Ce serait le super gag de fin d’année 2025, déjà bien riche en changements de cap, si ce n’était pas triste à pleurer.
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Il est vrai que le mois de décembre avait mal commencé pour Bougival : d’une part, en Métropole, le PS qui avait pourtant voté des deux mains le report des élections provinciales du Caillou (contre la position du FLNKS, dont celle du député Emmanuel Tjibaou) s’était ensuite désolidarisé du projet de loi proposé par Moutchou, début décembre, d’un référendum en Calédonie avant la constitutionnalisation de Bougival, car s’écartant selon eux du processus engagé par Manuel Valls ; d’autre part, le 8 décembre[1], ceux qui, au Congrès du Caillou, critiquaient le projet avec menace de s’y opposer, se comportèrent en véritables faux-culs en s’abstenant ! Déjà difficile à voter en Métropole, le résultat du vote du Congrès local (19 voix pour, 19 abstentions, 14 oppositions) rendait quasiment impossible que le curieux processus de Moutchou allât à son terme.
Ce qui était donc prévisible après cette succession abracadabrantesque arriva.
D’abord par un article dans l’Hexagone du quotidien Le Monde, de Nathalie Guibert, au soir du 14 décembre titré Nouvelle-Calédonie : le gouvernement abandonne le projet de consultation anticipée.
Sa première phrase était : « Emmanuel Macron devrait de nouveau réunir les forces politiques du territoire à la mi-janvier 2026 à Paris alors que le président du FLNKS a repris le chemin de Paris avec une délégation indépendantiste pour tenter de convaincre les parlementaires de renoncer à l’accord de Bougival ».
Ensuite, sur le Caillou, le gag a commencé tôt le matin du 15 décembre (fuseau horaire de Nouméa) quand France Info la 1ère annonça que, donc selon le quotidien Le Monde, le gouvernement Lecornu renonçait à la consultation anticipée des Calédoniens sur Bougival.
Aucune annonce officielle ! C’est Le Monde qui a joué les petits télégraphistes ! Le parti politique local Le Rassemblement qualifia de « déplorable » le fait d’apprendre la nouvelle par la presse…
Voici, par AFP et la rédaction d’Outre-mer La 1ère du 16 décembre, l’annonce de Macron dans un courrier aux élus locaux, pour « poursuivre le dialogue » sur l’avenir institutionnel de l’archipel français et « apporter des clarifications sur l’accord de Bougival signé en juillet ».
L’article cite cependant ce courrier un peu différemment (sans mention de Bougival ; et ce n’est pas un détail !) : « À la suite des discussions initiées à l’occasion du Sommet pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie qui s’est tenu le 2 juillet dernier au palais de l’Élysée, afin d’apporter des clarifications à l’accord du 12 juillet, j’ai décidé d’organiser un nouveau temps d’échange pour poursuivre le dialogue ».
Si Macron a décidé… C’est lui le patron, non !
Bougival or not Bougival comme base des nouvelle discussions ? Là est toujours en effet la question.
Nicolas Metzdorf confirmait, le 16 décembre, à la fois l’annulation qu’il regrettait et la proposition de Macron, ajoutant : « J’ai eu la ministre des Outre-mer au téléphone, qui m’a dit qu’il y avait eu une réunion entre le président de la République Emmanuel Macron, Gérard Larcher, le président du Sénat, et Yaël Braun-Pivet, la présidente de l'Assemblée nationale ».
Lecornu n’étant pas évoqué, l’article continuait par « Le président de la République semble donner le ton sur le processus de Bougival. Dans une lettre diffusée ce mardi 17 décembre, il invite à nouveau les partenaires à se réunir ». Mais seulement dans un petit mois, après la longue trêve des confiseurs…
Metzdorf donnait une explication plausible de ce revirement, l’article notant « Cette marche arrière tient au fait qu’il n’y a pas de majorité pour voter la loi sur la consultation. Elle devait être examinée en conseil des Ministres ce mercredi 17 décembre, afin de la présenter début janvier à l’Assemblée nationale. "Ça veut dire que les partis politiques comme le Rassemblement national, le Parti socialiste et même Les Républicains refusent de voter la consultation. Pourquoi ? Parce qu'ils ont peur du boycott du FLNKS" ». Ou alors, ce qui n’est pas contradictoire, on peut penser que Macron s’est rendu compte que les conneries de Moutchou, ça commençait à bien faire…
Et Metzdorf, selon l’article, de donner le ton de la réaction des loyalistes radicaux : « Sur ce point, il a "clairement dit au cabinet du président de la République que nous, on ne viendrait discuter que de l’application de l’accord de Bougival et que ce n’était pas la peine de vouloir rouvrir une négociation sur autre chose, qui allait nous amener vers l’indépendance". Le député calédonien craint que dans ces conditions, "il n’y ait pas d'accord avant 2027", année de l'élection présidentielle ».
Le journal Le Monde, encore lui, développait, le jour d’après, notamment sur la colère des loyalistes radicaux, avec son article intitulé, En Nouvelle-Calédonie, l’abandon de la « consultation anticipée » ravive les fractures politiques, sous-titré, Le renoncement du gouvernement à organiser une consultation des Calédoniens sur l’accord contesté de Bougival a provoqué la colère des non-indépendantistes.
« Nicolas Metzdorf, pourtant député macroniste, l’a appris comme tous les élus néo-calédoniens : dans Le Monde, lundi 15 décembre au matin. Ne voyant toujours aucune annonce officielle venir, l’élu a décroché son téléphone pour se faire confirmer la nouvelle par la ministre des outre-mer, Naïma Moutchou, et lui dire ses quatre vérités au passage. [Je souligne, et avec le gras, PC] Quarante-huit heures plus tard, l’élu, qui se situe "à droite de la macronie", ne décolère pas. "Je trouve regrettable que l’État recule face au chantage par crainte de violences. La violence paie donc aujourd’hui face à une France faible", assène-t-il.
Metzdorf se comporte de plus en plus comme patron des loyalistes radicaux…
La position de ces loyalistes tombe pile poil ; mais ça tombe mal : le FLNKS, de son côté, maintenait toujours, évidemment, son refus de discuter sur la base de Bougival, c’est donc fin mal barrée, la négo du milieu janvier 2026 à Paris. Pierre-Chanel Tutugoro, le président du groupe UC-FLNKS et nationalistes au Congrès de la Nouvelle-Calédonie en rajoute même, en demandant à Macron de recevoir le président du FLNKS, Christian Téin, et non pas un président de groupe au Congrès du Caillou !
« On a souhaité lui écrire et lui rappeler que pour toutes les questions qui traitent de l’avenir institutionnel et de l’avenir politique du pays, c’est le mouvement de libération qu’est le FLNKS qui les traite à son niveau ». L’article continue avec le même Pierre-Chanel Tutugoro qui « estime que le courrier dont il était destinataire aurait dû être adressé à Christian Téin, le président du Front » : on s’amuse comme on peut avec le Président de la République…
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Il faudra au minimum attendre un mois pour que la question calédonienne s’éclaircisse. De l’eau aura sans doute coulé sous les ponts de Paris, avec peut-être quelques départs de ministres, car si le budget de la Sécu a bien été voté définitivement par l’Assemblée nationale, avec suspension de la réforme des retraites et donc sans censure comme promis par le PS, celui du budget de l’État est dans les choux : après l’échec de la commission mixte paritaire sur le projet de loi de finances pour 2026 (les sept députés et sept sénateurs n’ont pas pu se mettre d’accord le vendredi 19 décembre) l’adoption du budget avant la fin de l’année n’est plus possible : il y aura probablement, sauf coup de théâtre une loi spéciale où le budget de 2025 serait reconduit.
Donc on recommence en janvier 2025…
Terminons ce billet par un peu d’économie. Là aussi, les points de vue sont partagés : pourtant, ce sont des points du vue d’« experts » ! Tu parles !
Pour certains (article du 22 décembre de NC 1ère) c’est bien la catastrophe : l’effondrement.
« La situation était déjà préoccupante, mais on peut utiliser le terme d’effondrement [Je souligne, PC] pour qualifier la triste évolution de l’économie en 2025 ». Et les chiffres bien connus suivent (dont ceux de l’IEOM…) « qui confirment la catastrophe économique annoncée en 2024 ».
Pour le patron de cet IEOM justement (article le même jour du concurrent LNC…) le son de cloche de Noël est différent : En Nouvelle-Calédonie, "l’économie n’est pas en chute libre" [Je souligne toujours, PC] assure Ivan Odonnat, directeur général de l’IEOM.
« Il y a fait le constat d’un début de reprise économique [Je souligne encore, PC] Après un séjour sur le territoire, où il a présidé un conseil de surveillance, le directeur général de l’Institut d’émission d’Outre-mer constate qu’un certain nombre d’entreprises calédoniennes "recommencent à investir", et estime encourageante la création de 600 nouveaux emplois en 2025. Mais la stabilité politique demeure une condition à la reprise économique. […] À l’heure où tout le monde s’accorde sur le constat d’une crise économique sans précédent en Nouvelle-Calédonie, l’analyse devrait en étonner plus d’un ».
Coupe de champagne à moitié vide d’un côté, à moitié pleine de l’autre ; j’essaie depuis un moment dans mes billets une analyse objective : ça ne va pas fort en Calédonie, certes, et le patron de l’IEOM me semble bien optimiste, mais ce n’est pas l’apocalypse annoncée partout !
D’ici là, je goûte mes vacances de retraité entre le Caillou et la Picardie ; bonne année 2026, surtout pour la Kanaky Nouvelle-Calédonie !
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Ajout du 26 décembre
Un excellent résumé de l’année par NC 1ère le 26 décembre.
On propose ici quelques extraits de l’article (qui font double emploi avec les billets, mais ils sont importants et quelquefois savoureux…).
« Ce devait être une image pour la postérité. Le 12 juillet 2025, indépendantistes et non-indépendantistes signent l’accord de Bougival. L’aboutissement d’un long travail de la part de Manuel Valls, soucieux d’imprimer sa marque dès sa première visite en février et d’afficher davantage de distance que ses prédécesseurs avec le camp non-indépendantiste. "Attention à la manière dont tu t’exprimes sur cette notion de peuple premier" lançait le 22 février 2025, Manuel Valls alors premier ministre, [Il n’était alors que ministre, certes d’État, des Outre-mer… PC] à Nicolas Metzdorf ».
« Un mois plus tard, dans l’intimité du Sheraton à Deva à Bourail, le conclave voulu par le ministre rapproche les élus d’un Accord. Accepté par les indépendantistes et le bloc central. Mais refusé catégoriquement par les Loyalistes et le Rassemblement. "Ce qu’a fait Manuel Valls en venant de manière unilatérale, déposer un projet d’indépendance association de la Nouvelle-Calédonie, a complètement tué les chances de réussite du Conclave de Deva", assurait alors Nicolas Metzdorf ».
« La rupture paraît inéluctable... Pourtant, les négociations reprendront bel et bien deux mois plus tard, en juillet. Cette fois-ci, à des milliers de kilomètres du territoire. Après deux semaines parquées dans un luxueux hôtel de Bougival qui empruntera son nom à cette petite ville de banlieue parisienne, les délégations s'entendent sur un Accord. "Vous avez retrouvé à l’issue de ces dix jours les raisons profondes, pour lesquelles vous êtes ensemble", annonçait à la suite de la signature, le président de la République Emmanuel Macron ».
Cependant, l’article ignore la question d’un « accord » ou d’un « projet d’accord » ainsi que les multiples revirements de Valls sur ce sujet. Et le FLNKS retire sa signature ; et Moutchou remplace Valls…
« En l’absence de majorité et face à l’opposition de certains groupes à l’Assemblée nationale, Naïma Moutchou tente un coup de poker à l’issue de sa première visite en Calédonie. [Je souligne, PC ; coup de poker bien raté donc...] "L’examen du projet de loi constitutionnelle sera décalé, au profit d’une consultation des Calédoniens sur l’Accord de Bougival". […] La consultation anticipée est officiellement abandonnée quelques jours plus tard, le 15 décembre 2025 ».
L’article termine par une évidence : « 2025 s’achève comme elle avait commencé. Dans l’incertitude la plus totale ».
Notes
[1] Voir notre billet du 9 décembre où les trois râleurs (Calédonie ensemble, L’Éveil océanien et l’UNI-Palika) qui, bien que prenant toujours leur distance avec le FLNKS, demandaient des révisions plus profondes du projet d’accord de Bougival et pensaient pis que pendre de l’inversion du calendrier proposée par Moutchou.
Et, auparavant, celui du 28 novembre :