Politiques migratoires : en Bosnie comme à Calais

Une frontière fermée à certaines populations, une même politique de rejet : les mécanismes en œuvre en Bosnie-Herzégovine à partir de sa frontière avec la Croatie sont similaires à ceux qu’on trouve en France en lien avec sa frontière avec le Royaume-Uni.

Les politiques néolibérales mises en œuvre par Margaret Thatcher et ses successeurs déstabilisent profondément la société britannique. Pour détourner l'attention, les gouvernements successifs surjouent de manière de plus en plus marquée la défense de la frontière avec le continent contre ce qui est présenté comme une menace. On remarquera au passage que, les effets des politiques néolibérales continuant à se faire sentir, cette rhétorique conduit logiquement au Brexit. Toujours est-il que la frontière britannique est de plus en plus difficile à franchir pour les populations considérées comme une menace. Ces personnes mettent de plus en plus longtemps à franchir la frontière, sont de plus en plus nombreuses à être bloquées, sont de plus en plus visibles. Une politique est mise en place sur le sol français de dissuasion par le dénuement et la violence, et d'éloignement de la frontière, à travers les opérations Ulysse qui font suite à la fermeture du Centre de Sangatte en 2002, ou la création des CAO (Centres d'Accueil et d'Orientation - voir ici, ici, ici, ici, ici et ) en réponse au développement puis à la destruction du bidonville de Calais en 2015 - 2016.

Dernière entrée dans l'Union européenne, la Croatie ambitionne de rejoindre l'espace Schengen. Elle doit pour cela démontrer sa capacité de contrôler ses frontières, à la fois nord (frontière extérieure de l'espace Schengen) et sud (frontière extérieure de l'Union européenne). Elle a donc mis en place une politique d'interception à sa frontière sud, aux approches de sa frontière nord, mais aussi sur l'ensemble de son territoire, de dissuasion par la violence, et de refoulement illégal vers la Bosnie-Herzégovine, par laquelle transitent une grande partie des exilé-e-s traversant les Balkans pour gagner l'Union européenne. La politique menée par la Croatie agrée à la Commission européenne, qui vient de recommander son intégration à l'espace Schengen.

Les exilé-e-s sont donc de plus en plus nombreux-ses à être bloqué-e-s en Bosnie-Herzégovine près de la frontière croate, et de plus en visibles. L'attitude de la population et des autorités locales est contrastée, entre acceptation, indifférence, solidarité, hostilité. Il n'y a pas pour le moment en Bosnie-Herzégovine de politique de dissuasion par la violence comme c'est le cas en France. Des solutions de mise à l'abri précaires ont pu être mises en place.

Mais la dernière en date est un campement insalubre situé sur une ancienne décharge, à Vučjak, qui est devenu un scandale humanitaire et sanitaire. L'OIM (Organisation Internationale des Migrations) intervient alors en mettant en place des solutions d'accueil, financées par l'Union européenne, près de Sarajevo, loin de la frontière croate que les exilé-e-s veulent franchir. Les exilé-e-s refusent d'être éloigné-e-s de la frontière. Les opérations de mise à l'abri, comme en France, se transforment donc en opérations policières. Comme en Afrique, l'OIM intervient comme prestataire de service financé par l'Union européenne pour éloigner les exilé-e-s de ses frontières, sous couvert d'opération humanitaire. Il est probable que les exilé-e-s reviendront vers la frontière et s'y réinstalleront, dans des conditions encore plus précaires.

Plus d'informations sur le fil d'actualité du Courrier des Balkans :

https://www.courrierdesbalkans.fr/fil-info-refugies-2019-decembre

 

 

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