Les renards surveillant le poulailler du nucléaire

Le nucléaire civil et militaire, liés indissociablement, font partie des plus grandes menaces pour la vie sur terre. Pourtant, une épaisse chape de plomb recouvre les informations sur les gaspillages de matières et d'énergie qu'ils génèrent, les énormes pollutions et le risque très élevé de guerre nucléaire. Les renards surveillent efficacement ce poulailler. (Complété le 26/6/20)

OMS / Office mondial de la santé

L'Office mondial de la santé de l'ONU qui devrait se préoccuper de ces menaces, est statutairement soumis à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) dont une des missions principales est le développement de l'énergie nucléaire sur la planète.

 

AIEA / Agence internationale de l'énergie atomique

L'Agence internationale de l'énergie atomique considère que le nombre de morts consécutifs à la catastrophe de Tchernobyl serait environ 28.

L'AIEA ne comptabilise que les décès immédiats avoués par les autorités du pays. Cependant, en 2016 l’Ukraine a formellement reconnu 35 000 décès directement liés à Tchernobyl. En réalité près de 150 000 « liquidateurs » sur les 350 000 d’Ukraine, qui ont tous été fortement irradiés, sont décédés à ce jour. (1)

La proportion doit être la même pour les 450 000 autres « liquidateurs ».

D'autres décès dus à l'irradiation moins intense mais de longue durée sont occultés par les pouvoirs ukrainiens, biélorusses et russes – qui ont tout de même fini par admettre le caractère nuisible de toutes les radiations. Voir le livre « Tchernobyl Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement » de ALEXEY V.YABLOKOV,VASSILIB.NESTERENKO,ALEXEY V.NESTERENKO ET NATALIA E.PREOBRAJENSKAYA , avril 2015 ISBN: 978-2-9552736-0-9, disponible gratuitement sur Internet (2)

L'OMS n'a le droit de publier aucune information relative à l'impact des radiations sur la santé sans un accord préalable de l'AIEA. Dormez, braves citoyens...

 © Photo René Maltête © Photo René Maltête

 

ASN Autorité de la sûreté nucléaire

/ IRSN Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

En France, l'Autorité de la sûreté nucléaire dépend des informations de l'IRSN qui se présente comme comme « expert public en matière de recherche et d’expertise sur les risques nucléaires et radiologiques ».

Il est utile de savoir que « 1'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire est placé sous la tutelle conjointe du ministre chargé de l'environnement, du ministre de la défense et des ministres chargés de l'énergie, de la recherche et de la santé. » Art. R. 592-2 » du Décret n° 2016-283 du 10 mars 2016.

Cette quintuple tutelle oriente inévitablement l'IRSN vers la promotion du nucléaire – qui était d'ailleurs son but fièrement affiché avant le décret de 2016.

Ce décret « actualise au sein du Code de l'environnement les dispositions statutaires de l'IRSN (…) : celui-ci peut fournir un appui technique aux autorités de l’État (et non plus seulement à l'Autorité de sûreté nucléaire). » https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2016/3/10/2016-283/jo/texte

Malgré sa prudence, l'ASN serait-elle devenue gênante ? Elle exprime régulièrement se craintes par rapport à l'aptitude de l'EDF d'éviter la catastrophe suprême. Je cite ses alertes de 2012, 2013, 2016, 2019, 2020 dans le dossier https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog/040320/mensonges-et-illusions-du-nucleaire-en-france

Quelle confiance peut-on accorder à l'IRSN ?

En 2007, l'IRSN a estimé qu'un accident nucléaire de type Tchernobyl qui se produirait en France pourrait coûter jusqu'à 5800 milliards d'Euros.[3]

En 2012, L’IRSN a ramené sa prévision entre 120 ou à 430 milliards d’euros.[4]

En 2016, le gouvernement japonais estimait le coût de la catastrophe de Fukushima à 188,5 milliards d'euros.[5] Sans prendre en considération les conséquences sanitaires au Japon et ailleurs, ni le coût de la pollution de l’air et de l’océan.

EDF est assuré pour seulement 91.5 millions d'euros !

91,5 millions d'euros sont bien loin des estimations de l’IRSN, même "corrigées" – et encore plus loin de celle des autorités suisses qui ont évalué les conséquences financières d’une catastrophe de type Tchernobyl à 4000 milliards d’euros.

Cela enlève à l'IRSN toute crédibilité et entame celle de l'Autorité de Sûreté Nucléaire qui en dépend.

Le rapport de l'IRSN sur les radiations des habitants français de 2019 est on ne peut plus rassurant « En France métropolitaine, l’exposition moyenne représente une dose efficace de 4,5 millisieverts par an (mSv/an). »

« Les rayonnements ionisants d’origine naturelle représentent les deux tiers de cette exposition avec une dose efficace de 2,9 mSv. Cette situation est due à l’importance et à la multiplicité des modes d’exposition : irradiation cosmique avec les photons et les particules venant de l’espace, irradiation tellurique avec les éléments radioactifs présents dans la croûte terrestre, consommation de denrées ou d’eau de boissons contenant des éléments radioactifs et surtout inhalation du radon, gaz émanant du sol. »

« À cela s’ajoutent des sources de radioactivité artificielle. Les examens médicaux à visée diagnostique  (médecine nucléaire, scannographie, radiographie) représentent une dose moyenne de 1,6 mSv/an. En revanche, les rejets autorisés des centrales nucléaires, les retombées dues aux anciens essais atmosphériques d’armes nucléaires ou celles des accidents de Tchernobyl et de Fukushima  induisent ensemble une exposition de l’ordre de 0,02 mSv par an. » (6)

« Le rapport (de l'IRSN)) nous donne des arguments pour proposer des évolutions des politiques de prévention là où les expositions sont les plus importantes », rappelle Nicolas Michel-dit-Laboelle, chargé de mission à la direction générale de la prévention des risques au ministère de l’Environnement, l’Énergie et de la Mer.

Concernant les conséquences sur la santé de l’exposition permanente à des doses faibles, « les Français sont exposés depuis toujours à des doses de quelques millisieverts. Dans l’état actuel des recherches, nous ne connaissons pas d’effet sanitaire clairement identifié à ce niveau d’exposition », souligne Éric Vial. »

Quant on sait que les Russes, Biélorusses et Ukrainiens, même eux, les connaissent et les reconnaissent publiquement...

D'après la CRIIRAD ces chiffres sont très en dessous de la réalité du danger.

« Si l’on en croit la Commission européenne, le projet (de contamination légale des aliments suite à un accident nucléaire) garantit le respect de la limite maximale de dose efficace de 1mSv/an. Cette affirmation est totalement fausse. Les vérifications conduites par la CRIIRAD font apparaître des doses10 fois, et jusqu’à 100 fois,supérieures.

Or, une dose de 1 mSv correspond déjà à un niveau de risque élevé: rapporté à la population française, cette exposition représente un détriment officiel de 3800 décès et assimilés. Avec des doses 10 fois supérieures on autorise la commercialisation d’aliments dont le niveau de contamination pourra provoquer des dizaines de milliers de morts et un nombre bien supérieur de cancéreux. » (7)

L'IRSN est lié au « CEPN, Centre d’Étude sur l'évaluation de la Protection dans le domaine Nucléaire, représente le lobby nucléaire français. Cette association à but non lucratif (loi 1901), créée en 1976, n'a que trois membres : Électricité de France (EDF), Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA) et Compagnie Générale des Matières Nucléaires (Cogéma): les trois plus gros acteurs du nucléaire français. (8)

Un autre lobby du nucléaire est le Forum atomique industriel français (FAIF).

Le président du CEPN est en même temps le vice-président de l'IRSN : n'en jetez pas plus... !

 

UNSCEAR Comité scientifique des Nations unies

pour l'étude des effets des rayonnements ionisants

/ PNUD Programme des Nations Unies pour l’Environnement

L'ONU dispose d'un autre organisme de surveillance de la radioactivité due aux activités civiles et militaires et d'évaluation de leurs conséquences sanitaires, l'UNSCEAR. (9) 

Pour évaluer les doses de radiations « admissibles », l'UNSCEAR et d'autres organismes officiels prennent en considération, d'une part, leurs effets délétères sur la santé, d'autre part, les coûts de traitement et ceux de la radioprotection qui seraient nécessaires pour éviter les dégâts. L'exposition « acceptable » ainsi déterminée n'est donc pas « optimale » en termes de santé publique, la moins nocive possible, mais suivant les critères économiques. Elle est choisie en vue de minimiser les coûts de la radioprotection. (5)

Depuis sa création en 1955, l'UNSCEAR a publié  25 études majeures qui sont très roboratives.

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement les a rassemblées en une publication simplifiée, destinée au « grand public » qui serait incapable de comprendre l'original. Toutefois, le PNUD prévient honnêtement que sa « publication est essentiellement (sic!) basée sur les constatations »  de l'UNSCEAR mais « ne présente pas nécessairement l’avis du Comité scientifique (donc de l'UNSCEAR ) ou celui du Programme des Nations Unies pour l’Environnement. »

C'est à peu près tout ce qui est honnête dans cette brochure – que l' l'UNSCEAR est obligée de diffuser sur son site.

Dès l'introduction ce document du PNUD minimise l'effet de la production de l'énergie atomique, avec ses catastrophes et ses déchets, ainsi que du nucléaire militaire : « En réalité, l’exposition la plus importante vient des sources naturelles présentes en continu dans l’environnement et la contribution la plus importante des sources artificielles et la contribution la plus importante des sources artificielles est l’utilisation des rayonnements en médecine. En outre, certains facteurs de notre vie de tous les jours, tels que des voyages en avion ou un séjour dans des maisons bien isolées, peut conduire dans certaines parties du monde à une augmentation substantielle de l’exposition aux rayonnements. » Le problème des déchets est balayé en une phrase.

L'UNCSEAR compte par centaines de milliers le nombre de personnes malades ou mortes sous l'effet des retombées radioactives de Tchernobyl mais ces chiffres n'apparaissent pas dans la brochure de PNUE. Bien au contraire, les conséquences sanitaires de Tchernobyl présentées pages 43-44, semblent presque insignifiantes. Quant à Fukushima, tel qu'il est décrit pp 46-48, cet accident pourrait être passé sous silence.

Bref, sauf être un chercheur d'informations obstiné, le commun de mortels ne peut pas réaliser l'étendu des menaces représentées par le nucléaire civil et militaire.

Il le peut d'autant plus difficilement que le lobby nucléaire dépense des fortunes pour dénigrer les scientifiques et militants qui tentent de diffuser des informations plus réalistes.

 

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CEEA Communauté européenne de l'énergie atomique ou EURATOM

/ CE Commission Européenne

L'Europe s'est dotée en 1957 du traité EURATOM qui a pour mission de doper les industries nucléaires. En même temps, il définit les normes de protection contre les dangers de la radioactivité. Le conflit d’intérêt est criant et contraire à la protection de la santé des populations.

La CRIIRAD milite, avec les ONG autrichiennes Global 2000 et Atom-Stopp, pour l'abrogation de ce traité. En parallèle, des actions des gouvernements d’Autriche, d’Allemagne et du Luxembourg vont dans ce sens. (10)

Notes :

  1. https://www.rtbf.be/info/dossier/30-ans-Tchernobyl/detail_la-controverse-sur-le-bilan-humain-de-l-accident-de-tchernobyl?id=9279305
  2. http://independentwho.org/media/Documents_Autres/Tchernobyl_Con
  3. https://www.irsn.fr/FR/Actualites_presse/Communiques_et_dossiers_de_presse/Pages/20130310-cout-accident-nucleaire-mise-au-point-IRSN.aspx
  4. http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2016/11/30/97002-20161130FILWWW00020-fukushimale-cout-de-la-catastrophe-doublerait.php Voir aussi https://energie.lexpansion.com/energie-nucleaire/accident-nucleaire-quel-cout-quelles-assurances-_a-32-7780.html
  5. https://www.unscear.org/unscear/fr/about_us.html
  6. https://www.irsn.fr/FR/connaissances/Sante/exposition-population/exposition-population-france-metropole/Pages/0-Exposition-population-France-Sommaire.aspx
  7. http://www.criirad.org/aliments-nma-accidentnucleaire/nma_synthese_21-05-15_V3.pdf
  8. https://www.dissident-media.org/infonucleaire/101_102_lobby_nuc.html
  9. https://wedocs.unep.org/bitstream/handle/20.500.11822/7790/-Radiation_Effects_and_sources-2016Radiation_-_Effects_and_Sources_FR.pdg.pdf.pdf?sequence=5&isAllowed=y
  10. http://www.criirad.org/euratom/campagne%20pour%20l'abrogation%20d'Euratom/campagne_pour_labrogation_euratom.html

Pour lire de très nombreuses informations sur les mensonges des organismes officiels et des personnalités politiques, vous pouvez voir http://www.fukushima-blog.com/2020/02/fausses-nouvelles-et-vrais-mensonges-sur-fukushima-1.html , surtout la 3e partie.

Vous pouvez y trouver aussi des livres gratuits sur Fukushima, à télécharger : https://editionsdefukushima.fr/?page=1 http://www.fukushima-blog.com/tag/en%20france%20et%20ailleurs/

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Pour lire les autres dossiers de ce site sur le nucléaire, le féminisme, l'environnement, les migrations des populations, l'Europe, la gouvernance, la littérature, le rire :  ouvrez https://blogs.mediapart.fr/peter-bu/blog  et voyez l'article  Sommaire.

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