Le jour d'après : 1. refuser de partir en vacances

La Commission européenne, qui brille par son absence face à l’épidémie de coronavirus, a trouvé une idée : rouvrir les frontières. Pour rétablir notre liberté de circuler ? Non, pour que nous courions renflouer l’industrie touristique. Mais n’est-ce pas un moment où nous avons mieux à faire de notre temps libre ? À commencer peut-être par le libérer.

Nous avons vécu - de manière très différente selon que nous travaillions ou pas - deux mois de confinement. Il y a un virus qui circule parmi nous, nous ne savons pas qui peut en être porteur-se, puisque le gouvernement, par imbécilité, avarice de notre argent ou perversité, s'est refusé à tout dépistage précoce à grande échelle qui aurait pu permettre de juguler la contagion. Il y a des liens à renouer, une sociabilité à revivifier en l'adaptant à ce contexte particulier. C'est peut-être important d'en prendre le temps.

La pression a été forte sur les personnes les plus âgées, à la fois le sentiment d'être les plus vulnérables au virus et la peur de ne pas être soignées si les services de réanimation sont pleins, soinpalliativation au tri, direction la mort. Une sortie de l'isolement doit se faire, au rythme de chacun-e, et ça aussi c'est un temps important à prendre.

Et puis les enfants se sont tapés deux moins enfermés avec leurs parents de manière générale, la seule sortie qu'on leur propose c'est une école corsetée par des règles maltraitantes, inadaptée à leurs besoins et à leurs rythmes. Et là encore il y a du temps à prendre pour qu'ils et elles retrouvent un rythme, une sociabilité, notamment avec d'autres enfants mais pas seulement, répondant à leurs besoins. Avec cette incertitude que les enfants peuvent le plus souvent être porteurs du virus sans développer de symptômes, peuvent peut-être le transmettre, et que pour l'instant on ne sait pas bien. Mais on ne peut pas considérer que jusqu'à ce qu'on ait un vaccin, deux ans peut-être, l'alternative soit entre le confinement et des protocoles sanitaires inadaptés, et il va falloir retrouver des espaces où les enfants puissent vivre.

Donc il y tout ça à faire, plus une crise économique et ses conséquences sociales pour l'instant masquées, mais qui ne va pas tarder à faire irruption dans nos vies, collectivement il y a un combat à mener pour que les choses soient les moins mauvaises possibles.

Alors bien sûr ça n'oblige pas à passer ses congés chez soi, ça n'empêche pas de partir en vacances, ni même de franchir les frontières. Mais endosser en sortant du boulot sa tenue de parfait-e consommateur-trice pour courir au secours de l'industrie touristique, nous avons peut-être des choses plus importantes à faire.

 

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