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Le Club de Mediapart sam. 27 août 2016 27/8/2016 Dernière édition

Intellectuels critiques et éthique de responsabilité en période trouble : Michéa, Durand, Keucheyan, Kouvelakis…

Une critique des livres Les mystères de la gauche de Jean-Claude Michéa et En finir avec l’Europe sous la direction de Cédric Durand, qui n'est pas sans rapports avec la tâtonnante aventure Mediapart...

Une critique des livres Les mystères de la gauche de Jean-Claude Michéa et En finir avec l’Europe sous la direction de Cédric Durand, qui n'est pas sans rapports avec la tâtonnante aventure Mediapart...

Les organisations de gauche ont le cerveau de plus en plus au ralenti, mais il existe une certaine vitalité éditoriale du côté des intellectuels critiques. Deux récents livres en témoignent : celui du philosophe Jean-Claude Michéa, Les mystères de la gauche. De l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu (Climats/Flammarion, 2013) et celui dirigé par l’économiste Cédric Durand, En finir avec l’Europe (La Fabrique, 2013).

 

Des simplifications intellectuelles à un climat type années 1930

 

Malheureusement, si tant Michéa que Durand ont des qualités intellectuelles indéniables, et si j’ai, par ailleurs, de la sympathie personnelle pour les deux bonhommes, ces livres expriment des faiblesses intellectuelles que l’on retrouve assez largement dans les gauches politiques aujourd’hui [1], dont des tendances à :

 

- l’essentialisme : la saisie des réalités socio-historiques comme des « essences », c’est-à-dire des entités homogènes et durables plutôt que traversées par des contradictions sociales et historiques, comme nous l’ont appris des figures de la pensée critique, de Proudhon et Marx à Foucault et Bourdieu ;

 

- et au manichéisme, dans une logique binaire qui constitue aujourd’hui une caricature assez courante de la radicalité, chez ses critiques comme chez certains de ses partisans ; « saisir les choses à la racine » (origine étymologique de « radical ») ne supposerait-il pas plutôt un sens des nuances et des complexités du réel ?

 

Bien sûr la logique pamphlétaire de ces deux essais pousse à ces types de simplification, tout en ayant quand même des atouts dans sa besace, et en particulier une capacité à interroger ce qui semble aller de soi en « secouant le cocotier ». Ne pourrait-on pas alors mettre en tension, de manière en tout cas plus nette que dans ces deux livres, la clarté polémique et l’attention aux complications, afin de participer à l’invention d’un genre pamphlétaire moins manichéen ? Il me semble que ce n’est pas complètement hors de portée des intellectuels critiques…

 

Bref ces deux ouvrages ne nous aident guère à sortir des formulations simplistes des problèmes qui dominent à gauche. Ce sera le premier axe de ma critique. Et ils le font, par ailleurs, en participant à un certains brouillage des idées et des valeurs, qui pourraient être particulièrement dommageable dans le contexte actuel caractérisé notamment par une vivacité des nationalismes et des xénophobies en France et en Europe, une progression des extrêmes droites et des « droites décomplexées », une association néoconservatrice plus fréquente à droite et à gauche entre néolibéralisme économique et politiques sécuritaires, une certaine dévalorisation de la politique et un succès relatif du « tous pourris », un chômage de masse de plus en plus préoccupant. N’aurait-on pas alors affaire à un climat aux effluves d’années 1930 ? En tout cas, une série d’analogies, qui ne constituent pas une identité, apparaissent inquiétantes. De ce point de vue, la (re)lecture de L’ontologie politique de Martin Heidegger de Pierre Bourdieu, et ce que qu’il y dit de « l’humeur idéologique » dans l’Allemagne de Weimar [2], apparaîtra fort utile. Et même si notre époque ne recèle pas des virtualités aussi noires qu’alors, les zones grises commencent à être bien balisées. C’est là que se pose le problème de l’éthique de responsabilité. Et ce sera le second axe de ma critique.

 

Éthique de conviction et éthique de responsabilité

 

Dans une de ses célèbres conférences sur « La profession et la vocation de politique » de janvier 1919, un des pères de la sociologie allemande (et de la sociologie tout court), Max Weber, distingue « éthique de conviction » (ou « éthique absolue ») et « éthique de responsabilité » [3]. Selon Weber, « l’éthique absolue ne s’interroge précisément pas sur les "conséquences" », et par exemple « le devoir de vérité » y « est inconditionnel » (p.191). Á l’inverse, pour l’éthique de responsabilité, « on doit assumer les conséquences (prévisibles) de son action » (p.192). Ce qui sépare ces deux éthiques, c’est donc l’attention ou pas aux effets de ce qui est dit et fait.

 

Si ces deux éthiques ne sont pas superposables, c’est que tant l’analyse machiavélienne classique que la sociologie moderne ont mis en cause « la thèse simple selon laquelle : le bien ne peut engendrer que du bien, le mal que du mal » (p.196). Car les intentions humaines vont rentrer dans des circonstances socio-historiques qui ne dépendent pas d’elles (contraintes issues du passé comme les rapports de forces ou les préjugés plus ou moins prégnants, chocs avec les autres intentions, etc.) et qui vont plus ou moins les dévier pour aboutir à un résultat rarement maîtrisé par une seule des intentions en présence. C’est ce que les sciences sociales contemporaines appellent « les conséquences non intentionnelles de l’action », pouvant aller, dans certains cas seulement, jusqu’à des « effets pervers », c’est-à-dire des conséquences inverses à celles recherchées. Dès le XVIème siècle, Machiavel avait perçu finement cet angle de vue de l’histoire humaine, à travers la dialectique entre « la fortuna » (les circonstances indépendantes de la volonté) et « la virtù » (l’habileté humaine permettant non pas de supprimer ou de maîtriser « la fortuna », mais de « saisir les occasions favorables » ou de freiner les circonstances défavorables) [4]. Weber ne tire pas de son analyse l’idée qu’il faudrait choisir l’une ou l’autre éthique, mais que l’on devrait tenter de les combiner en politique.

 

Qu’est-ce que ce type d’éclairage peut apporter lorsque l’on traite d’intellectuels critiques ? L’éthique de conviction peut être ici traduite en « éthique de vérité » : le philosophe et le savant (comme le journaliste), mais sous des modalités différentes, peuvent être guidés par le désir de défendre une vérité contre des évidences, des préjugés ou des mensonges installés sans se préoccuper des conséquences dans un contexte donné. Et cela d’autant plus qu’il y a des tendances fortes dans les milieux intellectuels (même les plus « matérialistes » et « marxistes » d’entre eux) à croire en pratique aux idées en soi, indépendamment de la façon dont elles sont situées dans des périodes historiques, dont elles baignent dans des rapports sociaux et dont elles font l’objet d’usages individuels et collectifs. C’est pourquoi Bourdieu invite les intellectuels, dans le sillage de Marx, à « réfléchir non seulement sur les limites de la pensée et des pouvoirs de la pensée, mais aussi sur les conditions de son exercice » [5].

 

Dans le cadre des Lumières tamisées qui est le mien [6], penser les dépendances socio-historiques de la pensée ne conduit pas nécessairement à abandonner la visée de vérité, mais nous incite à la mettre en rapport avec une éthique de responsabilité se souciant des conséquences du mode d’énonciation des paris de vérité que nous pouvons formuler les uns et les autres. Il ne s’agit donc pas d’abandonner l’idée de dire ce que l’on pense comme « vrai » à un moment donné (même si cela s’avère avec le temps des bêtises : qui n’a jamais pêché….), mais de s’interroger sur « comment le dire » en fonction du contexte et de ses effets prévisibles (mais pas nécessaires vu que justement le résultat final de nos intentions et de nos actions a une composante aléatoire). C’est pourquoi je serais amené à revenir à la fin de ce billet sur une querelle faite à Mediapart par le sociologue Razmig Keucheyan et le journaliste Pierre Rimbert à propos de « l’affaire Cahuzac » sur la dernière page du Monde diplomatique de mai 2013 dans un article intitulé « Le carnaval de l’investigation ». Or, Razmig Keucheyan est également un des co-auteurs d’En finir avec l’Europe.

 

Michéa, entre essentialisme et brouillage politico-intellectuel

 

De livre en livre, Jean-Claude Michéa énonce, reformule et affine depuis une dizaine d’années une thèse principale qui tend à opposer deux types d’essences dans l’histoire occidentale moderne : les essences du Mal constituées par les Lumières du XVIIIème siècle, le libéralisme (amalgamant le libéralisme politique et le libéralisme économique dans ce qui serait une seule logique nécessairement unifiée), l’individualisme et la gauche - toutes les quatre assimilées au capitalisme - et les essences du Bien représentées par le socialisme ouvrier originel et « la common decency » (quelque chose comme une civilité populaire ou sens commun de la solidarité et de la dignité) promue par l’écrivain britannique Georges Orwell, et qui prend souvent l’allure chez Michéa d’une caractéristique intemporelle propre à « la nature humaine » - ce qu’il caractérise alors dans Les mystères de la gauche comme « les fondements mêmes du lien social » (p.45) ou « la trame ultime du lien social » (p.91) - dégradée par le monde moderne. Les essences du Bien auraient alors été perverties par les essences du Mal, ce qui s’accélèrerait avec la phase néolibérale actuelle du capitalisme.

 

Certes, les analyses de Michéa ne se réduisent pas à ce noyau argumentatif et aux débordements polémiques qui l’accompagnent. Michéa est aussi un des penseurs contemporains qui ne se contente pas de circuler automatiquement sur les rails des évidences intellectuelles à gauche. Partant, il contribue au questionnement des impensés de la gauche, des « logiciels » de sa pensée, c’est-à-dire des façons de formuler les problèmes. C’est ainsi qu’il est conduit opportunément à réinterroger les notions mêmes de Progrès et de Gauche, par exemple.

 

Quelle est la nouveauté, dans ce cadre, des Mystères de la gauche ? Pour un lecteur de Michéa, elle apparaît à la marge. Il situe la naissance de ce qu’il pense être les mystifications de « la gauche » en France dans l’alliance entre socialistes et républicains au moment de « l’affaire Dreyfus », alliance qui de conjoncturelle serait devenue un « pacte d’intégration progressive du mouvement ouvrier socialiste dans la gauche bourgeoise et républicaine » (p.21). Et cette hypothèse historique est supposée éclairer les abandons sociaux-libéraux actuels de « la gauche hollandaise » au pouvoir en France, en tant qu’« aboutissement logique d’un long processus historique dont la matrice se trouvait déjà inscrite dans le compromis tactique négocié, lors de l’affaire Dreyfus » (p.23).

 

J’ai déjà, à deux reprises, mis en cause certaines des articulations les plus essentialistes des raisonnements de Michéa [7]. J’indiquerai seulement ici que, dans sa thèse principale :

 

1) Michéa se trompe sur l’analyse historique, comme souvent les philosophes quand ils veulent enfermer les contradictions et les métissages travaillant les processus historiques dans des essences trop « pures ». Ainsi nombre de penseurs des débuts du mouvement socialiste, comme Proudhon, Marx, Bakounine…jusqu’à Jaurès, ou ceux moins connus redécouverts opportunément par Philippe Chanial [8], puisent dans les Lumières de la raison et du progrès, dans la Révolution française et son individualisme, comme dans des ressources du libéralisme politique (les droits individuels et collectifs ou la limitation réciproque des pouvoirs), mais ils le font dans des hybridations avec le traitement de la question sociale. Par ailleurs, les débuts du mouvement ouvrier sont interprétés dans une série de travaux historiques, beaucoup plus étayés que la légèreté philosophique des quelques pages de Michéa consacrées à la question, comme un amalgame entre de telles ressources disparates [9].

 

2) Michéa m’apparaît à côté de la plaque, quant à son diagnostic du moment politique et intellectuel, dans son combat prioritaire et même obsessionnel contre la conversion « libérale-libertaire » de la gauche. Si les sociologues Luc Boltanski et Ève Chiapello ont mis en évidence la récupération par le néocapitalisme des années 1980 et 1990 de « la critique artiste » d’inspiration libertaire développée autour de Mai 1968 [10], et si cette récupération a été mise en musique idéologique par Serge July dans le Libération des années 1980 avec l’expression « libéral-libertaire », « libéral » sur le plan économique et « libertaire » sur le plan des mœurs, c’est une tendance qui est maintenant en partie derrière nous. Avec les laboratoires du blairisme et ce que Keith Dixon a appelé son « réarmement moral » [11] dans les années 1990-2000, le néoconservatisme de George W. Bush dans les années 2000 et les brouillages opérés ensuite par le sarkozysme en France, la pente dominante de l’époque est plutôt, de droite à gauche, à un néolibéralisme sécuritaire, soucieux d’« ordre ». Michéa continue à s’en prendre aux Jack Lang, alors que les Manuel Valls constituent un avenir plus probable pour la gauche française et européenne de gouvernement. En Don Quichotte de la philosophie, il se lance inlassablement sur les mêmes moulins à vent, sans s’apercevoir que le contexte s’est quelque peu modifié !

 

3) En opposant individualisme et liens sociaux, libéralisme politique et question sociale, Lumières et socialisme, Michéa se trompe d’enjeux à mon avis quant à la nécessaire reformulation d’une politique d’émancipation post-capitaliste aujourd’hui. Je fais plutôt l’hypothèse que c’est en métissant de manière renouvelée, en fonction d’une série de défis contemporains, ce que Michéa oppose qu’on trouvera des pistes heuristiques. Je renvoie aux textes dans lesquels j’ai amorcé ce champ d’investigations [12].

 

En interaction avec ses tentations de simplification des problèmes, Michéa écrit dans un contexte spécifique décrit plus haut, où se pose tout particulièrement le problème de l’éthique de responsabilité. Certes, on ne peut pas reprocher à Michéa lui-même la variété des références positives faites à son travail : Marine Le Pen, Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, des militants du Front de gauche ou des anarchistes. Mais on peut s’interroger sur le moment qui rend possible une si étonnante transversalité. Et la prose de Michéa lui-même y contribue en brouillant les pistes et les valeurs : en luttant prioritairement contre l’individualisme, le libéralisme politique (et le libéralisme culturel qui le prolonge), il donne des points d’appui conservateurs à ses lecteurs. Quand il ironise abondamment - dans un style assez « post-moderne » qu’il prétend en même tend récuser d’ailleurs – sur les luttes contre les discriminations (pp. 92 et 100), « la culture de l’excuse » (notion reprise à son compte entre guillemets, p.100), sur « le mariage pour tous » et l’adoption homoparentale (en semblant prendre la défense du mariage traditionnel en tant qu’« institution symbolique », pp.102-106, 110-112, 117 et 123-124), sur les démarches « sans frontières » (comme le Réseau Education Sans Frontières, pp. 114-115) ou qu’il fait l’éloge de « l’identité nationale » (pp.115-116), il accentue les prises conservatrices et mêmes réactionnaires sur ses analyses. Et en prétendant donner un coup (philosophique) fatal à la notion de « gauche », il contribue un peu plus à désarmer les gauches dans un climat favorable à l’association du néolibéralisme économique et des conservatismes, ou pire face à de nouvelles chimères idéologiques en vogue faisant appel à des ressources de gauche dans un cadre d’extrême droite.

 

Issu d’une famille communiste et lui-même militant communiste à une époque, Michéa est aujourd’hui un socialiste libertaire doté de certains penchants conservateurs. C’est un être métis, mais sa philosophie, fascinée par les essences, a du mal à penser le métissage. Dans le contexte actuel, la diffusion de ses propos polémiques risque davantage de nourrir le pôle conservateur que le pôle socialiste libertaire. Prendre conscience de cela, plutôt que n’être attentif qu’à la « pure » vérité de ses idées, c’est ce que Weber appelle l’éthique de responsabilité. Cela n’implique aucunement d’abandonner l’expression des dites idées, mais de prendre en compte, dans leur formulation, le contexte de leur réception et leurs effets prévisibles dans ce contexte. Bref quelque chose comme un principe de précaution à l’échelle intellectuelle.

 

L’obsession anti-européenne de Durand, Keucheyan et Kouvelakis dans une période favorable au nationalisme d’extrême droite

 

Cédric Durand est « économiste atterré » stimulant de la nouvelle génération [13]. Parmi les collaborateurs de l’ouvrage collectif En finir avec l’Europe, il y a d’autres intellectuels intéressants comme le sociologue Razmig Keucheyan – auteur d’un panorama utile des pensées critiques à l’échelle mondiale [14] et réactivateur de la pensée marxiste d’Antonio Gramsci dans l’espace français [15] – ou le philosophe politique marxiste Stathis Kouvelakis – enseignant au King’s College de l’Université de Londres, co-directeur de la revue papier ContreTemps et membre de la coalition de gauche radicale grecque Syriza. Et l’on a besoin de penseurs incisifs pour démystifier les discours et les pratiques de l’Union européenne par lesquels passent massivement aujourd’hui les politiques néolibérales. De ce point de vue, le livre éclaire les aspects les plus contestables des institutions européennes réellement existantes.

 

Malheureusement, ce travail de décryptage critique s’effectue presqu’exclusivement, dans une logique pamphlétaire, à charge, unilatéralement, dans une essentialisation négative de l’Europe. La construction européenne serait, depuis le départ, l’incarnation homogène d’une volonté capitaliste « contre-révolutionnaire ». C’est ce que Durand caractérise dans son introduction comme « l’hypothèse d’une nature contre-révolutionnaire du processus d’intégration européenne » (p.19). Aux mains des capitalistes européens appuyés par l’impérialisme américain, ce projet se serait déployé historiquement sans contradictions. Pour Kouvelakis, dans sa contribution sur « La fin de l’européisme », le néolibéralisme est inscrit « dans le code génétique de l’UEM (Union Economique et Monétaire) », en tant que « matrice d’une convergence stratégique volontaire des classes dominantes d’Europe » (p.53). L’euro serait, quant à lui, « une impitoyable machine de guerre de classe visant à contrôler le coût du travail » et « un moyen par lequel l’hégémonie du capital allemand s’est affirmée sur la scène européenne et, plus largement, internationale » (p.58). D’où le lien nécessaire pour lui entre « rupture avec le néolibéralisme » et « rupture avec l’euro » (ibid.), ce qui constitue une position pour l’instant minoritaire au sein de Syriza. Dans leur texte commun intitulé « Un césarisme bureaucratique », Durand et Keucheyan empruntent précisément la notion de « césarisme bureaucratique » à Gramsci afin de donner un nom au « régime politique autoritaire » que constituerait l’Union européenne (p.89). Ces analyses les amènent à mettre en cause la thématique, jusqu’il y a peu encore majoritaire dans les gauches critiques, de « l’autre Europe » (Durand, p.8), à balayer d’un revers de la main « les variantes soi-disant "de gauche" de l’idéologie européiste » (Kouvelakis, p.57) et à développer une posture sceptique par rapport à la possibilité d’une « européanisation de la protestation » (Durand et Keucheyan, p.103). Si Kouvelakis est le seul à appeler explicitement à une sortie de l’euro, Durand défend dans son épilogue des mesures de protectionnisme national (p. 148), qu’il distingue de manière assez floue de ce qu’il critique comme étant « la réponse souverainiste et nationaliste » (pp.138-139).

 

On retrouve aussi dans ce cas des formes d’essentialisme et de manichéisme. Les auteurs confondent ainsi en général les tendances dominantes à l’œuvre, de façon variable historiquement, au sein des institutions européennes depuis la seconde guerre mondiale avec une supposée essence compacte, qui ne ferait que déployer son « code génétique » originel. Pourtant, qui dit tendances dominantes chez Marx, dit contre-tendances et contradictions, ouvrant des marges jeu à l’action émancipatrice [16]. Nos marxistes anti-européens semblent oublier ces leçons de base de l’analyse marxienne. Des contradictions entre les (ou certains) pays européens et les Etats-Unis, entre pays européens ? Entre fractions des classes dirigeantes ? Des contradictions entre Parlement européen et Commission européenne ? Quelques effets des luttes des classes dominées sur les institutions européennes, en matière de garanties minimales de droits sociaux ? La place de la Confédération Européenne des Syndicats, malgré sa modération et ses logiques bureaucratiques ? L’écho, au moins symbolique, des mobilisations altermondialistes ? Les ambivalences de la politique agricole commune du point de vue néolibéral ? Le caractère positif de l’arène européenne dans la prise en compte des enjeux écologiques contre certaines inerties nationales (dont, pendant longtemps, en France) ? Le dispositif original sur le plan étudiant et universitaire du programme Erasmus, aujourd’hui menacé ? Les tensions et les alliances mouvantes entre instances régionales, instances nationales et instances européennes ?... Contradictions, contre-tendances, résistances, luttes : le lecteur n’en saura pas grand-chose.

 

On peut se demander, par ailleurs, pourquoi, si le projet européen était par essence et dès le départ aussi uniformément malfaisant, Durand, Keucheyan et Kouvelakis ont défendu en 2005 contre le Traité Constitutionnel Européen l’orientation d’une « autre Europe », qu’ils récusent aujourd’hui [17] ? N’a-t-on pas là l’expression d’un aplatissement essentialiste rétrospectif ? En même temps, ne surestiment-ils pas les acquis démocratiques du côté des États-nations, en prenant mal la mesure des tendances oligarchiques lourdes des régimes représentatifs professionnalisés à idéaux démocratiques structurés dans les espaces nationaux ? Et, tout à la diabolisation du niveau européen, ils oublient ce que des analyses sociologiques mettent bien en évidence : la mondialisation en cours ne remet pas en cause significativement « les structures nationales du pouvoir économique » selon l’expression d’Anne-Catherine Wagner [18].

 

Par ailleurs, certaines dimensions de leurs analyses inscrivent les auteurs, à cause de leurs partis pris polémiques, du côté des formes les plus élémentaires du marxisme. Ils tombent ainsi dans le piège des deux travers principaux critiqués par le penseur marxiste Nicos Poulantzas dans son livre L’État, le pouvoir et le socialisme [19] : 1) une vision « économiste-mécaniste » de « l’État comme un simple appendice-reflet de l’économique » (p.16), dans ce cas il s’agit des institutions européennes par rapport à l’économie capitaliste ; et 2) une lecture instrumentale des institutions politiques par rapport à la bourgeoisie, avec « l’imagerie d’un État simple produit ou appendice de la classe dominante » (p.13). Á ces deux travers, Poulantzas oppose une lecture de l’État comme « condensation d’un rapport de forces » entre classes (pp.135 et 141), dotant l’État d’une « autonomie relative » (p.139), alors que des « contradictions de classes » seraient « inscrites dans la structure même de l’État » (p.145), notamment sous la forme de « compromis provisoires entre le bloc au pouvoir et certaines classes dominées » (p.154). Dans cette perspective, Poulantzas rejoint certaines intuitions antérieures de Jean Jaurès, selon lesquelles « l’État n’exprime pas une classe, il exprime le rapport des classes, c’est-à-dire le rapport de leurs forces » [20]. Si, dans son introduction, Durand cite positivement Poulantzas et si Keucheyan a préfacé la nouvelle édition de L’État, le pouvoir et le socialisme, ce sont des choses qui apparaissent oubliées quand sont traitées les institutions européennes.

 

Cette juxtaposition d’un économisme et d’un instrumentalisme (la figure des institutions européennes directement « aux mains des classes dominantes »), ou plutôt cette fusion non réfléchie entre les deux registres, est une manière de réunir dans une même énonciation deux pôles classiquement opposés, selon Bourdieu, dans la tradition marxiste : « une tendance objectiviste » et « une théorie volontariste ». Et Bourdieu de préciser que la vision objectiviste est « plutôt une vision de savant » et la vision volontariste « plutôt une vision de militant » [21]. Dans le genre pamphlétaire choisi, les tiraillements entre la posture du savant et celle du militant ne sont-ils pas particulièrement actifs ? Á l’écart de ce traitement, les sciences sociales contemporaines nous invitent ces derniers temps à articuler sous des modalités renouvelées logiques structurelles et action, dynamiques impersonnelles et dimensions conscientes, effets involontaires et volontés, facteurs objectifs et subjectifs [22].

 

La posture des auteurs du livre révèle aussi un certain inconscient étatiste souvent à l’œuvre chez les contre-experts de la gauche de la gauche. Plutôt que d’orienter principalement leur attention sur la construction de mouvements sociaux à l’échelle européenne et mondiale, ils tendent à donner une grande importance à la confection de mesures applicables à l’échelle de l’État-nation. Si l’on regarde l’histoire des gauches radicales depuis la seconde guerre mondiale, les intellectuels critiques ont plus de probabilités de peser sur la première que sur la seconde (en tout cas s’ils restent critiques !), largement hors de portée en-dehors de la seule rhétorique. Et pourtant ils sont tentés de surestimer la place de la seconde, comme s’ils avaient en eux-mêmes une âme de gouvernant ou de conseiller du Prince, un Lénine qui sommeille ! Il n’est pas étonnant qu’il soit si difficile d’effectuer une critique radicale de l’État moderne et des rapports gouvernants/gouvernés qui en constituent un des axes, alors que la critique du capitalisme apparaît beaucoup plus aisée. Pour ce faire, il faudrait, selon les mots de Bourdieu, « échapper à la pensée d’État sur l’État » [23].

 

Nous présentant une lecture par trop appauvrie de l’Europe, les auteurs écrivent aussi dans un contexte requérant une vigilance spéciale du côté de l’éthique de responsabilité. Car la diabolisation unilatérale des institutions européennes nous laisse devant une solution unique : le repli sur un protectionnisme national. Tout d’abord, cela tend à boucher l’horizon internationaliste, qui est pourtant celui de Durand, Keucheyan et Kouvelakis, en omettant de préciser les médiations concrètes entre repli national et perspective mondiale d’émancipation. Dans un texte paru sur le site de ContreTemps, Durand tente de remplir le vide grâce à une notion magique d’inspiration hégélienne : la « ruse de la raison internationaliste » [24]. Cette ruse est explicitée ainsi : « le détour national qu'implique la rupture avec l'Europe est pour moi avant tout une ruse de la raison internationaliste ; un mouvement stratégique, pas un ralliement à la chimère de l'indépendance nationale ». Ce détour serait « imposé par le caractère désynchronisé des rythmes de la lutte des classes dans les différents pays européens ». Nous devrions alors nous situer dans l’attente qu’« un évènement national porte en même temps en lui un potentiel de contamination susceptible de transformer le régime international ». Encore un écho prégnant de la mythologie de la Révolution d’octobre 1917, qui pourtant n’a finalement pas marché dans ce sens à l’époque ! Le repérage des médiations possibles entre repli national et internationalisme n’avance guère autrement que rhétoriquement comme le plus souvent dans les schémas type « ruses de la raison ». Hegel définit ainsi « la ruse de la raison » : « l’Universel est présent dans les fins particulières et s’accomplit par elles » [25]. Avec cette logique, Hegel, lecteur d’Adam Smith, élargit la figure de la fameuse « main invisible » du marché (supposée permettre que le jeu des intérêts individuels débouche sur l’intérêt général) pour en faire un mécanisme clé de l’histoire. Et, à la différence de Machiavel, il récupère l’aléatoire historique au service, au bout du compte, d’une nécessité historique. Bref, quoiqu’il se passe il y aurait bien un sens, une direction à l’histoire, et je (le philosophe hégélien, le savant marxiste…) possède ce sens. C’est commode et ça ressemble à un beau conte de Noël. On peut d’ailleurs faire varier à l’infini ce type de lecture des événements : pour atteindre la vraie démocratie, je dois passer temporairement par la dictature, pour aller vers le plein emploi je dois passer temporairement par des licenciements…et pour atteindre l’émancipation mondiale du Prolétariat je dois me replier temporairement sur le niveau national, bien que je déteste sincèrement ces « salopards » de souverainistes et de nationalistes !

 

Durand et ses co-auteurs ne proposent pas grand-chose de plus comme médiations concrètes vers « l’Internationale sera le genre humain ». D’abord, sur le plan principal (mais négligé par eux) de l’auto-émancipation des opprimés et de leur auto-organisation : pas d’appui sur les mouvements sociaux européens, pas de préparation de grèves européennes, pas de bataille coordonnée dans les différents pays pour une constituante européenne basée sur l’auto-activité citoyenne, pas de mobilisation des ressources cosmopolites des classes populaires de pays marqués par des vagues successives d’immigration comme la France [26], pas de développement d’un internationalisme pratique à partir de la vie associative locale, etc. Mais il n’y pas plus de propositions internationalistes sur le plan inter-étatique, qui attire pourtant davantage les contre-experts des gauches critiques : pas de liens privilégiés à construire entre pays de l’Europe du Sud pour se détacher du carcan néolibéral, …ou hors de l’Europe - qui ne constitue pas un cadre tabou ! -  c’est-à-dire la constitution de réseaux de solidarité entre divers pays tentant de décrocher du néolibéralisme de par le monde…Ils ne se préoccupent guère, non plus, des effets d’un protectionnisme national sur la situation des prolétaires des pays du Sud. Derrière l’internationalisme affiché, la logique nationaliste apparaît pratiquement première ! On peut toujours se raconter des histoires et y croire…et les auteurs d’En finir avec l’Europe sont sincèrement internationalistes. Mais les bonnes intentions sont peu de choses dans les logiques sociales pratiques.

 

Le piège nationaliste dans lequel s’enferment les auteurs malgré eux est d’autant plus risqué dans une conjoncture où des nationalismes xénophobes d’extrême droite ont le vent en poupe en Europe. Que peut peser le discours de la « ruse de la raison internationaliste » dans un rapport des forces si défavorable pour lui vis-à-vis de ses adversaires d’extrême-droite ? Probablement pas grand-chose. Par contre, le discours de diabolisation de l’Europe et de repli national désarmera un peu plus les gauches dans ce contexte, en s’ajoutant à d’autres dérives nationalistes en cours à gauche [27]. Dans un période plus cool, le discours d’En finir avec l’Europe n’aurait guère été dangereux. Cela aurait simplement contribué à éloigner, une fois de plus, les gauches radicales de leur horizon internationaliste, mais sans risques plus élevés. Par contre, aujourd’hui l’éthique de responsabilité réclamerait plus impérativement du militant internationaliste une explicitation des solidarités internationales combinées avec les mesures politiques proposées sur le plan national. Encore un principe de précaution à l’échelle intellectuelle !

 

Keucheyan et Rimbert contre Mediapart ou comment passer à côté de l’éthique de responsabilité

 

« L’affaire Cahuzac » se présente comme un étrange moment dans les gauches critiques pour mettre en cause Mediapart en général et Edwy Plenel en particulier. C’est ce qu’ont fait pourtant Razmig Keucheyan et Pierre Rimbert dans Le Monde diplomatique de mai dernier. Le courage intellectuel du « politiquement incorrect » ? Ou l’expression de rancœurs  réchauffées ?

 

Les tensions historiques entre Edwy Plenel, alors directeur de la rédaction du Monde, et Le Monde diplomatique plaident plutôt pour la seconde option. Dans cette hypothèse, que Rimbert, fin praticien des aigreurs au Monde diplomatique, mette la main à la pâte, c’est somme toute logique. Que Keucheyan y rajoute la légitimité de Gramsci, en puisant dans son œuvre la notion de « subversivisme » qui irait comme un gant à Mediapart, à Silvio Berlusconi et à Beppe Grillo (oups !), c’est plus curieux. Et traiter Mediapart de « rébellion apolitique » apparaît quelque peu désajusté quand on le lit régulièrement. Cette façon de faire parler ainsi un mort à répétition dans le sens de ses propres penchants ne finit-il pas par devenir un tic : Gramsci contre l’Europe, Gramsci contre Mediapart…et pourquoi pas Gramsci pour Jean-Luc Mélenchon, comme Keucheyan lui-même lors de la dernière élection présidentielle ?

 

Les deux dénonciateurs hésitent alors entre le « rien à signaler » (« Grâce à Mediapart, un ministre en a remplacé un autre. Le pavé dans la mare éclabousse, la question des paradis fiscaux se pose dans l’urgence ; puis une actualité chasse l’autre et tout redevient lisse », mais alors pourquoi le signaler ?) et « l’allié objectif » du conservatisme (« Le subversivisme, en ce sens, exprime un pessimisme quant aux possibilités de changer durablement les rapports sociaux. »). Enfin, peut-on reprocher à Mediapart le fait observable que « la protestation n’a pas trouvé le support collectif qui ferait de cette affaire le symptôme d’un problème plus général » ? En tout cas, les deux auteurs semblent savoir, l’un dans son bureau d’universitaire, l’autre dans son bureau de journaliste, ce qu’est la vraie politique, distincte de cette politique de pacotille promue par Mediapart qui débouche seulement sur la démission d’un ministre : « la mobilisation politique ouvre plus de perspectives que les révélations médiatiques », terminent-ils, sentencieux ! Cependant, leur indécrottable humilité les empêche de publiciser leurs exploits politiques respectifs, tellement davantage vraiment politiques que les petites enquêtes de pacotille à la Mediapart. L’avant-garde intellectuelle qui mène le Prolétariat vers la victoire finale depuis environ deux siècles à une telle éthique de la discrétion, qu’elle évite d’étaler complaisamment ses recettes imparables devant le commun. C’est grand ! C’est beau ! Les journalistes de Mediapart (et surtout ce garnement de Fabrice Arfi !) devraient baisser les yeux en rougissant et lancer en applaudissant : « Chapeau les artistes ! »

 

Mais qu’a donc à faire notre réflexion sur l’éthique de responsabilité de la boule puante lancée par Le Monde diplomatique sur Mediapart ? L’éthique de vérité pousse légitimement le journaliste d’investigation à rendre publique une « affaire » quand les indices sont suffisants. Mais l’éthique de responsabilité incite à prendre en compte aujourd’hui le contexte de réception de ces révélations, afin d’éviter dans la mesure du possible d’alimenter l’aggravation du « tous pourris » ambiant. D’où l’importance des interventions d’Edwy Plenel et d’autres journalistes de la rédaction, sur Mediapart et dans les autres médias, allant dans le sens d’une pédagogie démocratique, associant les « affaires » divulguées et le développement d’une éthique citoyenne. Interventions qui sont justement moquées par Keucheyan et Rimbert, comme par d’autres journalistes irrités par Mediapart : « Dans les jours qui ont suivi le dénouement de l’affaire, le fondateur de Mediapart s’est démultiplié devant micros et caméras au point de monopoliser l’image du site d’information ». D’où la place également de partenariats entre Mediapart et des associations citoyennes d’éducation populaire comme Attac.

 

Et Mediapart dans tout ça ?

 

Au bout de notre parcours, on est face à des intellectuels et à des journalistes critiques qui ne nous sortent guère du marasme intellectuel des gauches, tout en ignorant dangereusement l’éthique de responsabilité. Dans ce paysage, la tâtonnante aventure Mediapart, avec ses imperfections inévitables, ses hauts et ses bas, ses impensés et ses limites, constitue un des rares dispositifs à sauver l’honneur de la gauche. Serais-je alors « vendu à » Mediapart ? Plutôt sympathisant actif et critique. Serais-je asservi au « politiquement correct », selon l’expression chérie d’Eric Zemmour et d’Elisabeth Lévy, chez qui cela donne une image de rebellitude à des formes traditionnelles de conservatisme ? Les tensions entre éthique de vérité et éthique de responsabilité m’apparaissent plus ajustées que les jeux rhétoriques entre le « politiquement correct » et le « politiquement incorrect », qui tendent peu à peu à remplacer la pensée dans les espaces médiatiques comme dans les critiques manichéennes des médias si présentes sur internet.

 

 

Notes :

 

[1] Voir P. Corcuff, La gauche est-elle en état de mort cérébrale ? (Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 2012) et sur Mediapart : « Pendant la crise de la droite, le coma intellectuel des gauches continue… », édition Petite Encyclopédie Critique, 30 novembre 2012.

[2] P. Bourdieu, L’ontologie politique de Martin Heidegger (1ère éd. : 1975), Minuit, 1988.

[3] Dans M. Weber, Le savant et le politique, trad. de C. Colliot-Thélène, La Découverte/poche, 2003.

[4] Voir P. Corcuff, « Merleau-Ponty ou l'analyse politique au défi de l'inquiétude machiavélienne », revue Les Études Philosophiques (PUF), avril-juin 2001/n°2 [en ligne].

[5] P. Bourdieu, Méditations pascaliennes, Seuil, 1997, pp.10-11.

[6] Voir P. Corcuff, « Les Lumières tamisées des constructivismes. L'humanité, la raison et le progrès comme transcendances relatives », Revue du M.A.U.S.S., n°17, 1° semestre 2001 [en ligne)] et La société de verre. Pour une éthique de la fragilité, Armand Colin, 2002.

[7] Voir P. Corcuff, « Impasse Michéa », Charlie Hebdo, n°556, 12 février 2003, repris dans Prises de tête pour un autre monde, Textuel, pp.152-154, et « Michéa et le libéralisme : hommage critique », Revue du MAUSS Permanente, 22 avril 2009 [en ligne].

[8] P. Chanial, La délicate essence du socialisme. L’association, l’individu & la République, Le Bord de l’eau, 2009.

[9] Voir, entrez autres, le livre du sociologue et historien américain William H. Sewell William H, Gens de métiers et révolutions. Le langage du travail de l’Ancien Régime à 1848 (1ère éd. : 1980), Aubier Montaigne, 1983, ou la thèse, basée sur des matériaux historiques quant à la France des années 1830, du philosophe Jacques Rancière, La nuit des prolétaires. Archives du rêve ouvrier (1ère éd. : 1981), Hachette Littératures, collection « Pluriel », 2005.

[10] L. Boltanski et È. Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme, Gallimard, 1999.

[11] K. Dixon, Un digne héritier. Blair et le thatchérisme, Raisons d’agir, 2000, pp.90-93.

[12] Voir, entre autres, P. Corcuff, La société de verre, 2002, op. cit., La question individualiste. Stirner, Marx, Durkheim, Proudhon, Le Bord de l’Eau, 2003, « Individualité et contradictions du néocapitalisme », SociologieS, 22 octobre 2006 [en ligne], « Les traditions libérales et les gauches : pistes critiques en philosophie politique » (communication à un colloque universitaire de décembre 2006 à Lyon), repris sur Mediapart, 28 mai 2008, Où est passée la critique sociale ? Penser le global au croisement des savoirs, La Découverte, collection « Bibliothèque du MAUSS », 2012 et Marx XXIe siècle. Textes commentés, Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 2012.

[13] Voir C. Durand, Le capitalisme est-il indépassable ?, 2010 et, sur Mediapart, « Penser le capitalisme pour l’émancipation », édition Petite Encyclopédie Critique, 16 février 2010.

[14] R. Keucheyan, Hémisphère gauche. Une cartographie des nouvelles pensées critiques, Zones/La Découverte, 2010.

[15] A. Gramsci, Guerre de mouvement et guerre de position, textes choisis et présentés par R. Keucheyan, La Fabrique, 2011 ; voir aussi sur Mediapart : « Antonio Gramsci : vers une nouvelle culture socialiste (par Razmig Keucheyan) » La Revue du projet, n°21, 22 février 2013.

[16] Voir notamment sur ce plan les analyses du philosophe Michel Vadée dans Marx penseur du possible (1ère éd. : 1992), L’Harmattan, 1998, ainsi que mon Marx XXIe siècle, op. cit.

[17] Je dois à mon ami Samy Johsua de m’avoir suggéré cette critique.

[18] Voir la synthèse qu’A.-C. Wagner propose de ces travaux dans Les classes sociales dans la mondialisation, La Découverte, collection « Repères », 2007, pp.32-35.

[19] N. Poulantzas, L’État, le pouvoir et le socialisme, PUF, 1978 (réédition en 2013 aux Prairies ordinaires, avec une préface de R. Keucheyan).

[20] J. Jaurès, L’Armée nouvelle (1ère éd. : 1911), Imprimerie nationale Éditions, 1992, tome 2, p.466.

[21] P. Bourdieu, « Le paradoxe du sociologue » (conférence de 1977), Questions de sociologie, Minuit, 1980, p.90.

[22] Pour un panorama, voir P. Corcuff, Les nouvelles sociologies. Entre le collectif et l’individuel (1ère éd. : 1995), Armand Colin, collection « 128 », 2011, 3ème édition.

[23] P. Bourdieu, Sur l’État. Cours au Collège de France, 1989-1992, Raisons d’agir/Seuil, 2012, p.183.

[24] C. Durand, « Une ruse de la raison internationaliste », ContreTemps web, 29 mai 2013.

[25] G. W. F. Hegel, La Raison dans l’histoire (cours de 1822-1828 et de 1830), 10-18/UGE, 1965, p.111.

[26] Sur « les ressources internationales des immigrés », voir A.-C. Wagner, op. cit., pp.79-83.

[27] Voir P. Corcuff, « De l’impensé nationaliste à gauche », Mediapart, 22 mars 2013.

 

 

* Quelques prolongements sur Mediapart :

- « Monde diplomatique : mesquinerie d’un grand journal », par Antony Manuel, 28 avril 2013

- « Querelle de clochers au Diplo », par Jean-Jacques Birgé, 6 mai 2013

- « En finir avec l’Europe (ou pas) », par Ludovic Lamant, 29 mai 2013

- « Le grand débat : en finir avec l’Europe (ou pas) », débat vidéo entre Pascal Canfin et Cédric Durand, animé par Ludovic Lamant, 27 juin 2013

 

* Post-scriptum 1 (2 août 2013) : On trouvera des réactions critiques et une interpellation  vis-à-vis de ce billet sur le blog de Mediapart de mon ami Samy Johsua : "Une question à Philippe Corcuff : so what ?", 31 juillet 2013 ; j'ai posté mes réactions à ces réactions sous la forme de trois parties dans les commentaires mêmes du billet de Samy Johsua.


* Post-scriptum 2 (3 août 2013) : On lira sur son blog de Mediapart, avec des ressources techniques et politiques différentes de celles, sociologiques et libertaires, que j'utilise, un très bon papier de Pierre Khalfa (co-président de la Fondation Copernic, membre du Conseil Scientifique d'Attac et soutien du Front de gauche) convergeant avec mon essai de dé-fétichisation du "repli national" comme solution unique à la crise européenne en cours : "Le monde enchanté de la monnaie unique. A propos d'un article de Frédéric Lordon", 1er août 2013.


* Post-scriptum 3 (3 août 2013) : Légitimement mon ami Jean-Claude Michéa a répondu à mes critiques sur Mediapart : "En réponse à Corcuff", 2 août 2013; j'ai posté quelques courtes réactions méthodologiques à ces réactions dans les commentaires mêmes du texte de Jean-Claude Michéa (voir ici).


* Post-scriptum 4 (13 août 2013) : Un blogueur libertaire surnommé Cuervo a réagi sur Mediapart à mes critiques quant au livre de Jean-Claude Michéa : "En réponse à Corcuff encore", 8 août 2013; j'ai posté des réactions (en cinq parties) à ses réactions dans les commentaires suivant son billet, pour finir par une ultime mise au point à propos d'un débat mal parti.

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"L’essentialisme : la saisie des réalités socio-historiques comme des « essences », c’est-à-dire des entités homogènes et durables plutôt que traversées par des contradictions sociales et historiques, comme nous l’ont appris des figures de la pensée critique, de Proudhon et Marx à Foucault et Bourdieu..."

Le propos est malheureusement et platement contradictoire. Il faut bien que ces contradictions aient quelque essence, sans quoi il ne serait tout simplement pas possible d'en parler.

 

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L'auteur

Philippe Corcuff

Enseignant-chercheur, engagé dans les gauches radicales, libertaires et altermondialistes
Nîmes - France

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