Brexit : illustration de la médiocrité de la (presse) politique

La presse politique n'a de sens qu'en apportant une plus-value critique. Elle n'a sinon aucun intérêt à reprendre les faits et les déclarations, comme si elle enfilait des perles. La couverture du Brexit en est une illustration alors que les titres s'amusent des tergiversations faisant échec à un référendum et ridiculisent l'UE quelques semaines avant des élections. 4° pouvoir de quoi ?

Ludovic Lamant livre un nouvel article sur le Brexit qu'il est regrettable de dire qu'il est mauvais parce qu'il n'apporte rien ; sinon de valider la médiocrité politique de gouvernements qui décrédibilisent le processus démocratique et les institutions européennes.

L'information est que Theresa May est une organisatrice compulsive de sommets.

Il ne sortira rien du prochain - sinon un report - parce que, comme d'habitude, il ne peut rien en sortir d'autre ; puisque la solution ne dépend pas de l'UE mais de la Chambre des communes.

 

Malgré cette évidence, certains réussissent toujours à faire les étonnés alors qu'il n'y a plus matière à s'étonner qu'on en soit encore - toujours ? - là puisque le business refuse le Brexit depuis le début.

La majorité des gouvernements, y compris celui de Mme May, défendent les intérêts de ce business. D'où l'entente au report systématique du départ du Royaume-Uni qui excèdent les institutions européennes :

Lire sur France Info :

"Il est temps de partir !" : à Bruxelles, le ras-le-bol des élus et des fonctionnaires européens face au Brexit qui s'éternise

 

Afin de faire accepter ce jeu, la presse entretient la tension dramatique par une surenchère de scenarii économiques catastrophiques. En omettant toutefois de s'apitoyer sur l'échec politique conservateur qui a plongé une majorité de britanniques dans une situation sociale pitoyable.

Le conservatismes pro-business a produit l'électorat du Brexit. Comme il produit la fraude fiscale, l'euroscepticisme et le regain des nationalismes.

Cette causalité est étrangement ignorée alors que les gouvernements conservateurs s'ingénient en palinodies chroniques pour faire échec à un référendum dont ils sont les responsables du résultat.

Il y a une contradiction manifeste à prétendre faire de la presse politique sans dénoncer cette atteinte au processus démocratique, d'autant plus quand un projet de référendum à propos de la privatisation d'Aéroports de Paris fait la Une juste à côté.

Un lecteur raisonnablement intéressé par l'actualité européenne ne peut donc que s'étonner en revanche de la mansuétude médiatique avec laquelle est traitée cette mascarade et l'indigence des commentaires qui prétendent la justifier , que les rédactions reprennent en boucle.

 

Une telle presse politique est d'autant moins sérieuse que la couverture du Brexit décrédibilise les institutions européennes et que les élections européennes approchent.

Il est surréaliste de lire, sans que cela ne soulève de critique non plus, que le Royaume-Uni, qui doit quitter l'UE - puisque la majorité de son électorat l'a voté à demande de son premier ministre (ce détail échappe aux analyses), puisse présenter des listes parmi lesquelles les "brexiter" seraient favoris.

Voilà de quoi dévaluer encore un peu plus l'intérêt de la politique européenne, dont l'enjeu se réduit à des disputes de bac à sable internes (voir le débat en France qui n'est même pas à la hauteur d'une AG de copropriété*).

En revanche, on évoque, sans trop s'émouvoir, qu'une victoire des listes "remainer" seraient susceptibles de remettre en cause le résultat du référendum. Si tant est que les partis politiques britanniques s'affichent clairement pro européen, ce qui n'est pas du tout le cas des conservateurs, qui veulent rester dans l'UE, mais pas trop, juste ce qu'il faut.

 

Prolonger :

Sur France culture, la question du jour

Faut-il être né avec une cuillère en argent dans la bouche pour être journaliste ? 

Euractiv : l'actualité européenne en direct

 

* Une AG de copropriété est informée préalablement des résultats de la gestion de l'année écoulée, ce qui a été fait et ce qu'il doit être fait. Elle donne un quitus au sortant avant d'élire ou réélire le syndic. Pour les élections européennes, on ne parle pas ou peu de l'Europe. Le débat reste limité à la France, comme si l'AG d'un immeuble se réduisait à l'organisation d'un combat de coqs.

 

 

 

 

 

 

 

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