si j’estime parfaitement légitime que les personnes qui sont l’objet d’une domination (par une construction sociale de « race » ou de genre) se réunissent en dehors de la présence du dominant (la mienne dans les deux cas), j’ai toujours estimé qu’un rassemblement de membres du groupe dominant parlant entre eux de leur propre domination posait problème.

D’autre part, si la loi d’abolition de la prostitution marquera par la responsabilisation des hommes dans le système et en créant une norme sociale plus égalitaire, le reste de nos attentes est simplement en train de tomber aux oubliettes. Des moyens financiers importants (rien si l’on compare aux deux milliards pour construire de nouvelles prisons) avaient été promis pour permettre la sortie de la prostitution à des milliers de femmes souvent victimes de la traite la plus abjecte. Puis la promesse s’est réduite à en devenir insultante. Les professionnel-le-s manquent de moyens, de places d’hébergement, et évidemment de titres de séjour pour ces femmes qui ne peuvent ni rester, ni repartir et doivent parfois vivre cachées. Le tout, dans un contexte où de nombreuses associations travaillant notamment avec les femmes voient leur budget de fonctionnement fondre d’année en année. Quand leurs antennes locales ne sont pas obligées de fermer…

Dans ce contexte, j’ai exprimé à mes amis de Zéromacho l’impossibilité qui était la mienne de perpétuer une parole collective non mixte masculine en France. Et j’ai donc donné ma démission en tant que porte-parole et membre. Je fais le voeu que dans les pays où il reste légal de louer le corps des femmes, des hommes continueront de dire leur refus de jouir d'un privilège qui justifie l'esclavage de la prostitution. Je salue mes amis avec qui j’ai eu le plaisir de partager ces cinq années et nos amies qui nous accompagnés. Je leur souhaite bonne chance.

Je poursuis évidemment tous mes engagements en faveur de l’Égalité. Sous toutes ses formes.

Le combat continue ailleurs et autrement...

 

 

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