Les enseignants qui protestent contre la loi Blanquer sont-ils victimes de bobards?

A en croire le ministre, la mobilisation des enseignants contre la loi Blanquer serait basée sur des intoxications. Sans qu’elles soient citées, les organisations syndicales sont visées et accusées d’être à l’origine d’un « festival de bobards ».

A en croire le ministre, la mobilisation des enseignants contre la loi Blanquer serait basée sur des intoxications. Sans qu’elles soient citées, les organisations syndicales sont visées et accusées d’être à l’origine d’un « festival de bobards ». 

Annoncer la fin des directeurs d’école ?
La communication du ministre et des députés ne cesse d’affirmer que les directeurs d’école subsisteront .... mais le texte du projet de loi est pourtant très clair : 
Art.421-19-19 :  Les établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux sont dirigés par un chef d’établissement qui exerce simultanément les compétences attribuées au directeur d’école par l’article L.411-1 et les compétences attribuées au chef d’établissement par l’article L.421-3.
A partir du moment où les compétences du directeur d’école seront assurées par le principal du collège, comment considérer que le projet ne vise pas les directeurs d’école. Affirmer, comme le fait le ministre, que le directeur d’école aura un rôle renforcé … est pour le moins paradoxal!
Quant à l’affirmation que la création de ces écoles sera soumise à l’accord de toutes les parties, si le ministre a véritablement cette intention, il faut qu’il fasse en sorte que le projet de loi soit modifié car son contenu actuel ne prévoit ni l’accord du conseil d’administration du collège, ni celui des conseils d’école concernés.
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Douter des évaluations ?
Douter des évaluations ne serait pas acceptable puisque le ministre nous assure avoir proposés « des outils d’évaluation nourris du meilleur de nos connaissances pédagogiques». Il faut pourtant convenir que parmi les chercheurs spécialistes de ces questions, un nombre conséquent ne partage pas cette évaluation qualitative et produit des analyses critiques qui rendent légitime qu’on puisse nourrir des doutes.  Difficile de balayer ces doutes d’un revers de manches, fussent-elles ministérielles, juste en les qualifiant de « bobards ».
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Contrôler davantage l’expression des enseignants ?
L’article 1er, nous assure le ministre, ne crée aucune obligation nouvelle et ne viserait que le renforcement des obligations de respect des enseignants par les parents et les élèves.
S’il n’y a aucune perspective légale nouvelle, pourquoi introduire un article dans cette loi qui exige l’exemplarité des enseignants ?  Entendons-nous bien, pas de problème dans l’idée d’une exigence nécessaire du fonctionnaire mais s’il ne s’agissait que de cela, le conseil d’État a lui-même affirmé que cela ne justifiait pas une modification d’ordre législatif.
D’ailleurs, l’étude d’impact explique qu’il s’agit bien de donner un fondement légal à des principes qui relèvent aujourd’hui de la seule jurisprudence. Et d’insister sur le fait que les nouvelles dispositions légales pourront être invoquées dans les démarches disciplinaires.
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Le raisonnement simpliste qui considérerait que toute opposition ne pourrait se fonder que sur une ignorance nourrie de bobards ne pourra que renforcer la détermination des enseignants à s'exprimer  : ils sont très nombreux à ne pas vouloir de l’école prévue par la loi Blanquer parce qu’ils pensent qu’elle ne sera pas l’école de la justice sociale.

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