Le prétexte coréen

Le gouvernement français souhaite mettre en place le traçage des personnes malades du Covid-19 ainsi que leur famille. Soyons rassurés, tout cela est fait pour « notre bien ». Dont acte. Mais, le secret médical ne serait-il pas un tantinet menacé ? Nous allons essayer d’apporter un éclairage en reprenant les faits.

 

 

L’exécutif français évoque régulièrement la politique mise en œuvre en Corée du Sud pour mettre en avant les dispositions prises lors de l’épidémie de Covid-19. Ce pays, cité en exemple dans sa gestion de crise, a été fortement touché au début de l’épidémie mais les autorités coréennes ont rapidement réagi.

Elles ont :

  • Repéré les foyers d’infection, 
  • Isolé les malades, qu’elles ont immédiatement soignés, 
  • Tracé les personnes qui avaient été en contact avec eux, 
  • Dépisté massivement la population grâce notamment à des tests proposés sur des « drives ». Les gens venaient en voiture se faire tester, ce qui, semble-t-il est très efficace. 
  • Et enfin, mis en place une politique de masques et de distanciation physique. 

Le gouvernement coréen n’a pas eu recours au confinement, l’économie ne s’est pas arrêtée et le bilan à ce jour est d’une centaine de morts et une épidémie maîtrisée.

Le traçage n’est qu’une des cinq mesures parmi d’autres et il n’est pas prouvé que celle-ci ait été la plus importante.

La réaction rapide des autorités coréennes, les masques, le dépistage et la distanciation physique ont sans doute été bien plus importants puisque ce sont les mesures que l’on retrouve dans les autres pays ayant réussi à juguler l’épidémie sans ficher la population. C’est le cas de Hong Kong, de Taïwan ou encore de la Grèce.

Dire que la France n’était pas préparée est un doux euphémisme. Seul le confinement a été proposé et, pour les soignants, rien n’a été fait (ou si peu).

Lors de sa première intervention télévisée, le Président de la République a dit “c’est la guerre”. Quelques jours après, il a reconnu qu’il n’y avait pas assez de maques, pas assez de tests, que parfois les directives étaient contradictoires, les conditions de travail des soignants difficiles, notamment en EHPAD.

Suite aux premiers atermoiements, cette politique de traçage généralisé apparaît comme une épreuve de rattrapage, même si un temps le Ministre de la Santé et le Ministre de l’Intérieur ont estimé que cette mesure était anti-démocratique et contraire à nos libertés fondamentales. Quelques semaines plus tard, ils avaient changé d’avis.

Souvenons-nous. Il a d’abord été proposé une application du nom de « Stop Covid » à télécharger sur nos téléphones portables. Cela devait se faire sur la base du volontariat. Cette démarche posait déjà un certain nombre de questions et n’avait absolument pas été soumise au débat public. Quelques jours après, le Président de la République a annoncé que le déconfinement interviendrait le 11 mai 2020. Le gouvernement a semblé avoir été pris de court par cette décision. En tout cas la fameuse application n’était pas prête et ce sujet gommé du débat parlementaire.

Aujourd’hui, il est demandé aux médecins généralistes d’assumer cette fonction de flicage en transmettant à la Caisse Nationale d’Assurance Maladie, les informations relatives aux patients. A tous les patients, car les personnes contaminées ne sont pas les seules concernées ! Désormais, si vous vous rendez chez votre médecin et que vous êtes testé positif au Covid-19, vos données de santé seront transférées à l’administration et il percevra 30 euros de plus que les 25 euros prévus pour une consultation classique. Autrement dit, le gouvernement lui demande de donner les informations de santé sur toute votre famille : votre conjoint ou conjointe, vos enfants, vos parents ! Et ce n’est pas tout puisque 2 € sont ajoutés pour chaque “cas contact” du patient que le médecin déclare. Devrions-nous dire « dénonce » ? Encore plus fort, si pour chaque “cas contact” il parvient à obtenir les coordonnées, le numéro de sécurité sociale et le téléphone, il reçoit 4 € ! Les plus tolérants d’entre nous pourraient se dire « Pourquoi pas ? », sauf que cela est fait sans notre accord et donc contraire à la règlementation européenne dite « Règlement Général de Protection des Données » (RGPD) et sans doute à notre Constitution et aux Lois actuelles. Quant au secret médical…

Transformer les médecins en mouchards ne va certainement pas permettre de conserver ce lien de confiance fort avec son patient.

Si en plus de tout cela vous êtes testé positif au Covid-19 et que votre médecin vous a déclaré (dénoncé) à l’administration, une « brigade sanitaire » viendra s’occuper de vous. Cette brigade peut entrer chez vous n’importe quand et vous aider à mettre en pratique les recommandations des autorités sanitaires. Elle est constituée d’un médecin hospitalier et de personnels administratifs de l’Agence Régionale de Santé et de la Caisse Primaire d’Assurance Maladie dont vous dépendez.

Ainsi, les données récoltées par votre médecin sont répertoriées dans un système d’information appelé “SIDEP”. Par ailleurs, les hôpitaux, de leur côté, sont encouragés à récolter les données de leurs patients pour qu’elles soient réunies sur le “Health Data Hub” dont j’ai déjà parlé dans ce blog ici.

Outre tout ce qui précède, si un vaccin était disponible, celui-ci vous serait-il administré de force ? Possible, probable, … puisque notre consentement est réduit à peau de chagrin.

L’avenir seul nous le dira.

Et puis à quoi bon s’inquiéter puisque tout cela est pour notre bien.

 

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