Agir contre l'antisémitisme

Des personnalités et des militant-e-s, issu.e.s de divers horizons de la gauche, appellent à s’engager résolument contre les violences antisémites, en refusant la stigmatisation des musulman.ne.s dans leur ensemble portée par le manifeste initié par Philippe Val.

Après la publication de l’appel de Philippe Val, signé par Valls-Sarkozy-Wauquiez, par un catholique intégriste de droite extrême comme Ivan Rioufol, appel ciblant de manière inadmissible les musulman.ne.s dans leur ensemble, il était nécessaire qu’une réaction vienne de la gauche. En effet, l’appel Valls - Sarkozy - Wauquiez ne va pas aider à la lutte contre l’antisémitisme, mais va encourager le racisme contre les musulman.ne.s, ou supposé.e.s tels. Une réaction s’est exprimée à gauche, avec l’appel lancé par Alain et Philippe Cyroulnik et paru dans Mediapart le samedi 28 avril. Cet appel a raison de pointer les dangers de la stigmatisation des musulman.ne.s, ce à quoi aboutit celui rédigé par Philippe Val.

Nous pensons qu’il faut maintenant aller plus loin dans l’analyse des nouvelles conditions de la diffusion de l’antisémitisme et de ses dangers. L’appel paru dans Mediapart le signale à juste titre : « Le délinquant voleur et meurtrier, nourri des poncifs antisémites sur la richesse supposée de toute personne juive, n'est pas le bras de Daesh ni le compagnon d'arme de Mohamed Merah, Amehdi Coulibaly ou Salah Abdeslam. Les violences antisémites actuelles, aussi insupportables qu'elles soient, sont loin d'être comparables à un pogrom et encore moins à une épuration ethnique ! » Certes, et l’assimilation par l’appel Val de la montée actuelle de l’antisémitisme à une épuration ethnique est stupide et hors de propos. Mais, une fois que l’on a dit que l’assassin de Mireille Knoll n’est pas Daesh et que l’on n’assiste pas à des pogroms, il convient  de prendre en compte l’ampleur considérable de la montée actuelle de l’antisémitisme et ses dangers. Qu’un voleur pense qu’on peut trouver de l’argent chez une vieille dame, Mireille Knoll, parce qu’elle est juive, cela renvoie aux préjugés antisémites classiques et c’est terrifiant. De la même manière, qu’un déséquilibré tue une autre vieille dame, Sarah Halimi, en la démonisant parce qu’elle est juive, cela aussi est plus que préoccupant. D’autant que cet individu fréquentait une mosquée radicale de son quartier, dont l’imam a été expulsé. Tous ces événements angoissent à juste titre les Juifs et les Juives et nous devons partir de cette inquiétude pour agir, tout comme à propos du racisme aux USA par exemple nous partons du point de vue des Noir.e.s. Donc, loin de relativiser les événements actuels, nous proposons d’agir contre les actes antisémites.

Malheureusement la gauche radicale, à laquelle certain.e.s d’entre nous appartiennent, est devenue bien timide dans ses dénonciations de l'antisémitisme depuis le début des années 2000. On ne saurait ni ignorer ni relativiser les abstentions lors des manifestations contre les actes antisémites de ces dernières années, l’absence de propositions d’actions à ces occasions, de même que les nombreuses analyses aboutissant à occulter le phénomène et ses spécificités. Si assimiler son absence d'action à de l’antisémitisme comme le fait l’appel Val est faux et inadmissible, il nous faut réfléchir ensemble aux explications de cet incompréhensible passivité pour la dépasser.

Pour nous, il y a deux raisons essentielles à ces erreurs passées. D’une part la difficulté à dénoncer des actes antisémites venus de milieux eux-mêmes discriminés, comme ce fut le cas dans les affaires criminelles concernant les Juifs et Juives ces dernières années. D’autre part le fait que les mobilisations contre l’antisémitisme étaient organisées par le CRIF, soutien indéfectible et relais des politiques des gouvernements israéliens. Or, on peut être conscient de la présence du poison antisémite dans des secteurs minoritaires des populations musulmanes, sous l’effet notamment des discours islamistes et de la propagande djihadiste, à combattre, et lutter fermement contre l’islamophobie. On peut critiquer les politiques coloniales et répressives mises en œuvre à l’encontre des populations palestiniennes par les gouvernements israéliens, et  combattre fermement l’antisémitisme.

Aucun acte antisémite n'est acceptable, quel qu’en soit l'auteur, et ne peut être occulté ou amoindri pour quelque raison que ce soit. Il nous faut rompre avec les attitudes frileuses face aux actes antisémites. Nous devons maintenant être réellement au premier rang dans la lutte contre l’antisémitisme, comme contre tous les racismes. Ce sera la meilleure manière d’éviter les récupérations condamnables et de mauvais augure. Il est de notre responsabilité, sur le terrain de la lutte contre l’antisémitisme comme sur celui de toutes les autres formes de racisme, de constituer un front le plus large possible, dans lequel celles et ceux nourris d'internationalisme et d'antifascisme pourront tenir toute leur place. Cela nous permettra de renouer avec une partie du passé de la gauche : l’émancipation des Juifs en 1791, la défense de Dreyfus, l’opposition au nazisme destructeur.

 

Jean BIGOT (producteur de films), Martine BILLARD (ancienne députée), Philippe CORCUFF (universitaire, militant de la Fédération Anarchiste), Bernard DREANO (militant associatif), Pierre-François GROND (enseignant, militant d’Ensemble !), Robert HIRSCH (historien, militant d’Ensemble !), Paul-Elie LEVY (militant associatif et antiraciste, responsable culturel), François LONGERINAS, Antoine MALAMOUD (militant d’Ensemble !), Denis MARX (militant à Lyon), Robi MORDER (juriste), Stéphane MOULAIN (syndicaliste enseignant), François PRENEAU (syndicaliste, militant d’Ensemble ! 44), Raphael QNOUCH (militant de La France Insoumise), Francis SITEL (responsable d’une revue militante), Stéphanie TREILLET (universitaire, économiste)

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