Pourquoi ne pas le dire, la majorité aime le fascisme. Est-elle seule ?

Les lecteurs critiquent la pratique fasciste du pouvoir en France. Ils alertent sur l'incompatibilité culturelle du particularisme politique français autoritaire avec la démocratie et la conséquence du défaut d'enseignement de ce qu'est une société démocratique moderne dans les grandes écoles. D'autre part, la presse réduit les élections à un tiercé et cette médiocrité hypothèque la démocratie.

Ce défaut d'intelligence de l'information du public lui est d 'autant plus préjudiciable que les scandales sexuels, institutionnels, politiques confirment cette inspiration totalisante, globalisante, qu'illustre l'intitulé de la loi sur la " sécurité globale ". Victor Klemperer le démontre, il n'y a que des fascistes pour imaginer un monde sécurité globale. Il n'y a pas de hasard. L'état d'urgence s'inspire de Carl Schmitt, un juriste nazi.

Il ne semble pas que, mis dans une telle perspective, ce soit un hasard qu'une des éminences de la pensée politique française soit mise en cause dans une affaire de viols incestueux, que les femmes des grandes écoles dénoncent le comportement anachronique et brutal des hommes.

L'importance de l'inceste, de la violence faîte aux femmes, de la violence institutionnelle (violences policières, violences au travail, ...) n'est pas un phénomène nouveau, ou une résurgence d'une pratique ancienne, mais n'est que l'effet d'une doctrine politique désuète. L'évolution qui s'observe n'est pas sur le fond mais seulement sur la forme, dans l'accès à la parole, l'exposition de la réalité au public.

Ce qui est était maintenu sous le tapis ne peut plus l'être aussi facilement qu'avant. La conjonction des révélations sur les expressions de la brutalité signale l'importance du dénominateur commun culturel qui l'inspire et dans lequel s'inscrivent l'action publique et l'économie depuis de très nombreuses années. Il est erroné de distinguer sur ce point le " privé " et le " public ". Leurs dirigeants sont animés par les mêmes comportements nocifs et toxiques (cf. le suicide au travail par ex.).

Les élections en France se caractérisent par de nombreux commentaires sur la personne des candidats - beau, jeune, intelligent, brillant, ... même si ce n'est pas vrai - et non le programme, sa conformité et sa pertinence à résoudre les problèmes qu'une analyse de la situation sociale du pays demande à corriger.

Mais ce dernier point essentiel à l'information des électeurs n'est jamais ou quasiment jamais satisfait.

Quel organe de presse fait d'ailleurs un suivi précis ou pose le bilan de cette situation ? Aucun. Comment l'électeur est-il alors en mesure d'apprécier la cohérence des mesures proposées pour corriger les inégalités, la précarité, l'injustice ? Aucun.

C'est pourtant l'essentiel du quotidien auquel sont confrontés tous les électeurs, tous les jours, et les amènera à se décider, à voter ou pas. La presse ne remplit pas cette exigence de base démocratique. Elle publie tous les jours les chiffres de la Bourse qui n'intéressent qu'une très infime partie du corps social mais ne consacre aucune information quotidienne à la situation sociale et économique réelle des 99% de la population. Aucun indicateur quotidien sur la pauvreté, le salaire moyen, la répartition des patrimoines, le chômage en fin de droit, le mal logement, ... nisur leur évolution. L'essentiel, la réalité humaine quotidienne de la société, est tout simplement exclu de l'information en France.

La démocratie repose pourtant sur la connaissance de ces faits et de ces évolutions. Tous les jours. Et pas seulement une fois de temps en temps, de façon bâclée, au moment des élections, ou chacun peut dire ce qu'il veut puisque personne n'a été informé de l'état réel du pays, de la société et de son évolution.

En revanche, il y a bousculade pour promouvoir les déclarations à l'emporte-pièce, à la limite du racisme, de la discrimination, du rejet de l'altérité, de la stigmatisation. Quant il ne s'agit pas de désinformation pour contribuer à la propagande d'une doctrine répressive.

L'histoire de France montre une tendance lourde fascistoïde, dont l'actualité confirme la persistance. L'absence de conscience véritablement démocratique dans la presse, d'autre part, l'entretient. Voir depuis quand la France a-t-elle connue une mobilisation médiatique, une campagne de presse, pour la défense des libertés publiques, des droits humains ?

Ce mol embourgeoisement des consciences médiatiques favorise une pratique de l'exercice gouvernemental reposant - toujours au 21° s. - sur le principe archaïque de l'obéissance au chef - façon Vase de Soissons - plutôt que sur la légalité. Cet archaïsme se retrouve dans les débats sur l'action de l'exécutif au Rwanda, l'attentat de Karachi, l'assassinat des juge Borrel, Michel Renaud (à rapprocher des pratiques mafieuses italiennes et de l'esprit du néolibéralisme).

Cette culture politique du haut Moyen-Âge se manifeste encore aujourd'hui dans la sacralisation de la violence - invoquée officiellement pour justifier l'arbitraire et la répression illégale - entretenue par des Diafoirus du débat public.

Il n'est peut-être pas anodin que Clovis soit encore une référence historique - et politique - en 2021 dans les médias. La communication moderne offre ainsi le paradoxe d'un progrès technologique en France pour y entretenir l'absence de progrès intellectuel. Les faiseurs d'opinion ne sont pas à une contradiction près alors que l'information devait contribuer au contraire à lutter contre l'absence de promotion du but d'une société démocratique moderne : le bien-être général.

C'est dans cette incohérence de fond qu'il faut voir, plutôt, le rejet des médias par un public qui se sent moqué en permanence, pris pour un imbécile. Reproduire de la communication institutionnelle sans y appliquer un esprit critique décrédibilise la presse et la profession de journalistes. Les médias, dans un Etat moderne, ne sont pas là pour valider les mensonges en reproduisant ceux des services de communication.

A l'évidence, la réduction du débat à ce qui est superficiel s'observe dans le concours d'inepties où de mauvais journalistes interrogent de mauvais politiques pour surrenchir dans la bêtise et faire le buzz, gagner la compétition médiamétrique. La connerie, après la violence, s'affirme comme le second moteur de la politique en France.

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Le con dans ce domaine n'exclut pas l'intelligence. Au contraire peut-être. La prétention de se sentir le plus intelligent peut  convaincre d'un pouvoir à mystifier par une rhétorique qui passé l'effet premier de la séduction révèle en fait un rationalisme irrationnel, une escroquerie intellectuelle.

L'électeur ne mérite pas d'être ainsi durablement méprisé. Ce mépris interdit de lui reprocher de s'abstenir tant que l'information et la politique sont d'un aussi mauvais niveau. A moins que cela confirme l'existence d'un particularisme culturel.

Reste que vu la médiocrité actuelle de la presse, il est peu vraisemblable que les prochaines élections ne soient pas elles-mêmes médiocres.

 

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