" Digital labour ", Antonio Casilli alerte sur la prolétarisation par le numérique

Les robots ne vont pas remplacer les hommes. C’est pourquoi il est temps de réfléchir aux nouvelles formes de travail, souvent précaires, qui se développent aujourd’hui dans l’univers numérique. La Start up nation prospère par l'atomisation du travail en "microtâches" favorisant l'émergence d'un prolétariat "high-tech" faisant grief aux droits de l'Homme.

https://www.scienceshumaines.com/comment-internet-nous-met-au-travail-rencontre-avec-antonio-casilli_fr_40822.html

" L'idée d'une machine autonome qui rendrait caduque le travail humain est un horizon vers lequel on avance peut-être mais qu'on atteint jamais " Antonio Casilli

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En attendant les robots  Enquête sur le travail du clic

Antonio A. Casilli

L’essor des intelligences artificielles réactualise une prophétie lancinante : avec le remplacement des êtres humains par les machines, le travail serait appelé à disparaître. Si certains s’en alarment, d’autres voient dans la « disruption numérique » une promesse d’émancipation fondée sur la participation, l’ouverture et le partage.
Les coulisses de ce théâtre de marionnettes (sans fils) donnent cependant à voir un tout autre spectacle. Celui des usagers qui alimentent gratuitement les réseaux sociaux de données personnelles et de contenus créatifs monnayés par les géants du Web. Celui des prestataires des start-ups de l’économie collaborative, dont le quotidien connecté consiste moins à conduire des véhicules ou à assister des personnes qu’à produire des flux d’informations sur leur smartphone. Celui des microtravailleurs rivés à leurs écrans qui, à domicile ou depuis des « fermes à clic », propulsent la viralité des marques, filtrent les images pornographiques et violentes ou saisissent à la chaîne des fragments de textes pour faire fonctionner des logiciels de traduction automatique.
En dissipant l’illusion de l’automation intelligente, Antonio Casilli fait apparaître la réalité du digital labor : l’exploitation des petites mains de l’intelligence « artificielle », ces myriades de tâcherons du clic soumis au management algorithmique de plateformes en passe de reconfigurer et de précariser le travail humain.

Antonio A. Casilli est sociologue, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech et chercheur associé au LACI-IIAC de l’EHESS. Il a notamment publié Les Liaisons numériques (Seuil, 2010) et, avec Dominique Cardon, Qu’est-ce que le digital labor ? (INA, 2015).

Postface de Dominique Méda

 

Voir aussi :

Les plateformes de micro-travail allouent des tâches fragmentées à des foules de prestataires dont la rémunération peut être aussi faible que quelques centimes. Indispensables pour développer les intelligences artificielles actuelles, ces micro-tâches poussent à l’extrême les logiques de précarité déjà constatées à l’égard des travailleurs « uberisés ». Cet article propose une estimation du nombre de personnes concernées par la micro-travail en France, sur la base des résultats de l’enquête DiPLab. Nous détectons trois types de micro-travailleurs, correspondant à différents modes d’engagement : un groupe de 14.903 individus « très actifs », dont la plupart sont présents sur ces plateformes au moins une fois par semaine ; un deuxième accueillant 52.337 usagers « réguliers », plus sélectifs et présents au moins une fois par mois ; un troisième de 266.126 « occasionnels », plus hétérogènes et qui alternent entre l’inactivité et une pratique plus intensive du micro-travail. Ces résultats montrent que le micro-travail a une incidence comparable voire supérieure aux effectifs des plateformes VTC et de livraison-express en France. Il n’est donc pas un phénomène anecdotique et il mérite une grande attention de la part des chercheurs, des partenaires sociaux et des décideurs publics.

Clément de Ludec, Paola Tubaro et Antonio Casilli : " Combien de personnes miro-travaillent en France ? Estimer l'ampleur d'une nouvelle forme de travail " i3 Working Papers Series 2019

 

A/s de la souffrance au travail  :

" Stop mobing. Derive Approdi  Resistere alla violenza psiocologica sul luogo di lavoro " Antonio Casilli Derive Approdi 2000

Stop mobbing

 

Prolonger :

Une travailleuse d’Amazon blessée décrit la dystopie de haute technologie d’un entrepôt du Texas Par Tom Carter  12 mai 2018

La méthode « lean », le retour du pire du travail à la chaîne - L'Obs Par Thibaut Schepman  Publié le 21 juillet 2011

Pôle emploi, les cadres pris ente le marteau et l'enclume Par Cécile Rousseau

Lean management : marche ou crève ! Ligue des droits de l'Homme 2015

DRH la machine à broyer

Les causes et la logique de l'inhumanité de la direction des personnels qui conduisent au mépris du salarié, la conception jetable de l'humain, l'orientation politique du travail, l'exploitation du travailleur jusqu'au burn-out ou la dépression, l'irresponsabilité du donneur d'ordre qui fait supporter…

Suicide au travail : les DRH face à la "conspiration du silence"

Les suicides au travail demeurent peu étudiés par les gestionnaires, malgré leur nette augmentation, notamment car les études sur ces suicides sont difficiles à conduire. Le chercheur se heurte au silence des différents acteurs de l’entreprise, tant du côté de la direction que de celui de l’encadrement…

Suicide, dépression, démission, depuis déjà quelques années, l'ONF souffre.

A l'instar de la tendance lourde suicidaire qui frappe de très nombreux autres secteurs d'activité en France : " Suicides, dépressions, démissions, depuis déjà quelques années, l'ONF souffre d'une maladie destructive, loin des regards, en silence. ".

 

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