Elections européennes : où est l'information politique ?

L'information politique se focalise sur le résultat de LREM et de RN, lequel sera premier. Cela n'intéresse que les convaincus des deux partis. 30% de l'électorat. Les 70% autres restent privés d'information sérieuse sur l'état de l'Union européenne. Il leur est donc impossible d'apprécier la pertinence des programmes. Comment ose-t-on appeler cela une "campagne électorale" ?

Comment reprocher aux électeurs français de ne pas s'intéresser à l'Europe quand le sujet est réduit à un enjeu électoraliste interne de savoir qui gagnera entre la droite dure et la droite dure ?

C'est reparti pour le sketch déplorable de 2017.

Rappelons-nous.

 

Le deuxième tour des élections présidentielles a été à l'image de la nullité de la couverture journalistique du débat des élections présidentielles.

Une campagne de premier tour sans intérêt, sans information utile, sans analyse critique et comparée des programmes, sans étude sur l'état économique et social de la situation de la population - donc sans beaucoup d'intérêt pour l'électorat - réduite à la personnalité du candidat, son âge, sa fougue, sa pingrerie, son emportement, pour se finir en dispute de bac à sable entre un candidat sans programme et une candidate dont le programme était délirant et discriminatoire !

Aucun média n'a relevé l'incompatibilité constitutionnelle d'un programme politique discriminatoire ni soulevé la question de la nécessaire conformité d'un programme aux valeurs démocratique d'un Etat de droit moderne fondé sur les droits de l'Homme ; à savoir, en l'espèce, se présenter aux élections avec un discours contraire aux valeurs fondamentales de la République.

L'absence de cette simple question de bon sens qui s'impose impérativement comme préalable indispensable et nécessaire à tout débat politique et démocratique explique aussi le succès de l'extrême-droite.

Un pays n'est pas fasciste par nature, il le devient par paresse ; quand la simplification des débats aboutit notamment à cautionner et valider des contradictions permettant à des candidats de se présenter tout en niant publiquement les acquis démocratiques.

 

Ce sont donc les mêmes questions qui reviennent.

  • Où est la démocratie dans de pareilles conditions ?
  • Où est-elle d'ailleurs pour la campagne des européennes dans laquelle les médias nous refont le même coup, en imposant comme seul enjeu de savoir qui de LREM ou du RN arrivera le premier !
  • Quel est l'intérêt politique de tels sondages : Zéro.

L'essentiel se trouve dans les programmes et l'état de l'Union européenne, pas dans le commentaire continu de l'éventuel résultat qui n'apporte aucune information sur le fond et la pertinence du vote.

A quoi bon aller voter si l'essentiel de la chronique politique est de commenter à l'avance pendant un mois le résultat ?

Un telle information est nulle.

Elle devrait plutôt répondre aux questions évidentes qu'une électeur est censé se poser pour déterminer son vote.

  • Qu'ont fait les sortants ? On ne sait pas.
  • Quelle majorité politique a dirigé l'UE ? Depuis combien  de temps ? On ne sait pas.
  • Quels sont les organes décisionnels politiques de l'UE ? On ne sait pas, puisqu'on raconte tout le temps que c'est la Commission alors que c'est faux. C'est le Conseil européen.
  • Dans quelle situation économique et sociale se trouve la population européenne ? On ne sait pas.
  • Quels sont les propositions économiques et sociales des différents partis ? On ne sait pas.
  • Comment peut-on alors apprécier la pertinence des programmes à corriger les inégalités ? On ne peut pas.

Il est donc inadmissible d'appeler cela une campagne électorale, dans l'ignorance des informations indispensables à pouvoir se forger librement une opinion éclairée.

L'absence d'information sérieuse réduit la campagne à une parodie de démocratie purement formelle. C'est au mieux un carnaval.

Il est d'autant plus regrettable et inexcusable qu'aucun média ne dresse l'état politique et social de l'UE et  n'interroge les candidats dessus ou sur la pertinence de leur programme ; que les gilets jaunes dénoncent des inégalités et des injustices depuis des dizaines de semaines tous les samedis. 

Cette contestation politique existe aussi chez d'autres Etats membres : Berlin excédée par l'explosion des loyers - Le TempsColère à Berlin face à l'explosion des prix des loyers - Europe - RFI ; Allemagne: manifestation à Berlin contre "la folie des loyers"

Il est donc indécent - est-ce par paresse ? - que la seule chose commentée soit de savoir si Loiseau d'extrême-droite arrivera avant l'extrême-droite identitaire que flatte Macron  ("l'esprit français" à la conférence de presse du 25/4/19,  la raison de l'introduction de l'identité nationale dans le Grand débat)

C'est conduire les élections à un résultat clairement prévisible.

Un tel résultat n'a déjà maintenant aucun intérêt, puisqu'il ne repose que sur un score électoral et non pas une critique de la pertinence des programmes avec la réalité sociale et économique des populations dans l'UE.

L'incidence politique d'une telle élection pour l'Europe, les Européens et les Français est prévisiblement et logiquement égale à zéro pour tous ceux qui ne veulent pas voter - et sont vraisemblablement déjà décidé de ne pas le faire - pour l'un des champions que la presse leur a sélectionnés.

Réduire les élections à une course de chevaux  ne fait que contribuer à maintenir l'électorat dans l'inertie fascistoïde de cette simplification du débat politique qui garantit aux médias de pouvoir encore, sans se fatiguer, jouer aux Tartuffe des années, tout en reprochant aux électeurs une prétendue appétence pour le " populisme " !

Une presse nulle est le principal fossoyeur de la démocratie.

Une information qui se limite à des " petites pĥrases ", du buzz, du clash, des commentaires de commentaires, tout en s'abstenant d'aborder les réalités et la pertinence des programmes à corriger les injustices sociales et les inégalités - à quoi bon sinon vivre en société ? - porte à s'interroger si la démocratie de basse intensité ne trouve pas d'abord sa source dans les rédactions, chez les "éditocrates", les "nouveaux chiens de garde".

Seul un travail sérieux de fond, d'analyse critique, pourrait convaincre du contraire.

Comment s'étonner encore, sinon, que les électeurs comme les lecteurs s'abstiennent de voter, de lire la presse et que des clowns se fassent élire ?

 

mise à jour du 8 mai 2019

Cela est à l'origine du succès des populismes.

Le populisme joue sur l'émotion, la manipulation des indignations. Il se caractérise par aucune analyse sérieuse de la situation et l'absence de proposition concrète et pertinente pour résoudre et corriger les inégalités et les discriminations qui fragilisent le lien social et affaiblissent la confiance de l'opinion dans la forme démocratique des institutions. Au contraire, les populismes jouent de cette perte de confiance qu'ils instrumentalisent et prospérer en se limitant à une posture discursive markéting superficielle, vide et souvent provocatrice (clash, buzz, storytelling). Le succes des populismes est dû à l'utilisation des mêmes techniques de communication et de promotion commerciale, ce qui finit de révéler qu'il s'agit avant tout d'un business ; comme le révèle Giuliano Da Empoli sur France Culture ce jour.

Ce que confirme par exemple la logique commerciale du Front National, le business modèle du mouvement cinq étoiles, comme la vacuité programmatique de Lrem dont le succès a été plus obtenu par une maîtrise des NTIC qu'une réflexion de fond dont le livre d'Amel et Emelien sont venu confirmer l'inexistence.

Mise à jour du 18 mais 2019

Les droites dures prospèrent dans toute l’Europe

Par Amélie Poinssot et Donatien Huet

Les élections européennes se tiennent le 26 mai dans un contexte de montée des forces brunes sur l’ensemble du continent, même s’il y a peu de chances qu’elles parviennent à former un groupe uni à Strasbourg. Radiographie des vingt-huit États membres.

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