Coronavirus macronensis : la spoliation

La grande distribution annonce des dizaines de millions de masques. Elle a décidé de les acheter. Pas l’État. Pénurie de masques, de blouses, d’anesthésiques, de tests, de lits : l’exécutif a tenu son cap, dépenser le moins possible. Il s’agit pourtant de notre santé, et de notre argent – celui de nos impôts, de nos cotisations sociales.

La grande distribution peut donc annoncer qu'elle disposera de dizaines de millions de masques chirurgicaux pour les vendre, tandis que de grandes entreprises se procurent de précieux masques FFP2 par millions. Peut-être en utilisant les contacts que le ministère de la santé a refusés pour l'approvisionnement des personnels de santé. On comprend qu'en fait il suffisait de les acheter. Et que le gouvernement ne l'a pas fait (voir ici et ).

Si le Covid-19 fait de l'ordre de cent fois moins de mort-e-s en Corée du Sud qu'en France, c'est parce qu'il y a eu des tests produits très tôt, en quantité, une organisation mise en place pour identifier les personnes porteuses du virus et remonter leurs contacts pendant les deux semaines précédentes, tester ces personnes pour savoir qui porte le virus, des hôpitaux dédiés ont été mis en place pour soigner les personnes malades - et pas seulement les cas les plus graves - sans risquer de contaminer les autres hôpitaux, des hébergements ont été mis en place pour le confinement des personnes asymptomatiques ou présentant des symptômes bénins. Et la population n'a pas été confinée.

Et bien sûr tout cela a coûté de l'argent. La Corée du Sud est un pays bien moins riche que la France. Son PIB est moitié moindre, son PIB par habitant de 28 000 $ - 43 000 $ pour la France. Le gouvernement sud-coréen a choisi de consacrer le budget qu'il fallait à la santé de la population. Le gouvernement français a choisi de ne pas le faire.

Pourtant la population sud-coréenne n'étant pas confinée l'économie continue à fonctionner, au contexte de crise mondiale près, et il n'est pas dit que la Corée du Sud ne s'y retrouve pas financièrement au bout du compte. Le raisonnement de l'exécutif français n'est donc pas un raisonnement gestionnaire, c'est un raisonnement doctrinaire. Et nous nous en trouvons à apprendre dans la douleur en bons petits rats de laboratoire du néolibéralisme qu'il ne faut pas s'attendre à ce que l'État résolve les problèmes - on produit des masques bénévolement pour les hôpitaux, où on pousse les murs, on diffère les soins non urgents, mais surtout on n'ouvre pas de lits en suffisance pour permettre au reste de l'hôpital de fonctionner normalement, on apprend à faire avec des masques périmés et des blouses en sacs poubelles, on apprend qu'il peut y avoir des critères pour sélectionner les personnes ayant accès aux soins coûteux (voir ici et le blog de Dominique Vidal)... On apprend qu'il y a de l'argent pour des drones mais pas pour des masques... On apprend qu'on peut être enfermé chez soi sans préavis, et que notre droit à circuler dans l'espace public est soumis à l'arbitraire policier.

Cohérent avec lui-même, l'exécutif utilise l'épidémie pour pousser son projet de société. Bien sûr nous pouvons ne pas apprendre. Mais les incantations ne suffiront pas à construire une force sociale susceptible de porter et de concrétiser une alternative politique.

 

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