Extrême droite : l’élégance méconnaissante de Pierre Tenne dans En attendant Nadeau

Pierre Tenne, auteur d’un récent compte-rendu du livre «La grande confusion» dans le journal en ligne «En attendant Nadeau», a-t-il lu sérieusement le livre dont il parle ? Nombre d’indices laissent entendre que non, ce qui gâche une possibilité de controverse raisonnée et argumentée quant à l’analyse des logiques actuelles d’extrême droitisation.

« L’élégance n’est pas ce que nous cherchons. »

Ludwig Wittgenstein, Le Cahier Bleu (1933-1934)

 

Écriture d’un livre, attentes de reconnaissance et difficile distanciation autocritique(1)

Il est souvent difficile de se détacher des adhérences narcissiques qui nous collent de manière trop acritique à nos propres écrits. Le dé-collage prend en général du temps. Ce qui fait que, dans un premier temps, on tend à mal accueillir les critiques, qu’elles soient d’ailleurs malveillantes et mal informées ou dotées de pertinences. Cependant, parfois, au fil des mois et surtout des années, si l’on s’efforce de ne pas étouffer en soi le « penser contre soi-même » hérité de Lumières ouvertes, on peut faire son miel de critiques pointant des impensés et des erreurs dans nos analyses passées. Quand l’esprit de recherche compte pour nous, on peut même être en attente dès la sortie d’un livre ou d’un article, parmi la variété des réactions possibles, d’une critique contribuant à nous rendre un peu moins borné dans l’intelligence autocritique de nos faiblesses intellectuelles, sans pour autant dénigrer de manière systématique notre travail. On est cependant souvent déçu tant l’agressivité doublée d’arrogance envahit fréquemment aujourd’hui les « critiques critiques » réellement existantes.

672 pages au final, trois années et demi d’écriture parsemées de doutes et de difficultés, des matériaux qui ont été recueillis à partir de 2012 : mon dernier livre publié le 10 mars 2021, La grande confusion. Comment l’extrême droite gagne la bataille des idées (éditions Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique »), a d’abord suscité en moi des attentes légitimes d’apaisement des inquiétudes et de reconnaissance du travail effectué. Et, de ce point de vue, j’ai été touché par les articles de Gaël Brustier dans Slate, de Denis Sieffert dans Politis, de Robert Maggiori dans Libération et de Luc Cédelle dans Le Monde(2). Par ailleurs, les démolissements attendus de la part d’ennemis idéologiques venant de l’extrême droite(3) ou d’adversaires de gauche (de gauche modérée dite « républicaine », écologistes ou de gauche radicale)(4), récusant la critique des discours confusionnistes, ont plutôt renforcé mes autodéfenses en tant qu’auteur. Ce type de prose n’incite guère à une distanciation autocritique.

Demeurait toutefois aussi une fragile attente de critiques susceptibles de m’aider à cheminer un peu plus loin dans la conscience de mes insuffisances. Et, dans cette perspective, une lueur est apparue avec la publication d’un compte-rendu dans le journal en ligne En attendant Nadeau, auréolé de la filiation intellectuelle avec La Quinzaine littéraire de Maurice Nadeau et disposant d’un partenariat avec Mediapart. Lueur qui s’est éteinte rapidement à la lecture de l’article de Pierre Tenne intitulé « Penser face à l’extrême droite », traitant également de la traduction française du livre de l’écrivain italien Furio Jesi, Culture de droite [1ère éd. italienne : 1979] et publié dans le numéro 128 de mai 2021 du journal. Il faut dire que le compte-rendu de mon livre se termine par l’adjectif « malhonnêtes » [les citations du texte de Pierre Tenne seront mises en gras et celles de La grande confusion en italique] et que, au-delà de cette expression infamante, on n’y reconnaît pas grand-chose des analyses de mon livre, ou seulement une écume générée par une lecture superficielle.

 

Critique de la critique

Procédons à un inventaire des principales imprécisions, déformations, erreurs et omissions de l’article de Pierre Tenne, en forme de critique de la critique. Cela ne constitue pas une mise en cause de la liberté critique. D’ailleurs, de ce point de vue, la critique de la critique est également légitime, la critique littéraire, cinématographique ou autre n’étant pas plus intouchable que ce qu’elle critique. Quand prédomine un jugement de goût (de type « j’aime pas »/« j’aime ») sur la connaissance précise de ce que l’on critique, quand des préjugés défavorables brouillent structurellement ce que l’on lit (et participe à rendre la « lecture extrêmement pénible »), cela peut légitimement alimenter des opinions dans une cité pluraliste à idéaux démocratiques. Cependant l’indécence d’une telle démarche du point de vue d’une éthique intellectuelle peut aussi être interrogée.

Avant de commencer cet inventaire, il me faut resituer, pour ceux qui n’ont pas lu le livre, son cadre méthodologique et conceptuel principal. Il propose une analyse de trois « formations discursives » (notion empruntée à Michel Foucault) différentes dotées d’intersections et d’interactions et révélant un certain dynamisme dans les espaces publics en France à partir des années 2000 : « l’ultraconservatisme », « le confusionnisme » et « l’identitarisme » ; ce triple dynamisme profitant principalement sur le plan idéologique à l’extrême droite. Ces quatre notions cardinales (« formation discursive », « ultraconservatisme », « confusionnisme » et  « identitarisme ») sont explorées théoriquement dans l’introduction générale du livre (« Vers une théorie politique critique de la confusion aujourd’hui ») et dans son chapitre 1 (« Jalons conceptuels et méthodologiques face au brouillard idéologique présent »), puis servent d’outils à des analyses de discours, contextualisés et précisément référencés, d’environ 110 locuteurs. Ce qui permet d’en préciser davantage les caractéristiques.

* Un premier point concerne un détail (dont on dit que le diable peut s’y nicher), celui de ma présentation dès le début de l’analyse du livre : « Philippe Corcuff, politiste se disant "anarchiste libertaire" ». Or, on ne trouve nulle part dans le livre le qualificatif « anarchiste libertaire » lequel, pour le milieu anarchiste organisé français, a un caractère tautologique, « anarchiste » et « libertaire » étant le plus souvent utilisés comme synonymes. Par exemple, le journal de la Fédération Anarchiste, à laquelle j’appartiens depuis février 2013, a pour nom Le Monde libertaire. Á côté de cette redondance ridiculisante, le « se disant » introduit une aigre suspicion quant à mon engagement militant anarchiste depuis huit ans.

* Pierre Tenne procède à un amalgame entre le terme « confusion » et la notion de « confusionnisme », la définition que je donne de cette dernière n’étant pas précisée. Par exemple, Pierre Tenne écrit : « L’hypothèse de Philippe Corcuff, politiste se disant "anarchiste libertaire", est que l’extrême droitisation repose sur une "confusion", un "brouillard idéologique" favorisant la circulation des idées au bénéfice de l’extrême droite. » Mon livre parle d’« une extension des domaines d’un confusionnisme rhétorique et idéologique au sein des espaces publics, dans le sens de la confusion entre des postures et des thèmes d’extrême droite, de droite, de gauche modérée et de gauche radicale » (p. 31). Le contexte en est précisé : « Le confusionnisme est le nom actuel d’une désagrégation relative des repères politiques antérieurement stabilisés autour du clivage gauche/droite » (ibid.). Est alors souligné, en opposition avec l’amalgame effectué par Pierre Tenne : « Confusionnisme, au sens retenu ici, n’est donc pas synonyme de confusions, mais revêt un sens politico-idéologique plus précis. » (ibid.)

* La notion de confusionnisme n’a pas, non plus, dans La grande confusion l’omniprésence que lui attribue Pierre Tenne : « Comment le livre peut-il prétendre s’extraire d’une confusion qu’il présente comme systématique et largement totalisante ? » Ce n’est qu’une des trois « formations discursives » dynamiques dans les espaces publics analysées dans le livre ; d’autres « formations discursives » y étant d’ailleurs présentes comme les « formations discursives » du néolibéralisme et de l’émancipation. Et l’importance relative du confusionnisme ainsi que sa contribution aux avancées ultraconservatrices ne concernent que les espaces publics et pas l’ensemble de la société française : « Il y aurait bien une droitisation de l’espace idéologique public (médias, édition, Internet, réseaux sociaux…) et du champ politicien, mais divers indices laissent entendre que la société française dans son ensemble est plus composite, ambivalente, ambiguë, hésitante et contradictoire. » (p. 139)

* Pierre Tenne amalgame la notion d’« identitarisme » (la définition que je donne de cette dernière n’étant pas, non plus, précisée) avec les termes « identitaire » et « identité ». Par exemple, il écrit : « La dénonciation d’un "identitarisme" traversant tout le spectre idéologique peut illustrer sa logique : Corcuff se pose en adversaire des tendances identitaires à l’œuvre selon lui dans de nombreux domaines » ou parle de « la fascination critique pour l’identité, la dénonciation des identitaires de tout bord ». Dans le livre, l’identitarisme est caractérisé, plus précisément, comme une « tendance à fixer les individus et les collectivités humaines sur une identité principale, homogène et fermée » (p. 69). C’est pourquoi « critiquer les identitarismes, ce n’est pas récuser toute place aux identités individuelles et collectives en politique » (p. 84). Et d’ajouter : « Le passage de revendications identitaires justifiées à des logiques identitaristes périlleuses s’effectue quand les identités ainsi soutenues sont considérées comme closes, à travers les bricolages idéologiques produits par des entrepreneurs identitaires, par exemple face aux migrations appréhendées comme menaçantes, et que la diversité des alluvions constitutives d’identités en mouvement n’est pas reconnue. » (p. 85)

* Alors que son compte-rendu porte sur l’extrême droite, Pierre Tenne ne s’intéresse pas à la troisième « formation discursive », celle dont je fais l’hypothèse qu’elle bénéficie principalement des processus idéologiques en cours : l’ultraconservatisme. Il s’agit là d’une première omission importante. Le livre parle à ce propos d’« une configuration idéologique globalement xénophobe, sexiste, homophobe et nationaliste » (p. 240). La notion y est distinguée tant du « néoconservatisme » américain des années 1980-2000 (p. 105) que du conservatisme néolibéral (pp. 214-218). Cette « formation discursive » est principalement explorée à travers l’étude de discours de quatre locuteurs : Alain Soral, Éric Zemmour, Renaud Camus et Hervé Juvin (voir le chapitre 4 : « Quatre figures de l’extrême droite idéologique : Alain Soral, Éric Zemmour, Renaud Camus, Hervé Juvin »).

* La notion méthodologiquement centrale de « formations discursives », puisée chez Michel Foucault, n’est pas rappelée par Pierre Tenne, l’expression n’étant même pas citée. Voilà une deuxième omission importante. Or, l’imbroglio construit par Pierre Tenne quant aux rapports entre « les idées » et « les individus » (par exemple : « Ainsi passe-t-on tour à tour d’une analyse où les idées sont fixes, figées à l’extrême droite ou à gauche, permettant d’analyser la circulation des individus entre elles, à un commentaire où ce sont les individus qui se figent à gauche ou à droite pour décrire la mobilité des idées. ») aurait pu être éclairci par… la lecture du livre à la lumière de cette notion présentée comme centrale dès l’introduction générale. La grande confusion indique notamment à ce propos : « La notion de "formation discursive" avancée par le philosophe Michel Foucault en 1969 dans L’Archéologie du savoir pour rendre compte d’un espace de discours, d’écrits et d’idées apparaît éclairante quant à l’ultraconservatisme et au confusionnisme actuels. Car, justement, Foucault propose la notion de "formation discursive" afin de dessiner, dans certains cas, un découpage alternatif à ceux privilégiés par l’histoire traditionnelle des idées comme celui d’"auteur". Ainsi, quand des discours de personnes seront cités et analysés dans ce livre, ce n’est pas principalement à partir d’une démarche qui ferait des "auteurs" les lieux principaux retenus pour découper les discours, en supposant de surcroît un contrôle intentionnel sur la signification de ces discours par chaque "auteur", mais en tant que participant dans tel contexte énonciatif précis à une trame idéologique générale impersonnelle tendant à échapper aux intentions des divers locuteurs. Les mêmes "auteurs" peuvent, dans d’autres discours insérés dans d’autres contextes, participer à la "formation discursive" de l’émancipation. » (pp. 37-38) Et, dans le sillage de Michel Foucault, le livre insiste sur les logiques circonstancielles dans la genèse de ces « formations discursives », c’est-à-dire la façon dont « des matériaux rhétoriques et des mécanismes idéologiques » ont été mis en rapport « pour des raisons aléatoires » (p. 144). Dans ce cadre méthodologique, contrairement à ce qu’écrit Pierre Tenne, le livre ne postule pas « une fixité des êtres et des idées ». Á l’inverse, il s’intéresse à des dynamiques idéologiques inscrites dans des contextes précis, à des modifications des contenus et des postures, à des déplacements des personnes par rapport à ces cadres idéologiques en mouvement.

* Á un moment, Pierre Tenne semble présupposer que l’analyse par La grande confusion de mécanismes idéologiques impersonnels portés pas des processus aléatoires (ce que permet la notion de « formation discursive ») « relativise l’adhésion aux idées dénoncées », « puisqu’on y succombe seulement par bévue, par tâtonnement, par inadvertance ». Elle rendrait alors « logique et légitime la propagation des idéologies qu’elle entend critiquer ». On retrouve ici un schéma similaire au thème ultraconservateur de « la culture de l’excuse », tel qu’il est opposé aux explications sociologiques de la délinquance supposées légitimer cette dernière. Par exemple, dans une telle perspective, les lectures conspirationnistes du capitalisme qui font florès aujourd’hui sur Internet et sur les réseaux sociaux seraient supérieures, d’un point de vue moral et politique, à l’analyse marxienne des mécanismes impersonnels d’accumulation du capital (voir le point de vue inverse développé pp. 272-274).

* On trouve un contresens à l’origine de la supposée incohérence logique relevée par Pierre Tenne dans La grande confusion : je ferais appel à « la neutralité axiologique » (ou neutralité du point de vue des jugements de valeur) tout en ne m’affranchissant pas « d’un lexique d’évaluation morale ». Or, à l’inverse, je défends clairement, contre l’illusion de « neutralité », que « l’engagement réflexif dans l’époque, dans l’actualité, ne peut éviter de confronter ses propres valeurs aux bouillonnements du monde » (p. 47).

* Enfin, la composante autoréflexive du livre, en particulier sur mon parcours militant, n’est pas prise en compte (un point de l’introduction générale est intitulé « Penser aussi contre mes propres impensés politiques », pp. 58-64). Ainsi je note notamment que « le ridicule intellectuel et militant dans l’impensé de ces déboires est également le mien » (p. 64). Or, pour Pierre Tenne, ma démarche, « en extériorisant absolument la confusion pour la dénoncer », empêcherait de voir « ce qui en nous existe d’une culture de droite ». Le livre ne voit peut-être pas assez clairement « ce qui en nous existe d’une culture de droite », mais cela ne passe pas du tout par une extériorisation absolue des problèmes analysés.

Cette dernière critique est toutefois mue par une intuition dotée d’une portée heuristique mais malheureusement pas sérieusement mise en œuvre par Pierre Tenne. Dans la comparaison avec le livre de Furio Jesi, il aurait été intéressant de voir précisément en quoi La grande confusion permet mal de penser « ce qui en nous existe d’une culture de droite ». Par ses manques cette fois, et grâce à leur critique, le livre aurait pu éclairer un aspect intéressant des processus d’extrême droitisation en cours.

 

Style littéraire, imprécision et méconnaissance

Avec tant d’imprécisions, de déformations, d’erreurs et d’omissions dans un si petit compte-rendu, on peut se demander si le livre n’a pas été lu trop partiellement et rapidement, voire simplement feuilleté avec une rage à peine contenue, quelques morceaux superficiels en demeurant seulement à travers le tamis des préjugés du critique. Se déploie ainsi dans l’article de Pierre Tenne un certain style littéraire tricoté d’imprécisions et surélevé par une rhétorique de l’évidence surplombante le dotant d’une ornementation philosophique ; style mis en cause par l’écrivain Robert Musil(5) et, dans son sillage, par le regretté Jacques Bouveresse(6) au nom d’une autre vision, plus précise, de la littérature. L’élégance critique de ce  style peut particulièrement séduire le lecteur qui n’a pas lu le livre. Cependant un tel style élégant est en même temps méconnaissant. « L’imprécision possède un pouvoir d’agrandissement et d’ennoblissement », écrit Robert Musil(7). Et Jacques Bouveresse d’en actualiser le propos en parlant des « hommes imprécis, qui continuent à occuper fermement ce qu’on pourrait appeler le haut du pavé de la culture contemporaine »(8).

Un compte-rendu comme celui de Pierre Tenne a sa place dans l’espace pluraliste des opinions sur un livre comme La grande confusion. Et, dans le balancement entre les lectures bienveillantes et les caricatures agressives, sans oublier les divers entretiens et débats aux formats variés qui m’ont largement permis d’exprimer mon point de vue, mon livre a eu un écho médiatique inespéré pour un travail de type universitaire. Mon ego d’auteur n’est donc pas à plaindre par rapport à nombre de mes collègues. Mais c’est l’éthique intellectuelle qui est surtout malmenée dans ce cas, et dans un lieu, En attendant Nadeau, qu’on croyait constitué pour la chérir. D’autre part, dommage collatéral, l’instauration d’un espace de controverse argumenté sur l’extrême droite, adossé à des analyses suffisamment précises, s’est quelque peu éloignée. Et, une fois de plus, c’est la gauche intellectuelle qui se paralyse elle-même. « Dérision de nous, dérisoires », comme le chante Alain Souchon dans Foule sentimentale

Post-scriptum (8 juin 2021) : L’inélégance méconnaissante de Raphaël Czarny 

 

On me signale un tweet de Raphaël Czarny (qui s’occupe de l’édition de En attendant Nadeau, https://www.en-attendant-nadeau.fr/redaction/ ) suite à mon billet : compte Twitter de Raphaël Czarny, 3 juin 2021, https://twitter.com/CzarnyRaphael/status/1400436320510611463 . Un sommet de « la connaissance littéraire » façon Tenne-Czarny via un de ses instruments privilégiés : Twitter. Á noter l’hilarant : « Pour rappel, la féria du melon, c'est à Cavaillon, le week-end précédant le 14/07 ». Bref la critique constitue un mystère incritiquable, et toute critique de la critique est nulle et non avenue, et ses arguments n’ont surtout pas à être examinés. D’ailleurs seuls les auteurs auraient des « egos », pas les critiques. Cela fait penser à ce que Robert Musil appelle « la bêtise supérieure » ou « prétentieuse » : « Cette bêtise-là est moins un manque d’intelligence qu’une abdication de celle-ci devant les tâches qu’elle prétend accomplir alors qu’elles ne lui conviennent pas »(9). Á travers ces deux indices (le compte-rendu de Pierre Tenne et le tweet de Raphaël Czarny), la boutique En attendant Nadeau apparaît bien décevante, fort éloignée de la figure de Maurice Nadeau, un peu comme la boutique Parti socialiste apparaît aujourd’hui, à travers les discours et les pratiques de nombre de ses dirigeants nationaux, fort éloignée de la figure de Jean Jaurès…

Notes :

(1) Je remercie Grégory Molle pour sa relecture d’une première version de ce billet.

(2) Gaël Brustier, « Comment l'extrême droite gagne la bataille des idées », Slate.fr, 27 février 2021 ; Denis Sieffert, « Corcuff en "lanceur d'alerte idéologique" », Politis, n° 1645, du 18 au 24 mars 2021 [accès abonnés] ; Robert Maggiori, « Philippe Corcuff, arpenteur du chaos idéologique », Libération, 1er mai 2021 [31 mars sur le site, accès abonnés] ; Luc Cédelle, « Au cœur des débats idéologiques », Le Monde daté du 29 mai 2021 [28 mai sur le site, accès abonnés].

(3) Sur des réactions à l’extrême droite, voir : « France Culture et Philippe Corcuff ne comprennent toujours pas pourquoi la droite est en train de gagner la bataille des idées », par Richard Hanlet, site Boulevard Voltaire, 22 mars 2021 ; « Livre. Philippe Corcuff : "La grande confusion. Comment l'extrême droite gagne la bataille des idées" », par perubu, Fdesouche, 22 avril 2021 ; et « Philippe Corcuff, convoquant Alain Soral, fantasme le confusionnisme. Et se fait peur avec son ombre », site Egalité & Réconciliation, 6 mai 2021. Dans des commentaires sur Internet, un antisémitisme à visage découvert s’est particulièrement exprimé : par exemple, dans des commentaires à la suite d’une vidéo d’une émission de Sud Radio (https://www.youtube.com/watch?v=KDrTVhDfn1Y&lc=UgxAfzyMnXcSIwkvWld4AaABAg) ou sur AgoraVox (https://www.agoravox.tv/actualites/politique/article/philippe-corcuff-critique-soral-88947).

(4) Pour des critiques au bulldozer au sein des gauches, voir : « "Et ma lumière fut", par Philippe Corcuff », par Henri Maler, site de l'ACRIMED, 19 mars 2021 ; « Réponse à Philippe Corcuff », blog de Vincent Cheynet, 23 mars 2021 ; « "La grande confusion" : le pavé de Philippe Corcuff grâce auquel vous ne comprendrez rien à l'extrême droite », par Kévin Boucaud-Victoire, site de Marianne, 28 mars 2021 ; ou « La social-démocratie écrase la gauche : Philippe Corcuff », par Jean-Pierre Dussaud, blog de Jean-Pierre Dussaud, 2 avril 2021.

(5) Voir Robert Musil, L’homme sans qualités [roman philosophique inachevé, édition partielle à partir de 1930], traduction française par Philippe Jaccottet, Paris, Seuil, 1956.

(6) Voir notamment Jacques Bouveresse, La voix de l’âme et les chemins de l’esprit. Dix études sur Robert Musil, Paris, Seuil, collection « Liber », 2001, et La connaissance de l’écrivain. Sur la littérature, la vérité & la vie, Marseille, Agone, 2008.

(7) L’homme sans qualités, tome 1, op. cit., p. 164.

(8) La voix de l’âme et les chemins de l’esprit, op. cit., pp. 61-62.

(9) Robert Musil, De la bêtise [conférence de mars 1937], traduction française par Philippe Jaccottet, Paris, Allia, 2000, p. 45.

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