Retour des années 30 et panade à gauche

Trois cours dans le cadre de l’Université Populaire de Lyon à écouter en ligne : sur le repli national, Soral et Zemmour, l’analyse du FN et les réponses à lui apporter…

Trois cours dans le cadre de l’Université Populaire de Lyon à écouter en ligne : sur le repli national, Soral et Zemmour, l’analyse du FN et les réponses à lui apporter…

 

Dans le cadre du thème transversal de l’année 2013-2014 de l’Université populaire de Lyon « Liaisons dangereuses » (voir le site de l’UNIPOP : http://unipoplyon.fr/),

 

un cours en trois séances sur :

 

Les années 1930 reviennent et la gauche est dans le brouillard

 

 

L’ouvrage de référence pour bâtir la problématique générale de ce cours en trois volets est le livre de Pierre Bourdieu, L’ontologie politique de Martin Heidegger (Paris, Minuit, 1988), et plus particulièrement son chapitre 1. Bourdieu s’y intéresse à l’émergence de ce qu’il appelle « une humeur idéologique » dite « révolutionnaire conservatrice » dans l’Allemagne de Weimar, entre 1918 et 1933. Une de mes hypothèses principales explore dans la France d’aujourd’hui des logiques analogues à celles analysées par Bourdieu. Ainsi une humeur néoconservatrice à tonalités xénophobes-sexistes-homophobes-nationalistes se consoliderait aujourd’hui dans les espaces publics. Cette humeur idéologique néoconservatrice pourrait être le terreau intellectuel facilitant le développement et la consolidation d’un « postfascisme », notamment sous la forme partisane du FN. Si je parle de « postfascisme », en référence à une notion avancée par le géographe libertaire Philippe Pelletier, c’est pour pointer des analogies, mais pas une identité, entre les années 1930 et la situation actuelle. L’émergence de ce néoconservatisme est à mettre en rapport avec le brouillard intellectuel, éthique et politique qui règne largement au sein des gauches aujourd’hui (et que j’ai analysé dans mon livre La gauche est-elle en état de mort cérébrale ?, Paris, Textuel, collection « Petite Encyclopédie Critique », 2012 ; voir sur une présentation sur Mediapart).

 

En conclusion générale (fin de la séance 3), j’insiste sur la fragilité particulière des hypothèses émises au cours des trois séances :

 

« En guise de conclusion générale de l’ensemble des trois séances, je voudrais simplement signaler que les analyses que j’ai avancées dans les trois séances sont largement hypothétiques. Parce que ce sont des faiblesses inéluctables quant on se confronte intellectuellement, on pourrait dire, aux bruissements comme aux brumes de ce qu’on appelle "l’actualité", ce qui est en train de se passer. Et donc quand on se confronte à "l’actualité", il y a une fragilité supplémentaire, tant pour les outils sociologiques que j’ai utilisés que pour les ressources de philosophie politique. Parce qu’il s’agit de rendre intelligible ce qui est, d’une certaine façon, encore "chaud", donc quelque chose qui est susceptible de s’orienter alors dans différentes directions. Et les discours que l’ont peut tenir peuvent contribuer ou pas à faire que cela s’oriente dans telle ou telle direction. Donc il y a une difficulté et une fragilité particulières, disons, à s’affronter avec des outils de connaissance à "l’actualité chaude", d’une certaine façon. »

 

* Séance 1 (11 février 2014) :

 

Retours du national et diabolisations du mondial

 

Lors de cette séance, les figures de gauche et de gauche radicale (Montebourg, Todd, Lordon, Durand et Ruffin) passées au crible de la critique ne sont pas du tout amalgamées au néoconservatisme xénophobe-sexiste-homophobe-nationaliste émergent. Ces figures ont pu et peuvent d’ailleurs dire et écrire des choses tout à fait intéressantes sur toute une série de plans. Cependant, certains de leurs écrits, en participant à valoriser le cadre national comme principal cadre d’action politique et à dévaloriser le monde (et l’européen), sont interprétés comme « désarmant » la gauche dans un contexte risqué, car favorable en Europe en général et en France en particulier à la montée de nationalismes xénophobes.

 

+ Plan de la séance 1 :

Introduction générale (problématique générale du cours)

Introduction de la séance

1 – Une boussole cosmopolitique pour les temps modernes

a) La cosmopolitique kantienne

b) Marx en tension

2 – La « démondialisation » de Montebourg à Todd

a) De Montebourg…

b)…à Todd

3 – Trois figures radicales atterrissant dans le cocoon national : Lordon, Durand et Ruffin

a) Lordon

b) Durand

c) Ruffin

4 – Essentialisme, étatisme et diabolisation des médias : trois faiblesse intellectuelles à gauche favorisant la fétichisation du national

a) Essentialisme

b) Etatisme

c) Diabolisation des médias

En guise de conclusion de la séance

 

On peut écouter la version MP3 de ce cours ici (cliquer sur le lien suivant) : Corcuff-UNIPOP-Retour années 30-1  (environ 1h02)


* Séance 2 (18 février 2014) :

 

Quatre figures actuelles du brouillage idéologique : Laurent Bouvet, Jean-Claude Michéa, Eric Zemmour, Alain Soral

 

Ici la présence de quatre noms dans le titre de cette séance ne signifie pas du tout un amalgame entre eux. Voilà ce qui est dit dans l’introduction de cette séance :

 

« Aujourd’hui, je vais parler d’abord de deux des bricoleurs du néoconservatisme à tonalités xénophobes, qui en constituent, on pourrait dire, deux pôles, Alain Soral, pour le pôle antisémite à l’aura de "rebelle" dans l’underground d’internet, et Eric Zemmour, pour le pôle à dérapages islamophobes à l’aura de "rebelle" cette fois-ci dans les médias dominants. Puis j’aborderai deux "désameurs" à gauche par rapport à ce néoconservatisme, qui contribuent d’une certaine façon à brouiller les repères par certaines de leurs analyses : Laurent Bouvet, pour la galaxie autour du Parti socialiste, et Jean-Claude Michéa, pour la galaxie des gauches critiques et radicales (même si Michéa récuse l’expression "gauche"). Alors, il faut bien préciser ici – car certains on pu croire à une identité à cause du titre – que je rejette clairement l’amalgame entre le couple conflictuel Soral/Zemmour et le couple Bouvet/Michéa. Si les deux couples sont critiqués, on verra, ce n’est pas au même titre. Et si des passages sont passés entre eux, ce ne sont pas des relations d’identité ou de collusion, mais des relations indirectes et beaucoup plus complexes. »

 

Par ailleurs, j’ajoute au début du point consacré à Jean-Claude Michéa :

 

« Il faut noter qu’il y a des aspects tout à faits stimulants des travaux de Michéa – pour moi en tout cas – parce que dans certains livres il interroge de manière critique la religion du Progrès à gauche – et se rapproche disons des courants de la décroissance - ou dans d’autres textes il va explorer une politique alternative à partir de la vie ordinaire, ce qu’Orwell appelle la "common decency" (ou civilité populaire ou encore sens commun de la dignité, qui serait inscrite dans la vie populaire). Mais, sur d’autres plans, Michéa contribue à désarmer la gauche et introduire des brouillages idéologiques avec le néoconservatisme montant. »

 

+ Plan de la séance 2 :

Rappels

Introduction de la séance

1 – Soral, un « national-socialiste », antisémite et nostalgique du nazisme

2 – Zemmour ou les dérapages islamophobes et négrophobes sous dépendance d’un machisme homophobe

3 – Récapitulatif des lieux communs néoconservateurs émergents

4 – Dans la galaxie PS : Bouvet ou « le peuple » essentialisé menacé d’« insécurité culturelle »

5 – Michéa ou les brouillages introduits par un socialiste anarchiste aux penchants conservateurs

 

On peut écouter la version MP3 de ce cours ici (cliquer sur le lien suivant) : Corcuff-UNIPOP-Retour années 30-2 (environ 1h13)


* Séance 3 (25 février 2014) :

 

Quelles réponses de gauche face au Front national de Marine Le Pen ?

 

+ Plan de la séance 3 :

Rappels

Introduction de la séance

1 – Clivage national-racial contre question sociale : un cadre d’analyse socio-politique pour interpréter les progrès de l’extrême droite en France

a) Une analyse constructiviste inspirée de Bourdieu

b) Une mise en perspective historique du FN

c) Le moment « sarkozysme » et le relookage mariniste du FN

2 – Ecueils et pistes pour des réponses de gauche

a) Des réponses erronées à gauche

b) Des pistes alternatives

En guise de conclusion générale

 

On peut écouter la version MP3 de ce cours ici (cliquer sur le lien suivant) : Corcuff-UNIPOP-Retour années 30-3 (environ 1h18)


 

On peut écouter l’ensemble des cours de l’Université Populaire de Lyon sur les « Liaisons dangereuses » ici : http://unipoplyon.fr/enregistrements-unipoplyon-2013-2014

 

* Voir aussi en complément de Philippe Corcuff : « Si jamais vous retrouvez la vraie Elisabeth Lévy… », Rue 89, 24 février 2014

 

* Voir aussi sur Mediapart :

- « En finir avec les idées reçues sur le "FN, parti des ouvriers" », par Marine Turchi, 26 février 2014

- « Hénin-Beaumont : reportage sur un laboratoire du Front national », par Marine Turchi, 26 février 2014

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