Philippe Poutou, une voix de trop?

Des centaines de kilomètres parcourus, des milliers de maires rencontrés, une pétition et un appel de personnalités lancés en janvier, mais le compte n'y est toujours pas. Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), qui a reçu le parrainage du député européen écologiste José Bové, n'est à ce jour pas sûr de pouvoir présenter Philippe Poutou à l'élection présidentielle de 2017.

Le Conseil constitutionnel a validé 245 parrainages en faveur de Philippe Poutou. Il reste donc moins d'une semaine au NPA pour (plus que) doubler la mise et atteindre la barre des 500 parrainages nécessaires à la présentation de son candidat à l'élection présidentielle.

Olivier Besancenot, a lancé hier un "appel solennel aux maires pour leur dire 'vous avez le pouvoir de permettre à des courants comme les nôtres de pouvoir s'exprimer'", jugeant "révoltant que Philippe Poutou, qui est le seul à ne pas être un politicien professionnel, qui est un ouvrier dans l'automobile, qui est un des rares à se lever le matin pour aller embaucher à l'usine, qui est donc le seul à mes yeux qui ait la légitimité de parler de nos vies quotidiennes, ne puisse pas se présenter" (ici).

Le NPA a relancé son appel du mois de janvier (appuyé à l'époque par une pétition et relayé par une vingtaine de personnalités - lire ici et ), dénonçant "la loi anti-démocratique sur les parrainages", à laquelle il oppose un système de "parrainages citoyens", et soutenant à nouveau que "Philippe Poutou doit en être !", parce que "sa voix prouve notamment que, contrairement à ce qu’affirme Marine Le Pen, il y a des millions de travailleurs et de travailleuses qui refusent le racisme et la résignation, et que s’opposer réellement à ce système, c’est proposer une rupture avec le capitalisme, pas détourner des centaines de milliers d’euros au Parlement européen et stigmatiser les étrangers et les immigrés" ().

Les Fans 2 Philippe Poutou ont, de leur côté, lancé l'opération "Les mères avec Poutou", les appelant à afficher leur soutien au candidat en arborant une pancarte et à poster 500 selfies dans les commentaires de leur page Facebook !

Si José Bové a apporté son parrainage à Philippe Poutou en sa qualité de député européen (ici), Olivier Besancenot et le NPA dénoncent les "pressions" qu'exerceraient le Parti socialiste et le Parti communiste "pour exiger de leurs élus qu’ils ne parrainent que Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, alors que ces deux candidats n’ont en réalité aucune difficulté à obtenir les 500 parrainages" (Benoit Hamon en ayant recueillis, au dernier décompte 1 317 et Jean-Luc Mélenchon, 432). Philippe Poutou publie, de son côté, sur sa page Facebook, le post de Stéphanie Bézé, membre du groupe socialiste et apparentés au conseil départemental de la Nièvre, qui a décidé de parrainer sa candidature.

philippe-poutou-romain-beurrier-large

Seul ouvrier en lice dans la course à la présidentielle, Philippe Poutou, mécanicien à l'usine Ford de Blanquefort (Gironde), aidé par ses collègues et camarades du NPA ou de la CGT, mène de front sa pré-campagne électorale et la lutte contre la fermeture de l'usine qui l'emploie, dans un silence médiatique presque total (les rares invitations qu'il reçoit tournant parfois - un peu comme en 2012 - au "dîner de gueux" !).

Le risque est grand pour le NPA d'être privé d'expression publique pendant les semaines, et partant sans doute pour les annnées, qui viennent. Mais, au-delà de la question de "l'unité de la gauche", du "meilleur candidat" pour l'incarner ou de "la victoire", le risque est tout aussi grand pour celles et ceux qui sont attachées à l'anticapitalisme, aux luttes sociales, aux combats féministes et antiracistes, à l'internationalisme et au débat démocratique, d'être réduit-e-s à ne devoir entendre - dans les semaines à venir comme aujourd'hui - que les bruits de bottes, de casseroles et les vieilles recettes politiciennes des professionnels de la politique, autoproclamés "candidats du peuple" ou de "la France"... de droite : à l'heure de l'égalité des temps de parole (raccourcie aux 10 jours précédant le premier tour de l'élection par une loi du mois d'avril 2016), les droites - majoritairement extrêmes ou radicalisées - disposeront de cinq à six candidat-e-s (François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupond-Aignan, François Fillon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron), quand trois candidat-e-s se partageront le temps de parole des gauches (Nathalie Artaud, Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon). La voix de Philippe Poutou ne sera, dans ce cadre, pas de trop.

Il y a donc urgence à interpeller élu-e-s et responsables des partis politiques de gauche (une fois n'est pas coutume, Parti socialiste compris), afin que le NPA passe la barre des 500 parrainages d'ici le 17 mars. Il est encore temps de faire entendre nos voix pour que les gauches puissent faire entendre les leurs !

HK soutient la candidature de Philippe Poutou et réagit à la séquence méprisante d'ONPC © Révolution Permanente

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.