Mediapart, les « affaires », la pédagogie démocratique et l’avenir d’une politique émancipatrice

Woerth-Bettencourt, Cahuzac, Morelle… : le travail journalistique fourni par Mediapart autour de la révélation d’« affaires » mine-t-il la démocratie ou ouvre-t-il des possibilités pour reprendre un chemin démocratique ?

Woerth-Bettencourt, Cahuzac, Morelle… : le travail journalistique fourni par Mediapart autour de la révélation d’« affaires » mine-t-il la démocratie ou ouvre-t-il des possibilités pour reprendre un chemin démocratique ?

 

Mediapart : de la rénovation tâtonnante du journalisme à la question démocratique-libertaire

 

Les investigations de Mediapart ont redonné des lettres de noblesse à la profession de journaliste en France. C’est pourquoi il fait grincer des dents parmi « les professionnels de la profession ». L’éditorialisation mollassonne et prétentieuse, la quête obsessionnelle du « nouveau » le plus éphémère ou le plus frelaté, les reportages et les entretiens bâclés au nom de « l’urgence », la dictature du « court » qui ne dit plus grand-chose, la course aux préjugés et aux stéréotypes, un discours confondant une illusoire « neutralité » avec une nécessaire rigueur tout en étant accompagné de diverses connivences avec les milieux dirigeants, une désintellectualisation drapée d’écharpes rouges… : les chausse-trapes parsemant les autoroutes des médias dominants sont connues et participent à leur décrédibilisation en cours. Mediapart, avec au départ de petits moyens, qui ont un peu grossi grâce à un relatif succès mais qui demeurent modestes en regard de nombre de leurs confrères, a commencé à inverser la tendance.

 

Cela s’est opéré particulièrement grâce au travail d’investigation opiniâtre et rigoureux, symbolisé, pour les « affaires » Woerth-Bettencourt et Cahuzac, par Fabrice Arfi et, pour « l’affaire Aquilino Morelle », par Michaël Hajdenberg, mais inscrit dans tout un travail d’équipe. On doit aussi souligner le labourage patient des terrains du social, de l’écologie, des idées et de la culture, de la politique institutionnelle ou de l’économie, avec de nouveaux angles de vue ; l’international demeurant encore en pointillés, avec toutefois un beau traitement du Maghreb et du Moyen-Orient par Pierre Puchot. Mediapart a su faire varier les formats, courts, moyens ou longs, recourir alternativement ou parallèlement à l’écriture, à la vidéo enregistrée et au direct, sans oublier le sel hebdomadaire de l’humour de Didier Porte.

 

Cependant, on doit pouvoir se demander si ce qui est bon pour le journalisme comme profession est nécessairement bon pour les idéaux démocratiques des cités contemporaines dans une conjoncture particulièrement périlleuse ? Cette question est posée à l’extérieur de Mediapart et parmi les mediapartiens, étranges bestioles (dont je suis) titulaires d’un abonnement. Diverses objections sont même formulées ici et là, qu’il faut savoir examiner quand on a de la sympathie critique vis-à-vis de l’aventure Mediapart ; cette aventure ne pouvant justement se concevoir sans voix plurielles et questionnantes, à la différence de nombre d’autres médias, dominants ou critiques.

 

Première objection : Mediapart et le « tous pourris »

 

Première série d’objections : l’épinglage des Woerth, Cahuzac, Morelle, etc. alimenterait le « tous pourris » favorable à la déconstruction démocratique et à l’extrême-droite. Cette tendance est assurément présente dans les usages qui peuvent être faits dans l’espace public par les révélations de Mediapart, telles qu’elles passent ensuite par la moulinette des grands médias.

 

Cependant, le dispositif Mediapart a organisé des contre-tendances en son cœur même :

 

1) le pôle journalistique de Mediapart est mis en tension avec son pôle participatif : a) avec son « Club », dont la mise en valeur est assurée sous l’égide pleine de curiosités de Géraldine Delacroix ; et b) avec les commentaires des mediapartiens, sur les productions journalistiques et du Club ;

 

et 2) des interventions d’Edwy Plenel, de François Bonnet ou de Laurent Mauduit, sur Mediapart ou dans d’autres médias, comme les livres publiés par Mediapart aux éditions Don Quichotte, établissent des liens entre le journalisme, la crise actuelle de la démocratie et la nécessaire réactivation d’une citoyenneté active ; ces interventions sont souvent mal comprises des autres journalistes, sous le prisme principal de la concurrence, qui ne voient alors que de « la moraline » là où s’efforce de s’exprimer une éthique démocratique de la responsabilité.

 

Cela n’élimine pas les autres usages faits des informations divulguées par Mediapart, mais cela contribue à dessiner un fragile espace de pédagogie démocratique, dans une conjoncture où les pratiques démocratiques apparaissent particulièrement vacillantes : stabilisation oligarchique de régimes représentatifs professionnalisés dont le fonctionnement routinier s’éloigne de plus en plus des idéaux démocratiques dont ils continuent pourtant à se réclamer, montée d’un abstentionnisme non actif dans les élections (à distinguer de l’abstentionnisme actif des anarchistes), hégémonie des politiques néolibérales en Europe hors d’atteinte du contrôle populaire, mobilisation accrue de thématiques conservatrices, nationalistes et xénophobes dans les espaces publics, notamment.

 

Pédagogie démocratique, en un sens non tutélaire, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’apporter la bonne parole à des « masses aliénées », de les éduquer dans une logique paternaliste. On a plutôt affaire à une pédagogie en une tonalité interactive, coopérative et contradictoire à travers la configuration participative, supposant des débats, des tensions et des interrogations. Une pédagogie démocratique pour stimuler la mise en pratique du double idéal d’autogouvernement de soi et d’autogouvernement des collectivités humaines ; double idéal qui associé révèle une portée libertaire. Diffuser des informations vérifiées, proposer des mises en perspective critiques, aller à la rencontre de paroles ordinaires, dénicher des idées et des éléments de culture nous faisant voir le monde sur des modes décalés, organiser des controverses…et mettre tout cela en discussion avec les mediapartiens, tout en ouvrant le champ de la production des informations, au-delà des journalistes professionnels, aux blogueurs. Permettre que chacun enrichisse sa raison et ses émotions de nouvelles ressources et couleurs en glanant de manière critique dans les divers chantiers à disposition et, éventuellement, aillent plus loin dans l’appropriation coopérative et conflictuelle à travers les commentaires et/ou les blogs du Club.

 

Ce dispositif métissant journalisme rénové et participation, production d’informations et débats, dans le cadre d’une pédagogie démocratique, constitue aujourd’hui un des rares points d’appui dans le paysage français pour ne pas désespérer de la possibilité de l’émancipation. Et cela dans une conjoncture où la gauche sociale-libérale dominante dans les institutions, mais électoralement affaiblie, est devenue un des principaux obstacles aux aspirations à la justice sociale, au contrôle démocratique, au souci écologique et à la reconnaissance personnelle, sans qu’une autre gauche ait pu prendre la relève de façon crédible, et où le spectre de l’extrême-droite se profile dangereusement à l’horizon. Il faut prendre conscience à sa juste mesure de la place de Mediapart aujourd’hui, de la responsabilité qui lui incombe, qui nous incombe, dans un moment périlleux, mais en même temps passionnant de renouvellements possibles. En prendre conscience pour préserver, consolider, élargir cet espace si fragile devant les machineries dominantes. En nous situant dans le cadre extrêmement stimulant de la démocratie conçue comme expérimentation que l’on peut puiser dans le pragmatisme philosophique de l’Américain John Dewey, tout particulièrement dans son ouvrage Le public et ses problèmes (1), avec un processus infini d’essais/erreurs/rectifications, adossé à trois notions cardinales : enquête, éducation et public (en un sens actif). Or, une des conditions, selon Dewey, de l’émergence d’« un public démocratiquement organisé » est « l’exigence de la liberté de l’enquête sociale et de la distribution de ses conclusions » (2). Mediapart et les mediapartiens, comme des sciences sociales davantage en dialogue avec les citoyens, sont susceptibles de participer à cette condition.

 

 

Seconde série d’objections…et de soutiens : l’écume des « affaires »

 

Examinons un autre type de critiques : une certaine focalisation de Mediapart sur les « affaires » politico-financières n’atteindrait que les couches superficielles des ordres sociaux existants, oubliant les logiques de fond, en détournant même l’attention publique du principal en la distrayant avec l’accessoire. Ces mises en cause rejoignent paradoxalement des discours de soutien à Mediapart : ceux qui insistent sur la corruption des personnes, sur la responsabilité de « brebis galeuses » et/ou, dans des tonalités conspirationnistes, sur les manipulations de quelques-uns dans l’ombre dont la dénonciation constituerait le principal de la critique sociale. Cet usage du dévoilement d’« affaires » par les journalistes de Mediapart est bien également présent dans l’espace public, quand notamment ces « affaires » sont régurgitées par le spectacle médiatique dominant ou quand elles sont recodées par les préjugés conspirationnistes de certains récepteurs.

 

Cependant, d’autres usages sont possibles de ces « affaires », usages à l’œuvre dans les mises en perspective de leurs informations par les journalistes ou dans leurs écrits plus réflexifs, dans l’appel à des ressources intellectuelles critiques ou dans les blogs. Usages en tension, voire en conflit, avec les usages davantage centrés sur les corruptions personnelles ou les thématiques conspirationnistes, au sein même de l’espace Mediapart.

 

Cet autre type d’usages, par la répétition même d’« affaires » révélant des analogies, oriente le regard vers les institutions et les structures sociales. Institutions et structures sociales auraient ainsi des effets corrupteurs variés sur les individus qui participent aux machineries du pouvoir et à leurs intersections : la représentation politique professionnalisée, le pouvoir technocratique (national et européen), la bureaucratie étatique, la dynamique capitaliste (mondialisatrice et nationale) et les attributs de classe qui lui sont associés, etc. Une corruption lente, peu visible, ordinaire, avec les séductions et les tentations, mais aussi les dépendances, voire les addictions, suscitées par la vie en milieu dirigeant, avec les convictions qui s’érodent progressivement au nom d’un « réalisme » qui constitue une adaptation progressive à « l’ordre des choses », mais aussi les histoires qu’on continue à se raconter et à raconter aux autres pour se convaincre qu’il reste quand même quelque chose de son âme d’antan, entre petites lâchetés quotidiennes et bonne conscience affichée, rose aux joues et plaisirs au noir, identité publique et zones plus troubles de la personnalité laissées dans l’ombre. Pierre Bourdieu, contre l’attention principale donnée aux scandales personnalisés, parlait judicieusement de « corruption structurelle » (3). Marx écrivait déjà dans la préface à la première édition du livre 1 du Capital à propos des capitalistes et des propriétaires fonciers :

 

« Mon point de vue, d’après lequel le développement de la formation économique de la société est assimilable à la marche de la nature et à son histoire, peut moins que tout autre rendre l’individu responsable de rapports dont il reste socialement la créature, quoi qu’il puisse faire pour s’en dégager. » (4)

 

Plus tard, le philosophe Maurice Merleau-Ponty a insisté plus finement encore sur le tissu de rapports sociaux qui tend à nous faire suffoquer :

 

« Il y a une égale faiblesse à ne s’en prendre qu’à soi-même et à ne croire qu’aux causes extérieures. D’une façon ou de l’autre, c’est toujours tomber à côté. Le mal n’est pas créé par nous ou par d’autres, il naît dans ce tissu que nous avons filé entre nous et qui nous étouffe. » (5)

 

« Affaire » après « affaire », enquête après enquête, mise en perspective après mise en perspective, éclairage intellectuel après éclairage intellectuel, Mediapart aiguille notre attention, au-delà de chaque cas singulier, vers les conditions sociales et institutionnelles de corruptibilité. Sans perdre de vue les marges de responsabilité individuelle et les variations individuelles des attitudes (certaines éthiques personnelles résistent bien mieux que d’autres aux rouleaux compresseurs des machineries du pouvoir politique et économique comme de leurs intersections), mais en ne s’arrêtant pas là. En pointant alors la nécessité de transformations structurelles, appelant le développement d’une auto-activité citoyenne, et non pas la énième illusion quant à la venue d’un « homme providentiel », d’un chevalier blanc, une fois que l’on se serait séparé des quelques « brebis galeuses ». Il est encore question ici de pédagogie démocratique en acte.

 

Plutôt que des naïvetés conspirationnistes, on aurait ainsi besoin d’une extension anticapitaliste et libertaire de la sagesse d’un Montesquieu dans De l’esprit des lois :

 

« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » (6).

 

Une telle maxime du libéralisme politique naissant pourrait être utilisée contre la tyrannie du néolibéralisme économique contemporain et, au-delà, contre le capitalisme, à cause des tendances hégémonisantes de la marchandisation comme de l’arbitraire du pouvoir patronal, ainsi que contre le bureaucratisme étatique, la représentation politique professionnalisée ou la domination technocratique (nationale et européenne). Cet élargissement libertaire contribuerait à reformuler la question démocratique-libertaire d’aujourd’hui.

 

Fragilités, contradictions et limites de Mediapart

 

Au bout d’à peine six ans d’existence, Mediapart apparaît donc comme un petit pilier en essor de la reconstruction critique et démocratique d’une perspective d’émancipation, alors que, la gauche moralement, intellectuellement et politiquement en lambeaux, néolibéralisme et conservatismes semblent dominer les espaces politiques. Toutefois, il ne peut être le tout, ni le principal de cette possible reconstruction.

 

Tout d’abord, parce que c’est une expérience fragile, travaillée par des contradictions et des limites. Ses moyens journalistiques sont encore modestes, et ne peuvent que répondre de manière insatisfaisante en regard des importantes attentes d’enquêtes et d’explorations dans les domaines de la politique (encore trop vue de manière institutionnelle), du social, de l’écologique, du sociétal, de l’économie, des idées, des cultures ordinaires et des arts, des résistances quotidiennes, des expériences alternatives ou des paroles ordinaires, sans parler de l’international…Les contraintes de temps, les inexpériences ou les ratés inévitables font également que les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des ambitions.

 

Chez les mediapartiens, certaines tentations viennent aussi freiner la créativité. Les invectives, les aigreurs du ressentiment, le trollisme débridé, la confrontation quasi-religieuse entre dogmes et entre identités en concurrence ou la chasse aux « traîtres » s’expriment abondamment, comme ailleurs sur internet, dans les commentaires. Mediapart, souvent sous couvert d’anonymat, fonctionne pour certains comme une soupape de sécurité quant à leurs excès de fiel, faisant alors refluer les tentatives d’échanges argumentés, de mutualisation des expériences ou d’inventivité coopérative. Cela décourage nombre de mediapartiens de participer aux commentaires, voire de les lire, ou d’ouvrir un blog, de crainte de se retrouver dans une sorte de jungle rhétorique psychologiquement insécurisante. Par ailleurs, il faut prendre en compte une faiblesse sociologique de Mediapart : certains indices laissent entendre, à l’image de beaucoup d’autres dispositifs à gauche, une forte sous-représentation des milieux populaires et une sur-représentation des couches moyennes salariées des services publics, qui ne constituent qu’une des composantes de la classe salariale aux potentialités transformatrices.

 

Cependant si la portée émancipatrice du dispositif Mediapart, si précieux dans les circonstances actuelles, est limitée, c’est aussi que, en relation avec ce nouveau et fragile pilier, il faudrait expérimenter des pratiques alternatives dans d’autres espaces, dont :

 

* le déploiement de mouvements sociaux davantage vivaces, du local au mondial, d’initiatives associatives et syndicales innovantes ; et en particulier la redynamisation de la galaxie altermondialiste ;

 

* la multiplication d’expériences alternatives dans les secteurs du travail, des formes démocratiques, de l’éducation, de la culture, de l’agriculture, de la consommation, de la préservation de la nature, des sociabilités familiales et amicales, etc. ; et en particulier des expérimentations d’autres façons de fabriquer de la politique à partir de la vie quotidienne et avec les gens concernés ;

 

* la réinvention d’une intellectualité démocratique, c’est-à-dire d’espaces pluriels de dialogues, de coopérations, de tensions et de confrontations entre mouvements sociaux, praticiens d’expériences alternatives, organisations politiques, intellectuels professionnels, journalisme indépendant, artistes subversifs et citoyens ordinaires, dans la perspective de la reformulation d’idées critiques et émancipatrices globalisantes, à partir des traditions héritées (7) ;

 

* les insatisfactions répétées vis-à-vis des partis politiques de gauche (leur verticalité, leurs inerties bureaucratiques, leur culte des chefs et des « hommes providentiels », leur caporalisme, leurs schémas stéréotypés, leur écrasement de la vie ordinaire, etc.), et l’échec des plus récentes tentatives pour créer des formes renouvelées (NPA, Parti de Gauche, Europe Ecologie Les Verts) (8), appellent l’exploration plus radicale de nouveaux types d’organisations politiques (pas forcément sous la forme de partis, historiquement trop calés sur les structures des États-nations), entendus comme des lieux de coopération organisée des individualités, favorisant la mutualisation des expériences, accueillant une diversité de profils sociaux, tout en assurant des coordinations minimales et une mémoire critique reliant le passé émancipateur et les possibilités de l’avenir, pour ne pas être les marionnettes de l’immédiateté et croire réinventer à chaque instant le fil à couper le beurre...

 

Cette énumération non exhaustive nous fait mieux prendre conscience que Mediapart ne peut constituer qu’un des pôles d’une reconstruction critique et démocratique d’une perspective d’émancipation sur le territoire français.

 

Gauche : « l’avenir d’une désillusion » (Éric Fassin) ?

 

Le mercredi 7 mai 2014 sort en librairie un petit livre du sociologue Éric Fassin, blogueur sur Mediapart (http://blogs.mediapart.fr/blog/eric-fassin), intitulé Gauche : l’avenir d’une désillusion. Il est publié par les éditions Textuel dans la collection que je co-anime avec Lilian Mathieu : « Petite Encyclopédie Critique ». Il termine l’ouvrage sur de la politique-fiction : la victoire de l’UMP à l’élection présidentielle de 2017, le candidat socialiste Manuel Valls arrivant en troisième place derrière Marine Le Pen, des ministres Front National entrant au gouvernement. Cependant, pour éviter cette possibilité forte, il propose une stratégie de réinvention de la gauche à partir du développement d’une « politique non-gouvernementale » et de la mobilisation de « publics ». Un des principaux exemples pris de tels « publics » est justement Mediapart :

 

« Les abonnés de Mediapart ne sont pas ses clients ; s’ils paient, c’est pour investir dans l’existence même de ce contrepouvoir. C’est pour s’inscrire dans un public – comme l’atteste la dimension participative de l’édition, avec ses blogs et ses événements. Le modèle économique est donc un modèle politique : il constitue un public qui fait exister en retour Mediapart. Et c’est en ce sens qu’on peut qualifier un tel média de public : il a une mission de service public à l’heure du néolibéralisme. » (9)

 

Chiche, on tente de donner un avenir émancipateur à nos désillusions ?

 

 

Notes :

 

(1) John Dewey, Le public et ses problèmes (1e éd. : 1927), présentation de Joëlle Zask (« La politique comme expérimentation »), Paris, Gallimard, collection « Folio Essais », 2010.

(2) Ibid., pp.263-264.

(3) Pierre Bourdieu, Sur la télévision, Paris, Liber éditions, collection « Raisons d’agir », 1996, p.15.

(4) Karl Marx, Le Capital, Livre 1, préface à la 1ère édition de 1867, repris dans Œuvres I, éd. établie par Maximilien Rubel, Paris, Gallimard, collection «Bibliothèque de la Pléiade», 1965, p.550.

(5) Maurice Merleau-Ponty, préface à Signes, Paris, Gallimard, 1960, p.47.

(6) Montesquieu, De l’esprit des lois (1e éd. : 1748), Paris, GF-Flammarion, 1979, p.293.

(7) Voir P. Corcuff, « Intellectuels, militants et intellectualité démocratique : vues critiques sur quelques expériences passées », Mediapart, 5 septembre 2013, ainsi que la récente initiative du séminaire ETAPE (Explorations Théoriques Anarchistes Pragmatistes pour l’Emancipation) avec son blog sur Mediapart, http://blogs.mediapart.fr/blog/etape-libertaire.

(8) Sur le caractère avorté de ces dernières tentatives partisanes, on a quelques indices. Pour le NPA, je renvoie à l’analyse de ma propre expérience (dans « Pourquoi je quitte le NPA pour la Fédération Anarchiste », Mediapart, 4 février 2013) et pour le PG à celle très récente de Constant Jacob (« On ne fait pas de politique sur de la niaiserie », Mediapart, 16 avril 2014). En ce qui concerne, EELV, le départ de Daniel Cohn-Bendit en décembre 2012, alors qu’il avait formulé l’idée initiale et intéressante de « coopérative politique » (« Inventons ensemble une Coopérative politique », Libération, 22 mars 2010), a acté d’une certaine façon une normalisation politicienne.

(9) Éric Fassin, Gauche : l’avenir d’une désillusion, Paris, Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », p.55, à paraître le 7 mai 2014, 64 p., 8 euros.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.