Patrick Castex (avatar)

Patrick Castex

Économiste, sociologue et HEC à la retraite (maître de conférence à l’Université Dauphine et membre du Cabinet Syndex, expert-comptable spécialisé dans le conseil aux Comités d'entreprise et aux syndicats de salariés), il s’occupe, depuis une dizaine d’années, de promouvoir l’Indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie. Il s’est mis en outre à écrire autre chose que de savants traités...

Abonné·e de Mediapart

166 Billets

0 Édition

Billet de blog 25 janvier 2026

Patrick Castex (avatar)

Patrick Castex

Économiste, sociologue et HEC à la retraite (maître de conférence à l’Université Dauphine et membre du Cabinet Syndex, expert-comptable spécialisé dans le conseil aux Comités d'entreprise et aux syndicats de salariés), il s’occupe, depuis une dizaine d’années, de promouvoir l’Indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie. Il s’est mis en outre à écrire autre chose que de savants traités...

Abonné·e de Mediapart

Macron : peut-être sa plus grave erreur ; suite et fin…

Le plus important du "billet" précédent, c’est le flou de l’accord Élysée-Oudinot. Ce qui suit traite surtout de mes états d’âme et d’un complément à ce brave Georgi Dimitrov et à sa lutte contre le "classe contre classe" : il s’agit du fort bizarre rapprochement inattendu de la politique économique (interventionniste mais démocratique) keynésienne et de celle des Nazis ! Curieux, non ?

Patrick Castex (avatar)

Patrick Castex

Économiste, sociologue et HEC à la retraite (maître de conférence à l’Université Dauphine et membre du Cabinet Syndex, expert-comptable spécialisé dans le conseil aux Comités d'entreprise et aux syndicats de salariés), il s’occupe, depuis une dizaine d’années, de promouvoir l’Indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie. Il s’est mis en outre à écrire autre chose que de savants traités...

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

D’abord je me lâche : les bisbilles entre tous ces gens de Gauche se réclamant de près ou de loin (sauf les écolos) du marxisme (que j’ai tant aimé et tant critiqué) me gonflent de plus en plus.

Deux mots seulement.

J’avais apprécié François Ruffin et son équipe (que la Chorale militante d’Abbeville – que l’avais rencontrée un 1er Mai 2018 – avait régulièrement soutenu) jusque début juillet 2024. Pourquoi ? Car, après avoir été un journaliste très critique et l’une des figures de proue du mouvement Nuit debout en 2016 et fondé son petit mouvement Picardie debout ! en 2017, année où il devint député de la Somme, il fut le premier à incarner un vrai Front populaire dans sa circonscription d’Amiens et alentours aux élections législatives de 2017, alors que le vote FN-RN y était très dominant. Proche mais jamais membre de La France insoumise et déjà fort critique après les présidentielles et législatives de 2022, comme d’autres (mais pas victime de l’épuration par LFI avant les législatives de 2024) ; Mélenchon le désigna même de fait comme son dauphin milieu avril 2023 (le baiser de la mort selon Le Point) !

Mais sa vive critique, le 4 juillet 2024 envers Mélenchon affirmant que ce dernier était un « boulet » et rajoutant qu’il ne siégerait plus dans le groupe LFI à l’Assemblée s’il était réélu face au RN, en a choqué plus d’un dont je suis ; même les plus critiques envers Méluche dont je suis aussi ! Ruffin a, là, commis aussi une grave faute politique, car n’étant pas passé par tous les mouvements de gauche[1], il fut toujours droit dans ses bottes, certes hésitant : radical mais se déclarant social-démocrate. Une ligne politique astucieuse...

Rappelons que la NUPES (Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale) fut créée le 1er mai 2022, à l’occasion des législatives, juste après les présidentielles d’avril, par LFI avec EÉLV, le PCF et, à la toute fin avril, le PS ; une petite vingtaine de petits partis et groupes l’a rejoint. Mal en point avec les élections européennes de 2024 où ce fut chacun pour soi, cette NUPES fut remplacée pour les législatives de 2024, après la dissolution, par le NFP (proposé d’ailleurs par Ruffin) le Nouveau Front Populaire. Avec le même insuccès...

Je vois mal un remake de ces deux Front Pop en 2027 avec les très nombreuses candidates et très nombreux candidats de la gauche avec ses nuances des roses aux rouges et, surtout, si certains sondages voyaient la gauche unie au second tour de la présidentielle, aucun ne posait même la question de sa possible victoire contre le RN !

J’en profite pour recommander aux lecteurs, à qui ça aurait pu échapper, mon passage (non encore militant de terrain, toutefois) au communisme libertaire (le "CoLib" dans mes uchronies assez déjantées) ou anarcho-communisme ; pour rester dans l’époque, je propose d’introduire ces nombreux billets que j’ai commis sur le sujet et que l’on trouve sur Le Club de Médiapart (en tapant seulement sur un moteur de recherche Patrick Castex) ce billet du 4 juin 2025 qui traite du communiste-libertaire de l’Ukrainien Nestor Makhno et de son armée qui, d’abord alliée aux révolutionnaires communistes russes des années vingt, fut liquidés par l'Armée rouge de Trotski[2].

Et ne pas rater cette Postface économique, complètement hors sujet (quoique…) sur la politique économique nazie !

C’est en fait une sorte de complément à la politique de Dimitrov ; sauf que deux économistes européens soutenant non pas deux classes sociales opposées mais deux groupes politiques parfaitement antagonistes vont proposer exactement la même politique économique au même moment en Europe !

Le plus connu et adulé (sauf par les ultralibéraux de son temps et actuels) est le Britannique John Maynard Keynes, père du réformisme économique de, pourtant, ladite Révolution keynésienne des années trente, très démocratique mais interventionniste : ce courant est né après le krach boursier de 1929 et la grave crise économique qui suivit dans le monde (mis en œuvre avant-guerre seulement dans la démocratie américaine par Franklin Roosevelt (qui d'ailleurs n'attendit pas Keynes !) puis, après-guerre, par la politique dite des Trente Glorieuses jusqu’au milieu des années soixante-dix). Le livre de base de ce courant n’est paru qu’en 1936, The General Theory of Employment, Interest and Money ; en français et en plus clair, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, dite, pour simplifier, Théorie générale.

L’autre, moins connu et, pour cause peu adulé, est un Allemand : le Docteur Hjalmar Schacht, jusqu’en 1937 ministre de l’économie, qui, par ses grands travaux, pas seulement ceux des industries d’armement et ses fameuses autoroutes (pour accélérer le passage rapide des blindés, au cas où) mais aussi sa géniale politique monétaire (que Keynes tenta d’ailleurs d’appliquer au Royaume-Uni pendant la deuxième guerre mondiale) régla le chômage en peu d’années ; ce qui renforça le soutien à Hitler d’une grande partie du peuple allemand. Cette politique fut en effet keynésienne, sans aucun doute, mais les économistes restent très discrets sur cette filiation ; ce fut l’un de mes principaux travaux de recherche dont le dernier avatar est paru il y peu[3].

D’autant plus que cette politique dite keynésienne trouve ses origines en Allemagne interventionniste bien avant les nazis par des auteurs plutôt progressistes et qui a continué à s’exprimer jusqu’en 1936 par au moins quelques auteurs plus neutres. Bref, il faut inverser la filiation : cette école allemande a été en fait littéralement pompée par Keynes ! 

On ne va insister ici que sur cette filiation de Keynes (qui s’inspira de très nombreux économistes[4]) de loin la moins connue et la seule un peu liée à notre sujet. Et en ne s’en tenant qu’à l’Histoire, laissant de côté les théories économiques difficiles à appréhender pour un non-économiste (d’autant plus que, pour ce qui concerne celles de Keynes, ce sont le plus souvent des conneries, des fables cependant admises depuis pas loin d’un siècle par ses partisans !)[5]. Je me suis tué à le démontrer depuis des décennies, sans le moindre succès...

Keynes connut le premier économiste allemand qui l’inspira grâce à son sherpa (l’un de ses anciens étudiants) Richard Ferdinand Kahn[6] : il s’agit de l’Allemand Nicholaus Johannsen (que j’ai cru longtemps scandinave) cité par Keynes dans A Treatise on Money[7] publié en 1930, rapidement autocritiquée par son auteur et qui n’a absolument rien à voir avec La Théorie générale de 1936 où Keynes n’en dit plus mot alors qu’il a pompé, grâce à Kahn donc, sa théorie du multiplicateur (dit) d’investissement sans la comprendre.

Le texte de Johannsen date de 1903 : Der Kreislauf des Geldes und Mechanismus des Sozial-Lebens (Le circuit – ou La circulation, traduction plus courante – de la monnaie et mécanisme de la vie sociale) écrit à Berlin ; Le circuit est une traduction plus correcte, plus spécifique à cette analyse, car en sont donc nées plusieurs écoles dites circuitistes, dont l’une en France qui eut son heure de gloire et que j’ai âprement critiquée.

Après des années de recherches infructueuses, je venais seulement de trouver, pour peaufiner le billet de 2025, comment on était passé de Johannsen à Kahn[8] : ce fut grâce à un dénommé Adolf Lowe[9] un économiste social-démocrate encore un peu marxiste et sociologue lié à l’École de Francfort d’avant les nazis, spécialiste des cycles économiques, un haut fonctionnaire de la République de Weimar qui critiqua la politique idiote d’austérité du chancelier Brüning au début de la crise : il avait lu, en bon interventionniste allemand, Johannsen. Lowe (un Juif et social-démocrate ; ça fera beaucoup pour les nazis...) avait ainsi voulu jouer le rôle de Keynes, mais bien avant ce dernier[10], cependant sans succès, pour lutter contre les crises économiques et le chômage ; il fut contraint d’émigrer en Angleterre, puis aux États-Unis après la prise de pouvoir par Hitler. Il retourna en Allemagne et mourut de sa belle mort, à 102 ans…

Un autre allemand est un peu plus connu des keynésiens, mais sans plus : Carl Föhl (qui mourut aussi de sa belle mort en 1973 et fut considéré dans son pays, après la guerre, comme un keynésien). Il avait en 1935 produit une thèse (publiée en livre en 1937) dans les deux cas sous le nazisme donc, dont les idées sont considérées peu éloignées de celles de Keynes : Geldschöpfung und Wirtschaftskreislauf  (Création monétaire et circuit économique)

On trouve Föhl sur la Toile en allemand, et avec traduction française.

https://de.wikipedia.org/wiki/Carl_F%C3%B6hl

Föhl a-t-il pompé Keynes ? Probablement pas, car son livre est la reprise de sa thèse de 1935, et selon le grand économiste et historien de la matière, Joseph Schumpeter, dans son Histoire de l’analyse économique (traduction en français) de 1954 qui considère sa théorie comme différente de celle de Keynes, laquelle ne reprend en effet pas exactement la théorie circuitiste, antérieure à Föhl, des économistes allemands. Keynes a-t-il pompé Föhl ?...

Mais ce n’est pas fini : je viens de découvrir un très long et passionnant texte publié en février 2019, Keynesianism in Germany (Le Keynésianisme en Allemagne) dont l’auteur se nomme Harald Hagemann (de l’Université de Hohenheim à Stuttgart) où un nombre considérable de keynésiens allemands sortent de l’ombre dont Föhl mais pas Lowe.

https://www.researchgate.net/publication/331415367_Keynesianism_in_Germany

Quant au Docteur Schacht, rien à ajouter sauf quelques mots. Participa-t-il à la préparation de l’attentat de juillet 1944, contre Hitler ? Il en fut accusé et interné dans un camp où il aurait failli mourir ; il en sortit, libéré par les Alliés, pour être l’un des accusés du tribunal de Nuremberg où il fut l’un des rares acquittés ; il vécut encore longtemps et mourra en Allemagne de sa belle mort en 1970, à 93 ans.

...

Grave oubli de ce billet et du précédent (que ces développements sur l’économie me remettent à l’esprit) : je n’ai pas assez insisté sur le point suivant.

Le chantage de l’État du genre « Si vous voulez des sous, il va falloir être gentils avec moi ! », sur l’institutionnel et même directement sur l’économique (voir l’affaire du Pacte nickel proposé par Le Maire en 2024) est une constante ; celui utilisé pour faire passer le complément au projet d’accord de Bougival, encore plus favorable aux loyalistes radicaux est caricatural.

Un article du 27 janvier évoque probablement la première critique explicite des indépendantistes à cet égard par Emmanuel Tjibaou.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/entretien-relance-economique-et-avenir-institutionnel-le-depute-emmanuel-tjibaou-denonce-un-chantage-de-l-etat-1665462.html

« Pour l’élu indépendantiste, il faut dissocier les discussions institutionnelles du plan de relance, afin d’éviter un compromis arraché sous la contrainte économique ». [...] "Quant à la partie économique,  explique Tjibaou, je fais partie des camarades qui pensent qu’il ne faut pas adosser le plan de relance aux discussions institutionnelles. C’est une forme de chantage qui ne dit pas son nom. [Je souligne, PC] On est français, même en tant qu’indépendantistes. Et à ce titre-là, on demande le respect de l’engagement de la France pour ses populations. L'exigence de solidarité nationale ne devrait pas nous contraindre à signer par la force un accord. C’est ce que je vais rappeler dans le débat parlementaire" ».

Un peu plus tard, le clou sera enfoncé. Mais, auparavant, quelques mots concernant encore un fâcheux oubli de ma part : être passé à côté de deux courageux articles où l’État et ses représentants locaux sont habillés pour de nombreux hivers : le premier sur NC 1ère du 29 janvier, de Coralie Cochin ; le second du lendemain, de Mathurin Derel de son concurrent LNC.

Le premier donc.

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/la-commission-nationale-consultative-des-droits-de-l-homme-denonce-la-repression-violente-de-la-crise-insurrectionnelle-de-2024-en-nouvelle-caledonie-1643791.html

La Commission nationale consultative des droits de l’Homme, la CNCDH, c’est quoi ?

On trouve la réponse en fin d’article : « La commission anticipe déjà les critiques que son rapport risque de susciter. Mais son président, Jean-Marie Burguburu, rappelle d’emblée la nature et la légitimité de l’institution. Celle-ci se distingue d’abord par son histoire. "La CNCDH a été créée en 1947, juste après la Seconde guerre mondiale, par René Cassin, prix Nobel de la paix, et co-rédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme". Sur sa soixantaine de membres, trente sont des personnalités qualifiées, choisies pour leur expérience, et trente autres sont issues de la société civile (associations, ONG, syndicats de salariés mais aussi le Medef...). Tous ses membres, y compris son président, sont nommés par décret du Premier ministre, pour un mandat de 4 ans. Pas des "islamo-gauchistes". Face au risque de procès en partialité, son président l'assure : "ni la commission dans son ensemble, ni son président que je suis, ne sont des 'islamo-gauchistes' ou des gauchistes en général. Il y a des sensibilités diverses mais notre préoccupation, ce sont les droits de l’Homme". Ce respect des droits de l'Homme, pour Jean-Marie Burguburu, qui a été nommé par les anciens Premiers ministre Édouard Philippe puis Élisabeth Borne, ne relève "ni d’un point de vue d’extrême droite, ni d’un point de vue d’extrême gauche mais d’un point de vue de vivre en République" ».

Quelques mots percutants de ce rapport : « Plus d’un an et demi après le déclenchement des violences de 2024, la CNCDH [...] rend un avis cinglant sur la gestion de cette crise par les pouvoirs publics en matière de droits humains. Dans un document d’une vingtaine de pages, la commission alerte sur une fragilisation préoccupante des droits fondamentaux de la population kanak. […] "répression violente" de la crise insurrectionnelle de 2024 en Nouvelle-Calédonie […] l’existence de mesures "répressives", des discriminations systémiques et l’instauration de mesures perçues comme de la "rétorsion collective" en province Sud, à l'encontre de la population kanak. Un usage "parfois mortel" de la force. Ce "chaos généralisé" a entraîné le déploiement d'environ 3 000 policiers, gendarmes et militaires, dans les jours qui ont suivi le déclenchement des émeutes. La CNCDH décrit, de la part des forces de l’ordre, une "répression violente, parfois mortelle", ciblant "plus particulièrement la population kanak, notamment dans la province Sud”, là où les affrontements se sont essentiellement concentrés. […] La commission rappelle que "ces violences ont été dénoncées lors des examens de la France par le Comité des droits de l’homme et le Comité contre la torture". Ce dernier, qui dépend des Nations Unies, s’est déclaré préoccupé par l'"usage excessif de la force, y compris de la force létale". […] Des arrestations massives. Les autorités ont procédé à "plus de 2 500 placements en garde à vue entre mai et décembre 2024, dont environ 10 % concernaient des mineurs", relève la CNCDH. Au total, 502 personnes ont été déférées et plus de 300 jugées en comparution immédiate. Mais la CNCDH souligne un déséquilibre évident. "Ces mesures ont concerné quasi exclusivement la population kanak", "ce qui a soulevé, entre autres, au sein de cette population, des interrogations sur les biais possiblement à l’œuvre dans le travail judiciaire". Une "disparité" d’autant plus "frappante", d’après les rapporteurs, que "les milices armées loyalistes, impliquées dans des actes de violence, n’ont, à ce jour, fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire connue". Une "présomption de culpabilité". L’institution pointe également une communication publique ayant "délégitimé" certaines victimes kanak en insistant sur leurs antécédents judiciaires. "Cette approche a alimenté le sentiment qu'une 'présomption de culpabilité' pesait de manière disproportionnée sur cette population". Le rapport précise aussi que "le procureur de la République est intervenu à plusieurs reprises dans les médias pour laisser entendre que les infractions étaient principalement commises par les 'émeutiers' sans jamais mentionner les agissements des 'milices d’autodéfense'" ».

Etc. J’en passe, et des meilleurs ; mais déjà connues…

Le lendemain à l’aube, mais mis à jour en milieu d’après-midi, LNC traitait le même sujet, avec quelques précisions.

https://www.lnc.nc/article/france/politique/justice/l-etat-epingle-pour-sa-gestion-des-emeutes-par-la-cncdh

« L’État aurait-il laissé s’installer une justice d’exception dans le cadre de sa gestion de la crise insurrectionnelle de mai 2024 ? C’est ce que peut suggérer l’avis de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), adopté le 29 janvier. Les émeutes ont constitué "des circonstances où les droits humains ont été tristement molestés à l’encontre de la population kanak", résume Jean-Marie Burguburu, le président de la commission ».

« La CNCDH rappelle à ce sujet que "les procédures spéciales des Nations unies, dans leur déclaration conjointe, ont dénoncé un 'traitement exclusivement répressif et judiciaire' de la crise qui est 'non seulement anti-démocratique, mais profondément inquiétant pour l’État de droit'.". Le rapport souligne que les mesures "ont concerné quasi exclusivement la population kanak" alors que "les milices armées loyalistes, largement médiatisées et impliquées dans des actes de violence, n’ont, à ce jour, fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire connue". Cette différence de traitement judiciaire a, selon la commission, "nourri le sentiment qu’une 'présomption de culpabilité' pesait de manière disproportionnée" sur la population kanak. La CNCDH décrit une justice avant tout mobilisée pour rétablir l’ordre, plus que pour garantir l’égalité et les droits ».

Petit détail noté par l’article de LNC : « À noter toutefois que la commission n’a pu entendre certains acteurs du dossier pour "absence de réponse ou indisponibilité". C’est le cas de Sonia Backès, la présidente de la province Sud, Louis Mapou, alors président du gouvernement, Nicolas Metzdorf et Georges Naturel, parlementaires de la Nouvelle-Calédonie. C’est également le cas de Louis Le Franc, l’ancien haut-commissaire de la Nouvelle-Calédonie ».

« Un avis qui "contient de nombreuses inexactitudes", affirme la province Sud. […] Reste que sa présidente, Sonia Backès, a refusé de répondre aux questions de la commission, jugeant que "tout ce que je dirais serait retenu contre moi", a-t-elle justifié sur les réseaux sociaux ».

L’article termine par « Le rapport complet est à retrouver sur le site de la CNCDH ». On peut en effet le lire sur :

https://www.cncdh.fr/actualite/nouvelle-caledonie-et-droits-fondamentaux-une-analyse-de-la-crise-de-2024

Enfin, de nouvelles réactions de Tjibaou, président de l’UC, selon deux articles à la même date du 30 janvier : le premier de NC 1ère en début de matinée (le compte rendu le même jour de la conférence de presse au siège de l’UC à Nouméa) ; le second de LNC en fin de matinée (avec une interview de Tjibaou).

https://la1ere.franceinfo.fr/nouvellecaledonie/l-union-caledonienne-est-prete-a-poursuivre-un-dialogue-sincere-et-pacifique-1666689.html

L’Union Calédonienne, l’UC dont son président Emmanuel Tjibaou vient d’être reconduit lors de son 56e Congrès, s’est dit, lors de son bureau politique du 30 janvier, prête à poursuivre un dialogue « sincère et pacifique » ; l’UC est le principal parti du FLNKS.

« "Le mouvement ne monnaiera jamais sa pleine souveraineté". L’Union calédonienne garde un ton ferme et une trajectoire déterminée pour 2026. Le parti dénonce et rejette l’accord complémentaire Elysée-Oudinot tout comme la méthode de l’État ».

La référence à « ne monnaiera jamais » renvoie aux précédentes déclarations indiquées plus haut.

« Malgré tout, Emmanuel Tjibaou réitère sa volonté de poursuivre un dialogue "sincère et pacifique" et prône le retour à une méthode consensuelle... Et pourquoi pas à l’ouverture  d’une nouvelle séquence ». Astucieux, Tjibaou notait discrètement, sans les nommer, Gomès et Tukumuli : « "Aujourd'hui, dans les documents, il y a encore moins de signatures que dans les documents précédents. Donc si on nous dit que c’est un document consensuel, moi je questionne : quel type de consensus aujourd’hui, en tant que mouvement l’Union calédonienne, mais aussi partie prenante du mouvement de libération, représentant du peuple kanak, on peut faire valoir quand l’un des partenaires du peuple premier n’est pas à la table des discussions ? L’exercice même du droit à l’autodétermination, c’est le peuple kanak qui en est le dépositaire légitime" ».

Très malin, il fit un clin d’œil à Manuel Valls en enjambant Bougival par derrière : « "Le projet qui se rapprochait le plus de celui du FLNKS, c'était celui de Déva. Pourquoi ? Parce que la France y accepte de restituer les compétences régaliennes et détermine quel type d’interdépendance on engage. Nous, on est toujours ouvert à la discussion, comme on l’a dit…" ».

Et il prépare sa prochaine mission à Paris : « … celle de convaincre les parlementaires, dans les débats à l’Assemblée nationale et au Sénat, lors du vote de la loi constitutionnelle. Son départ est prévu la semaine prochaine, et les rendez-vous sont pris auprès de tous les groupes politiques ».

Le second article, publié par LNC, est beaucoup plus long mais apporte peu d’éclairage nouveau, malgré l’interview de Tjibaou.

https://www.lnc.nc/article/politique/interview/emmanuel-tjibaou-la-legitimite-democratique-de-ce-qui-sort-des-discussions-institutionnelles-est-entamee

Tjibaou précise : « Si la porte est ouverte uniquement sur une perspective qui est celle de discuter de Bougival, c’est une porte qui est assez étroite pour nous » ; « … c’est une stratégie de communication qui permet de justifier le discours de la droite actuelle et de l’État. Je veux souligner que dans l’accord de Bougival, on avait uniquement la compétence fiscale qui devait être dévolue aux provinces. Dans l’accord Élysée – Oudinot, maintenant toutes les compétences peuvent être dévolues. Donc si ça, ça ne s’appelle pas la partition, je ne sais pas ce que c’est. Je trouve que c’est assez simpliste de nous qualifier, nous, de radicaux ».

Et Tjibaou commente l’avis de la CNCDH ; on peut deviner dans quel sens…

Notes

[1] Je pense surtout à Clémentine Autin : il est difficile d’en trouver un où elle n’est pas passée ; elle fut même un temps attirée par la Ligue communiste devenue le Nouveau Parti Anticapitaliste, le NPA !

[2] Ce billet est intitulé Charlot Marx et Mickey Bakounine enquêtent sur les coLibs... ("Voyage" 5) avec son sous-titre qui l’explicite : 5 – Nestor Makhno le communiste libertaire ukrainien qui a failli gagner la partie contre le marxiste communiste autoritaire Lénine. Ratée, comme chacun sait... La rencontre (qui eut vraiment lieu dans l’Histoire !) du premier et du second vaut plus qu’un coup d’œil : Lénine y est aimable, très anti-anars, mais Makhno ne se laisse pas faire…

https://blogs.mediapart.fr/patrick-castex/blog/040625/charlot-marx-et-mickey-bakounine-enquetent-sur-les-colibs-voyage-5

[3] Avec mon billet du 2 décembre 2023, dans la même veine qu’évoquée au billet précédent concernant mon virage vers le communisme libertaire ; il s’agit de la dernière et vingtième « Saison » jouant aussi le rôle de postface d’une série de 20 contant les rapports entre les anars et les marxistes du milieu du XIXe siècle avec, d’un côté l’Histoire de leur guerre ouverte, malgré des tentatives de rapprochement, de l’autre l’uchronie de leur union finale, rappelle cette Histoire. Son titre est Cocos et anars jouent Éros plutôt que Thanatos : uchronie et Histoire (Saison 20) et sous-titré Postface. Un économiste britannique, roi du réformisme fort sympathique qui contribua à sauver le monde de la crise post 1929 et du nazisme ou du régime stalinien. Il a mangé à tous les râteliers (un « roi de la pompe » !) des anars comme Proudhon aux interventionnistes allemands en passant par des coups de chapeau aux partisans de la valeur travail : John Maynard Keynes et ses fables…

https://blogs.mediapart.fr/patrick-castex/blog/021223/cocos-et-anars-jouent-eros-plutot-que-thanatos-uchronie-et-histoire-saison-20

Cette série se veut plus sérieuse que celle, postérieure, évoquée au billet précédent où l’Histoire réelle (selon mon point de vue : je ne suis pas historien) est le prétexte à une uchronie. Selon Wikipédia, repris ici à peu près, « Dans la fiction, l’uchronie est un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification du passé. "Uchronie" est un néologisme du XIXe siècle créé par Charles Renouvier avec pour modèle l’utopie, le "u" comme préfixe de négation en grec ancien et khrónos, temps : étymologiquement, le mot désigne donc un "non-temps", un temps qui n’existe pas ». Mais c’est aussi une histoire qui n’a pas existé mais qui aurait pu se produire.

[4] NB : la plupart des notes sont des reprises, plus ou moins arrangées, de mes développements dans le billet cité ici.

Le principal apport de Keynes est un héritage de la théorie monétaire (crédit gratuit et Banque du peuple) proposée en 1848 à l’Assemblée née de la Révolution qui fit naître la Deuxième République, mais après les Journées de juin, par Pierre-Joseph Proudhon… qu’il ne cite jamais !  Il n’y eut pas que la théorie de Proudhon dans sa garde-robe idéologique : une touche de la très réformiste Société Fabienne (la Fabian Society britannique) ; un tout petit brin de théorie de la valeur travail et de critique du capital improductif, comme un clin d’œil à Marx.

[5] Même l’un des principaux économistes qui va le faire connaître à tous les étudiants de première année, l’Américain prix dit Nobel d’économie en 1970, Paul Anthony Samuelson, déclarait quelque part, au sujet de la Théorie générale : « C’est un livre mal écrit, mal construit, et tout profane attiré par la renommée de son auteur se fait escroquer de cinq shillings en achetant cet ouvrage plein de confusion et d’erreurs… Dans la Théorie générale, le système keynésien ne se dégage que de façon floue […] on a tout lieu de croire que Keynes lui-même n’avait pas vraiment compris sa propre analyse ». Je le pense aussi. Heureusement pour le keynésianisme, d’autres auteurs ont beaucoup mieux compris que lui l’interventionnisme réformiste (quelquefois radical, souvent molasson, jamais révolutionnaire ; mais mâtiné d’un esprit de liberté et combattant les formes libérales et ultralibérales du capitalisme) qui a suivi la crise des années trente du XXe siècle, dont l’économiste suédois Gunnar Myrdal, l’un des pères de la social-démocratie qui domina longtemps à Stockholm et, évidemment, Samuelson lui-même.

[6] Ce groupe de sherpas fut nommé le Cambridge Circus. Kahn écrit en 1931 (dans un article de l’Economic Journal) The Relation of Home Investment to Unemployment (La relation entre l’investissement intérieur et le chômage). Serait ainsi né le « multiplicateur d’emploi » que Keynes aura transformé (sans bien le comprendre donc)…

[7] Ce Treatise (jamais traduit en français jusqu’en 2019) que Keynes a probablement écrit en 1929 et avant le krach boursier, est un pavé indigeste (surtout en anglais) et sans grand intérêt. Keynes tentait d’expliquer l’inflation par autre chose que la théorie quantitative de la monnaie, la fameuse TQM de tous les économistes (paléo- et néo-libéraux) et sa bête noire selon laquelle l’inflation était due à une trop forte croissance de la masse monétaire : il sortit sa « Profit inflation » (Inflation par les profits) qu’il autocritiquera comme une erreur avant la publication de la Théorie générale. J’ai montré, dans divers écrits théoriques, qu’il s’agissait encore en effet d’une pure fantaisie. Bête noire de Keynes depuis des lustres, car cette théorie niait tout effet réel de la monnaie sur l’économie (activité, chômage, répartition des revenus, etc.) et surtout pas une éventuelle baisse des taux d’intérêt alors que, comme Proudhon, il estimait que cette croissance pouvait faire baisser les taux d’intérêt et ainsi relancer la demande. La TQM est fausse selon les économistes critiques, l’intuition de Keynes pompée sur Proudhon est juste, mais sa théorie monétaire développée dans la Théorie générale est une fable ; j'insiste !

[8] Grâce à Jean-Marc Daniel dans un article qui m’avait échappé : Richard Kahn, l’inspirateur du multiplicateur keynésien (Le Monde, 10 mars 2006). Jean-Marc Daniel indique que Kahn « s’intéresse aux économistes allemands, qui, refusant la notion d’équilibre chère aux néoclassiques, concentrent leurs réflexions sur les cycles et les moyens d’en limiter l’ampleur. En 1903, Nicolaus Johannsen a publié à Berlin une brochure passée d’abord inaperçue où il explique que toute dépense nouvelle suscite une chaîne de dépenses qui se traduit, in fine, par un accroissement du revenu national supérieur à celui de la dépense initiale. En 1931, dans une Allemagne en crise, Adolf Lowe utilise cette idée pour conseiller une politique de grands travaux, qui doit servir à ses yeux à ″réamorcer la pompe″ : les salaires versés aux ouvriers travaillant sur les chantiers publics seront dépensés chez des commerçants qui […] à leur tour dépenseront ». Pas de multiplicateur d’investissement donc, mais seulement de « toute dépense nouvelle » (dite exogène au revenu).

[9] On en sait aujourd’hui encore un peu plus sur ce personnage rarement cité par les keynésiens. On le trouve sur Wikipédia (mais en allemand, avec possible traduction anglaise) : sa longue vie fut un roman… Voir la version anglaise.

https://en.wikipedia.org/wiki/Adolph_Lowe

Et l’original en allemand.

https://de.wikipedia.org/wiki/Carl_F%C3%B6hl

On trouve même une longue biographie de lui sur le site très marxiste (on tombe sur les deux lettres Lo et il faut jouer de la molette).

https://www.marxists.org/glossary/people/l/o.htm

[10] En 1931 donc, quand Keynes ne faisait encore que commencer à balbutier son autocritique du Treatise on money...

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.