Gilets jaunes : la décence commune c./ dérive épistocratique

N'y a-t-il pas une erreur de méthode à vouloir comprendre le mouvement des gilets jaunes en cherchant à détailler ses participants plutôt que d'en rechercher la cause objective qui lui serait extérieure, c'est-à-dire en s'appliquant à exercer l'appareil critique sur la dérive épistocratique du pouvoir qui heurte la décence commune comme le souligne le constitutionnaliste Alexandre Viala ?

https://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/18/le-macronisme-ou-le-spectre-de-l-epistocratie_5202341_3232.html

L'épistocratie est le pouvoir confié aux "experts", étymologiquement à la science.

Un pouvoir d'experts qui tend à énoncer des certitudes est contraire à la méthode scientifique qui repose sur le doute.

Il n'y a pas de vérité scientifique définitivement acquise puisque le progrès du savoir passe parfois par la remise en cause de conclusions jusqu'alors acceptées comme bonnes.

Un gouvernement d'experts qui ne doute pas au seul prétexte d'un diplôme est contraire au processus démocratique qui repose sur le débat contradictoire et le consensus général.

La décence commune ou ordinaire est la sagesse populaire dont Orwell s'est attaché à détailler les contours et préciser les caractéristiques dans son oeuvre.

Bruce Bégout a rédigé récemment un essai à ce sujet.

Analyser le mouvement des gilets jaunes en omettant la décence ordinaire, d'une part, et de le contextualiser dans l'affirmation de l'épistocratie qui méprise les principes démocratiques, d'autre part, aboutit à n'obtenir qu'un échantillonnage de la population - une description d'un panel - sans chercher à identifier et comprendre l'élément déclencheur qui l'a provoqué (le pouvoir est provocateur). C'est exercer alors une critique sur le mauvais objet ou éviter de l'exercer complètement que d'exclure de l'analyse la perfectibilité et la dérive du pouvoir qui heurtent la morale publique ou moralité publique, c'est-à-dire l'éthique démocratique et le sens de la justice communément partagés, et leur valeur épistémique et normative.

Un sentiment de dissensus entre la décence commune et le pouvoir politique interroge nécessairement sur la conformité démocratique de son discours et de son action politique. Ce qui, étonnamment, échappe aux commentaires malgré la richesse des références, Cf. Orwell, Arendt, Reich, KlempererFranck Lepage...

D'où la nécessité à exercer un doute vigilant sur la recension de l'actualité, à savoir si ce ne sont pas tant les gilets jaunes qui sont antidémocratiques que le pouvoir qui le serait encore plus en persistant à les faire descendre dans la rue par son refus obstiné d'entendre la dénonciation de la justice qu'il promeut.

Cette violence, le mépris est une violence, dure d'autant plus qu'aucune étude comparée ne met en balance la vertu des uns - les dénonciateurs de l'injustice sociale - et de l'autre - le pouvoir imposant une régression sociale prohibée ; sachant que le second n'est que le mandataire des premiers et qu'il est tenu au cadre de son mandat.

 

Prolonger :

Sur la décence commune :

George Orwell, what else ? (2/4) : Apologie de la décence ordinaire

Les Chemins de la philosophie Le 14/02/2017

Quelle est cette décence dont parle Orwell ? Est-elle réservée aux ouvriers ? Pourquoi devrait-elle être à l'origine du socialisme ?

De la décence ordinaire

De la décence ordinaire

Bruce Bégout

Allia, 2008

 

Psychologie de la connerie

Frédéric Pagès finit sa chronique de présentation du livre en écrivant que " Lacan avertissait son public : "la psychanalyse est un remède contre l'ignorance, elle est sans effet sur la connerie". Quel dommage ! Les électeurs continueront d'élire des génies bardés de diplômes qui n'ont aucune intelligence…

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