Lorsqu'un-e élève risque d'être expulsé-e avec ses parents, la déchirure du vivre ensemble que cela représente suscite l'indignation et la mobilisation, au-delà des organisations et des appartenances militantes. Lorsque les autorités expédient, souvent dans un lieu isolé, des exilé-e-s de Calais, puis de Paris et de Grande-Synthe, des solidarités se mobilisent également, y compris dans des endroits qu'on aurait croire hostiles, et le regard change souvent. Les États Généraux des Migrations (voir ici et là) sont nés aussi de l'apparition de cette multitude d'associations et de collectifs sur tout le territoire, qui traduisent l'existence d'un courant d'opinion vivace en faveur de l'hospitalité.
La solidarité peut aussi naître de l'image, celles des exilé-e-s arrivant en Europe à l'été 2015, de l'accueil et du non-accueil rencontré, qui ont suscité la mobilisation de volontaires à travers toute l'Europe, de Calais aux îles grecques. Et derrière ces volontaires, des solidarités de proximité, pour collecter des dons en argent et en items de première nécessité quand le non-accueil précipitent les personnes en exil dans le dénuement.
Mais l'Union européenne et ses États membres sont aussi en guerre contre la solidarité. Et l'un des moyens de cette guerre est la mise à distance. Ici, en rendant plus expéditives les procédures, en rendant plus difficiles d'accès les lieux d'hébergement, en essayant autant qu'il est possible de ne pas scolariser les enfants. Ailleurs en éloignant les exilé-e-s des frontières européennes.
Et quelle est notre capacité à nous mobiliser aujourd'hui quand les gardes-côtes marocains tirent à balle réelle sur les bateaux d'exilé-e-s, quand les polices marocaine et algérienne raflent les personnes noires et les déportent dans le désert, quand les gardes-côtes libyens interceptent les exilé-e-s et les ramènent dans les camps des milices ou du gouvernement, quand les routes de Niger se couvrent de checkpoints qui obligent les exilé-e-s à prendre des routes toujours plus dangereuses, quand l'armée turque tire sur les réfugié-e-s syrien-ne-s et que les autorités turques expulsent par charter vers l'Afghanistan, quand nos amis dans la "lutte contre l'immigration clandestine" sont le président génocidaire du Soudan ou le président dictateur et fossoyeur des derniers espoirs du printemps égyptien ? Quand morts, rafles, tortures, viols, déportations, ont lieu pour le compte de l'Europe, mais hors de l'Europe ?
Alors que les États Généraux des Migrations réfléchissent à d'autres politiques migratoires, il est important de ne pas perdre de vue que celles-ci s'exercent aussi hors de France et d'Europe. Et de prévoir peut-être un axe de travail "loin des yeux, mais près du cœur".