Le néolibéralisme américain : justification rationnelle de la criminalité organisée

On ne peut pas réduire l'homme à la dimension économique, c'est une folie selon Franck Knight, un des maîtres de Milton Friedman. La "folie" - l'erreur - du néolibéralisme est de négliger la dimension anthropologique et éthique au point d'assimiler la criminalité à une démarche rationnelle d'homo oeconomicus.

https://www.franceculture.fr/emissions/les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance/les-ecoles-de-chicago-24-le-neoliberalisme

Dans  " Crime et punition " (« Crime and Punishment: An Economic Approach »),  Gary Baker applique la notion de l'homo economicus à la criminalité (calcul rationnel des moyens en vue d'atteindre une fin) et explique le comportement criminel en terme de rationnalité maximisatrice dans la recherche de son utilité : le délinquant est un acteur qui sait ce qu'il fait et veut atteindre une fin. Comme n'importe quel investisseur. Ce n'est pas le fond mais la méthode qui diffère (cf. la convergence de la criminalité financière, la criminalité organisée et le terrorisme dans l'affaire Swissleaks).

L'introduction du chiffre d'affaires de la criminalité organisée (proxénétisme, drogue, ...) dans le calcul du PIB des Etats témoigne de l'influence de Gary Baker (par ex. : "Au Royaume-Uni, la drogue et la prostitution ont contribué au PIB pour 11 milliards d'euros ").

nb : Un  Etat  remet en cause la nature d'ordre public de son droit pénal s'il assimile le produit de la criminalité à celui d'une activité licite. Cette incohérence grave décrédibilise les institutions.

Gary Baker exclut ainsi toute dimension éthique et morale, ce  qui pose les limites de l'utilitarisme.

Milton Friedman promouvait également cette vision dans " Les essais d'économie positive " à ne concevoir l'humain comme quelqu'un qui essaye de rationnaliser son comportement.

D'où le propos critique  de Frank Knight à propos de Baker et Friedman et de traiter de "folie" l'excès de réduire l'humain à un calculateur rationnel. La corruption et les régimes totalitaires sont des "calculateurs rationnels", comme les entreprises qui y collaborent et tirent des profits de cette collaboration (voir par ex. Lafarge avec Daesch, exploitation industrielle du travail forcé en Chine pour les produits de grande consommation exportés en Europe, ou " Epuration économique en France à la Libération", Presses universitaire de Rennes)

 

Cette émission peut être rapprochée de celle consacrée à la pensée d'Ayn Rand également commentée par Alain Laurent sur France Culture : https://www.franceculture.fr/emissions/avoir-raison-avec-ayn-rand/de-saint-petersbourg-new-york

ég. Hayek : Capitalisme ou démocratie, mais pas les deux à la fois

On retrouve là une vieille idée libérale, réaffirmée avec force dans le néolibéralisme, notamment par Hayek ou l’école dite du public choice, qui veut que la société libérale doit s’immuniser contre les exigences démocratiques. Si on le laisse faire, le peuple est capable de voter en faveur d’institutions…

 

A l'opposé de Friedman et Baker : Amartya Sen ? « Ma thèse est que l'économie moderne s'est trouvée considérablement appauvrie par la distance qui a éloigné l'économie de l'éthique » (Sen, 1993a, p. 11). source citation

 

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Moins célèbre que la Cosa Nostra ou la Camorra, c'est justement parce que la Ndgrangheta a su rester discrète qu'elle a tissé sa toile tout autour du globe....

Épisode 2 : Narcos mexicains : plus forts que l’État

Au Mexique, la collusion entre l’État et les groupes criminels de narcotrafiquants est une réalité systémique que ni l’alternance politique, ni la condamnation...

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