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Billet de blog 26 avr. 2020

O2 mon amour -15-

L'océan est devenu mon troisième poumon, et nous respirons ensemble, au rythme des marées. J'ai calé l'ouverture de mes alvéoles sur le gonflement, puis l'expiration de la grande bleue. La mer respire et forme les marées.

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Je me rends évidemment bien compte de ma chance. Mon "ausweiss" quotidien me permettant d'aller fouler la longue promenade qui longe les plages de Lacanau. Comme, ici, la maréchaussée semble plus souple qu'ailleurs, même si l'accès aux plages est encore interdit, c'est plutôt deux fois qu'une. L'océan est devenu mon troisième poumon, et nous respirons ensemble, au rythme des marées. J'ai calé l'ouverture de mes alvéoles sur le gonflement, puis l'expiration de la grande bleue. La mer respire et forme les marées. Les marées ne sont pas des déplacements de masses d’eau, mais des différences de hauteur d’eau : on parle plutôt d’onde. C’est le soulèvement de l’eau, puis le fait qu’elle retombe, qui donnent naissance à l’onde de marée. Tout cela grâce à Newton, au soleil et la lune. J'apprends sur un site savant que « la lune attire l’eau vers elle. Et nos océans sont attirés vers la lune, ce qui crée une marée haute. De même, la Terre est également attirée par la lune, ce qui a pour effet d’élever le niveau de la mer de chaque côté de la terre. Ainsi pendant que la Terre tourne, on a marée haute, marée basse, marée haute, marée basse.» Donc, ce n’est pas parce qu’il y a une marée basse à Lacanau, que la marée est haute en Oregon, juste en face et de l'autre côté de l'Atlantique, suivant cette fameuse ligne du 45 ème parallèle. Les courants de marée peuvent atteindre une vitesse de 20 km/h et sur les côtes françaises, les marées hautes et basses sont séparées de 6 heures environ. Ce lundi 27 avril, par exemple à Lacanau, la mer sera basse 01 h 28 et une première fois haute à 07 h 31. Puis on expire. Nouvelle marée basse à 13 h 43, et haute à 19 h 47.

L’autre élément qui influence les marées est le soleil, qui diminue ou augmente l’effet de la lune. Quand il est à la perpendiculaire de la lune, il diminue son effet et donc la hauteur des marées. Par contre, quand il est aligné avec elle, sa force d’attraction s’y ajoute et forme des super marées hautes et des super marées basses. Pour mesurer leurs amplitudes, il existe donc un coefficient. En ce moment, il est d'environ 80, et peut grimper jusqu'à 120 en été ou hiver, lors ce ces grandes marées. Grosso modo, en arrivant sur les grandes plages, l'océan gonfle ses poumons bleus de plus de 4 mètres. Visuellement, cela se traduit par un retrait de plus de cent mètres de la mer, qui vient lécher les digues, ou s'éloigne de cette distance. Ce que j'appelle ces lentes révérences donnant lieu à un paysage qui change tout le temps. Plages vierges ou déferlements des vagues à nos pieds. Bonheurs de l'Atlantique qui n'est donc fait que d'eau, de respirations et d'ondes. Comme la houle, ce mouvement ondulatoire à la surface de l'eau. Là encore, si on a l'impression en la regardant que la mer se déplace, il n'en est rien : chaque goutte d'eau, pour résumer, reste en place - elle décrit des cercles verticaux puis revient à son endroit de départ. Créée par le vent, elle est caractérisée par sa taille, mais aussi par sa période, la durée entre deux crêtes.
La mer ne serait donc qu'un immense appareil respiratoire, bien utile en cette période, gonflant son torse, ou déridant parfois sa surface, juste plissée comme le visage d'un vieil homme sage. L'autre poumon de la planète, qui couvre 71 % de celle-ci et nous rend un autre et bien bon service. L’océan constitue aussi une formidable pompe qui absorbe près de 30 % des émissions de dioxyde de carbone dues aux activités humaines. Il en contient 50 fois plus que l’atmosphère et est de ce point de vue plus performant que les forêts.
Je comprends mieux maintenant pourquoi je viens m'incliner, au minimum deux fois par jour, et faire le plein d'O2 devant ce bienfaiteur de l'humanité. Un peu comme Mallarmé en fait, qui, dans Brise marine, songeait à voix haute :

« La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe.
»
Pas interdit, donc, en cette sale période, d'avoir le moral à marée basse. On a parfois envie de balancer des bouteilles à la mer. Pas de chance, ce matin, le caviste était toujours fermé à Lacanau-Océan.

A demain, si Covid le veut bien

Suprême NTM - Respire (Audio) © NTMVEVO

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