Lyon : inventive, enjouée, facile à vivre... (3e Partie)

L'ancienne capitale des Gaules, située au débouché des grands cols alpins et au confluent du Rhône et de la Saône, deux importantes voies d'eau navigables, bénéficie à la fin du Moyen Âge des influences des pays limitrophes, tout en étant un carrefour et une zone de circulation intense entre le nord de l'Europe (Angleterre, Allemagne, Pays-Bas) et les pays méditerranéens.
À la fin du 15ème siècle, elle ne compte pas moins de 4 foires annuelles qui, à la demande du roi, concurrencent au maximum les célèbres foires de Flandres. Avec le succès de ses foires, Lyon attire de nombreux étrangers, drapiers, merciers et autres marchands appâtés par les franchises royales, ainsi que les banquiers « italiens » (Toscans et Génois). En ce temps là, les gens de la finance s'intéressent à l'économie réelle.
En 1466, la succursale de la banque Médicis s'installe à demeure, renforçant le développement économique de la ville qui a maintenu ses liens commerciaux avec l'Allemagne.
Dès 1473, Lyon a adopté l'imprimerie, une invention chinoise, reprise et améliorée par les Allemands, dit-on … L’Italie apporte les inventions (beaucoup sont d'origine chinoise) et les idées nouvelles de la Renaissance, et ces idées sont véhiculées grâce aux nombreux imprimeurs, présents à Lyon.
Le métissage y est très important, on y vient d'une grande partie de l'Europe et de la Méditerranée, ce qui lui vaut le surnom de « Myrelingues » (« mille langues ») dans l'œuvre de Rabelais.
Lors des Guerres d'Italie, François 1er la prend comme ville de résidence et, du cœur de la cité, administre son royaume. À la demande de ce roi, elle se lance dans l'activité de la soie (une autre invention chinoise) qui se poursuit encore aujourd'hui.
 

La mondialisation au rythme des caravanes et des voiliers
Il y a une ressemblance frappante entre le monde d'aujourd'hui, qui se « mondialise », et celui de la Renaissance qui fait un ample usage d'inventions de l'Empire du Milieu. Aujourd'hui, le courant de l'innovation s'est inversé : la Chine fait sa croissance avec les découvertes et la créativité de l'Occident.

L'OUiE par Valentin de Boulogne

« Les pires bouleversements de l’histoire ne sont que rythmes saisonniers dans un plus vaste cycle d’enchaînements et de renouvellements. Et les Furies qui traversent la scène, torche haute, n’éclairent qu’un instant du très long thème en cours. Les civilisations mûrissantes ne meurent point des affres d’un automne, elles ne font que muer. L’inertie seule est menaçante.» (Saint-John Perse).

Au 16e siècle, les inventions chinoises, reprises par le génie européen, vont transformer le monde. Sans la Chine, pas d'imprimerie... ni de papier (si important pour la propagation des connaissances) ; pas d'utilisation du charbon alors que les gisements sont nombreux en Europe... pas de révolution industrielle ; pas de vêtements en soie... Sans compas magnétique (boussole)... pas de voyages au long cours, pas de découverte de « l'Amérique ». Sans la poudre à canon, autre invention chinoise... on ne marche pas sur la Lune, pas de station spatiale internationale ni de fusée Ariane... La Renaissance, c'est la mondialisation au rythme des caravanes et des voiliers. On trouve un témoignage de la présence chinoise dans les œuvres de peintres français, comme Valentin de Boulogne (1591-1632), preuve que le contact avec la civilisation chinoise n'est pas anecdotique et ne se limite pas à une transmission par les Arabes ou à la lecture du "Livre de Marco Polo" !

 

François Rabelais. Pentagruel

C'est dans un foisonnement exubérant et libérateur de rencontres, de chocs des cultures, d'idées nouvelles et d'innovations que Lyon, comme tant de villes européennes, va se développer et prospérer. C'est dans ce contexte que Rabelais, alors médecin à Lyon, à « l'Hôtel-Dieu de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône », publie à l'automne de 1532, sous le pseudonyme anagramme d'Alcofribas Nasier, « le Pantagruel », un monument de notre littérature. L'année suivante : « la Pantagrueline Pronostication », un almanach bouffon. Ces deux ouvrages annoncent une longue série de chefs-d'œuvre dont la lumière littéraire, philosophique et éthique resplendit encore dans notre ciel culturel et éclaire la réflexion des hommes. Quelques année plus tard, c'est Michel de Nostredame, dit « Nostradamus », médecin comme lui... à Lyon, qui fait publier ses « Prophéties », puis le « Traité des Fardemens & Confitures » (1555). Dès la Renaissance, Lyon acquiert une importance telle que François 1er, puis plus tard Henri IV, envisagent d'en faire la capitale de la France... 
Avec la Franc-maçonnerie qui connaît son âge d'or au 17ème siècle, Lyon devient la ville de l'Initiation. Elle attire des personnages sulfureux comme Cagliostro et Casanova.... Avec le « Inisme », ordre créé par Papus (Docteur Gérard Encausse) en 1887, la franc-maçonnerie lyonnaise veut réconcilier Dieu et l'Athée. Elle fait rayonner le mysticisme, preuve qu'un Franc-maçon peut être un croyant, autre chose qu'un « laïcard, bouffeur de curé » ou « un républicain pur et dur ». Même si vous y trouvez un patron de bistrot qui s'amuse à mettre de la tête de veau au menu du 21 janvier, date anniversaire de l’exécution de Louis XVI ! 
Lyon est aussi la ville de l'ésotérisme, avec le mage Philippe, médecin, précurseur des médecines douces, qui se posa comme le rival de Rapoustine à la cour de Russie de Nicolas II.

 Ici, on « traboule »
traboule
Le quartier Saint Jean est un endroit merveilleux, avec de très belles maisons du XVIe Siècle. Au numéro 8, rue de la Juiverie, on ne se lasse pas d'admirer la virtuosité et la grand connaissance de l'Antiquité de l'architecte Philibert Delorme (né à Lyon, vers 1510 – Paris, 1570). Un propriétaire, Antoine Bullioud, avait acheté deux maisons voisines donnant sur la même cour. Désirant les relier, il confia à l'architecte qui revenait d'Italie la construction de cabinets et de galeries de communication, en lui demandant de les appuyer sur des trompes, sans empiéter sur le sol de la cour. Malgré ces exigences rendant la construction compliquée, Philippe Delorme réalisa en 1536 un chef d'œuvre d'harmonie et de grâce.

passe-muraille ?

Dans le quartier Saint-Jean, comme ailleurs dans Lyon, on peut emprunter les fameuses « traboules », du latin "trans-ambulare", "trans" (à travers) "ambulare" (parcourir), donc « passer à travers ». La traboule est une voie réservé aux piétons, souvent étroite, qui traverse un ou plusieurs bâtiments pour déboucher dans une cour fermée ou cas plus intéressant, relier une rue à une autre. Ca vous évite de ressortir et de faire tout le tour du pâté de maisons. Encore faut-il bien connaître la ville ! Car n'importe quelle porte d'entrée d'immeuble n'ouvre pas sur un couloir se poursuivant par une traboule ! Très recherchée par les résistants pendant l'Occupation... la traboule reste un raccourci très apprécié des citadins pressés. Depuis 1991, la ville de Lyon conclut avec les propriétaires des conventions pour permettre aux touristes de les visiter. La liste figure sur le site officiel de la ville de Lyon (http://www.lyon.fr). Un conseil : ne vous contentez pas d'appuyer sur le bouton d'entrée de l'immeuble. Dans le même temps, pensez à donner un coup de hanche, ou plutôt de fesse, pour actionner la porte !

 

Lyon : capitale des métiers de la soie

Maisons de Canuts

On trouve aussi ces fameuses traboules sur la colline pentue de la Croix-Rousse, un quartier inclus comme celui de Fourvière dans le territoire classé au Patrimoine Mondial par l’Unesco. En raison de l'importance du dénivelé, les rues épousent les courbes de niveau ou attaquent franchement la pente, avant de finir en escaliers. Les passages nord-sud, dans le sens de la pente, ouverts par les traboules, facilitent la circulation des piétons entre les immeubles. Si la colline de Fourvière, c'est « la colline qui prie », la colline de la Croix-Rousse est la « colline qui travaille ». Allusion aux Canuts, extraordinaires ouvriers tisserands de la soie. Il en reste quelques uns, qui continuent à nous enchanter avec leurs collections. C'est à Croix-Rousse que les Canuts occupaient dans de hauts immeubles, des appartements aux nombreuses et larges fenêtres laissant pénétrer la lumière. Des appartements conçus et dimensionnés pour contenir leurs imposants métiers à bras, auxquels succédèrent les nouvelles mécaniques inventées par leur concitoyen Joseph Marie Jacquard en 1801.

Rire avec Guignol

Guignol 
« Le Métier Jacquard combine les techniques des aiguilles de Basile Bouchon, les cartes perforées de Falcon et du cylindre de Vaucanson. Cette utilisation de cartes perforées est parfois considéré comme l'ancêtre de l'ordinateur. Grâce au Métier Jacquard, il est possible pour un seul ouvrier de manipuler le métier à tisser, au lieu de plusieurs auparavant. « À Lyon, le métier Jacquard fut mal reçu par les ouvriers de la soie (les Canuts) qui voyaient en lui une cause possible de chômage. (Encyclopédie Wikipédia). Jacquard a pensé mettre fin au travail des enfants, c'est tout le contraire qui s'est produit. Ils seront exploités à l'extérieur, loin de leurs parents, ruinés. Jacquard mourra, désespéré par les conséquences de son invention qui aura coupé les parents de leurs enfants; tout en abaissant leurs revenus.» Les révoltes des Canuts vont influencer les grands mouvements de pensée sociale, des Saint-Simoniens à Karl Marx, en passant par Fourier ou Proudhon. Pourtant, les Lyonnais préfèreront toujours, eux, rester fidèles à leur Guignol, une marionnette créée par Laurent Mourguet, ouvrier canut au chômage en 1808. Guignol est une caricature de la société lyonnaise du XIXe siècle. Porte-parole d'une société en pleine évolution, il transmet sa personnalité, ses coups de bâtons et son rire parfois féroce. Il combat l'injustice et brave l'autorité avec humour et bon sens. Guignol reflète beaucoup de sa ville et de ses habitants.

Lyon capitale de l'innovation :  l'industrie de la lumière

Il est stupéfiant de penser que la technologie mise en œuvre dans les métiers des soyeux lyonnais de la Renaissance sera reprise par l'entreprise Brochier de Villeurbanne, dans la banlieue lyonnaise, à la fin du 20e siècle... pour « tisser les chaussettes des radômes, en matériaux composites, renforcé en fibres de verre, logés dans le nez des avions de chasse ou du Concorde » ! (Voir la vidéo sur le site de l'Ina) ... Les mêmes métiers seront remis à l'ouvrage par l’Institut textile de France pour fabriquer des joints textiles pour les intertuiles de la navette européenne Hermès qui, hélas ! ne verra jamais le jour... Seuls des Lyonnais, habitués à tisser des fils de soie invisibles, disposaient des palpeurs pour réussir ces réalisations étourdissantes qu'on retrouve encore aujourd'hui dans les pales d'Eurocopter ! Fabuleux exemples de « fécondation croisée », pour reprendre en ce début du 21e siècle une expression en vogue dans les pôles de compétitivité. Et l'aventure des soyeux lyonnais ne s'arrête pas là... Aujourd'hui, accompagnées par OSEO (pour le développement de projets innovants) et par des financements bancaires, Cedric Brochier Soieries développe dans une autre dimension... celle de la lumière, encore elle ! de véritables œuvres d'Art pour l'aéronautique, le ferroviaire et le bâtiment. De nombreux créateurs de mode installent leur atelier boutique sur les pentes de la Croix Rousse, notamment au Passage Thiaffait, qui abrite le Village des Créateurs. Le dynamisme lyonnais a donné naissance à des créateurs aujourd’hui reconnus : Nathalie Chaize, Millésia-Nina Ricci, Max Chaoul, Marie Michaud Créations, Jean-Claude Trigon, Azuleros, Zilli. Ils attirent une clientèle à la recherche de vêtements "pièces uniques", une clientèle enchantée d’échapper à la standardisation du vêtement contemporain !

Brochier-Oseo

Vu sur LCI (video sur le site Oseo) 

Lyon, capitale de la Résistance

Si elle reste la ville des secrets et des mystères, la belle Rhodanienne ne pratique pas pour autant « la loi du silence », comme a pu le titrer sottement de « grands » journaux parisiens ! Elle reste foncièrement antidogmatique et éprise de liberté, comme le prouve au 20e siècle son engagement qui lui valut d'être glorifiée comme « Capitale de la Résistance »... par le ministre de la Propagande et de l’Information de Vichy en personne ! L'hommage du vice à la vertu ! C’est à Lyon que les trois grands mouvements de Résistance de la zone Sud se sont regroupés autour de Jean Moulin pour donner naissance aux M.U.R. (Mouvements Unis de Résistance). C'est à Caluire, commune limitrophe à Lyon, que les nazis arrêtèrent « Max » et ses compagnons. Le centre d'histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon (14, Avenue Berthelot 7e – tel : 04 78 72 23 11) a entrepris de recenser les lieux où la Résistance lyonnaise s'est construite pendant l'Occupation. 

 Lyon, capitale d'une gastronomie exubérante et joyeuse

Café des Fédérations. Lyon

L'histoire de la cuisine lyonnaise est un autre aspect de notre culture française, très bien représentée dans ce centre historique labellisé par l'Unesco. L'histoire de notre gastronomie commence dans l'antiquité avec Lugdunum, qui détient le monopole du commerce du vin. L'huile et la saumure sont alors importées d'Afrique et de Bétique (région du sud de l'Espagne)... Les habitant savent aussi tirer le meilleur parti des ressources des alentours. Aujourd'hui, on vante les élevages de la Bresse et du Charolais, le gibier de la Dombes, les poissons des lacs savoyards, les primeurs de la Drôme, de l'Ardèche et du Forez, les vins de Bourgogne, du Beaujolais et de la vallée du Rhône. On continue à se délecter de cette cuisine renommée à travers le monde, saluée à New-York par les plus grands chefs. On apprécie toujours autant ses dizaines et dizaines de plats traditionnels comme les carbonnades, les hochepots, les boudins, les fricandeaux... ou, tout simplement, les fameuses « andouillettes caparaçonnées de moutarde » dont se régalaient les contemporains de Rabelais.

andouillettes à la moutarde

On en trouve au menu du Café des Fédération , une « Maison fondée ici depuis bien longtemps... » ! On s'en délecte au milieu d'une ambiance joyeuse, grâce au Chef Yves Rivoiron et sa serveuse. Autre très bonne adresse : « Au Bon Temps », poulet à l’ail... rascasse rôtie à l’estragon... Les recettes des fameuses cuisinières d’antan, celles des «Mères Lyonnaises revisitées dans un excellent rapport qualité/prix", selon nos amis gourmets Dany et Gérard Antonetti de Grand Sud Magazine qui nous signalent que 18 restaurants / Chefs lyonnais ont été étoilés par le Guide Michelin en 2007.

Cliquez pour Grand Sud Magazine

 

Fin de la 3e partie

 

 

Cliquez ici pour retourner à la 1ère partie

Cliquez ici pour retourner à la 2e partie

Cliquez ici pour retourner en haut de la page (3e partie)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.