Première Conférence Internationale sur les Îles Flottantes à Tahiti du 15 au 18 mai

L'humanité est à pied sec sur moins de 30% de la planète. Et ce n'est pas près de s'améliorer à cause de l'érosion côtière due au changement climatique. Poussés à assurer notre survie, c'est à dire à nous nourrir, à gérer nos ressources et à nous abriter, nous voici contraints d'observer et d'apprendre les usages savants des civilisations nautiles premières, preuves de leur capacité d'innovation.

À la Une du Club de Médiapart le 24 mai ici : 

C'est à l'hôtel Le Méridien de Punaauia (Tahiti) qu'a trouvé refuge le pélérinage océanique transverse des cerveaux en provenance des Îles Cook, des Îles Marquises, des Îles Samoa, des États-Unis (Hawaï, Nevada), d'Europe occidentale (Hollande, France) et des moyens financiers les plus avancés sur la question de l'adaptation de l'habitat humain aux mutations bioclimatiques marines dans le Pacifique sud.

En effet, le projet du Seasteading Institute, basé à Oakland dans la baie de San Francisco en Californie (1), est emmené depuis 2012 par l'étasunien Randy Hencken (2), son pour le moins pragmatique Directeur Exécutif et aujourd'hui PDG de sa société dérivée Blue Frontier. Randy dirige le projet de Ville Flottante depuis 2013 et l'a co-fondé avec son Directeur de campagne trans-océanique mondiale Joe Quirk (3), le conférencier Seavangelist. Il s'est donné, accompagné d'industriels et d'investisseurs, les moyens de convaincre le gouvernement de la Polynésie Française par ses ambitions bio-économiques. Voir sur Tahiti Infos : "Projet d'Îles Flottante : mise à l'eau prévue en 2018" ici :  

Inspirée du mouvement Libertarien issu des quêtes historiques utopistes de la philosophie des Thomas Moore et Charles Fourrier, qui est intéressante à suivre, la branche nord-américaine est beaucoup plus récente et provient de dissidents du parti politique démocrate : saupoudré, le tout sociétal "Techno-Révolutionnaire" en pleine "Siliconisation du monde", le cocktail prendra assurément.

 "L'Océanie, la Polynésie sont et ont toujours été des océans d'innovation" concluait Pascal Erhel Hatuuku (4), le robuste et subtilement facétieux Consultant en Tourisme, Culture et Environnement, de descendance marquisienne, après qu'il eût rappelé à son auditoire composite (des intellecuels, des ingénieurs, des architectes, des experts en développement durable, en traitement des déchets, en autonomie énergétique, en design etc.) les éléments de la tradition polynésienne qui étaient simplement liés au bon sens et à l'observation : le lien entre l'homme et la nature que nous tentons de retisser à la hâte de nos jour. Et de nous rappeler que les terminologies occidentales modernes comme le catatamaran, le multicoque, la permaculture, l'hydroponie, le bouturage, le marcottage, la mise en jachère, la dessication, l'habitat bio-climatique, en un mot le biomimétisme, sont issus des traditions autochtones océaniennes :

"Les polynésiens sont les premiers "Seastdeaders." (...) Durant leur installation dans les îles rencontrées, nos ancêtres ont fait preuve à maintes reprise d'innovation. Je souhaite simplement rappeler que des terminologies profondément modernes, qu'on utilise aujourd'hui, s'appliquaient déjà à l'époque de nos aïeux. Ils fûrent d'ailleurs confrontés à des problèmes de grande actualité : croissance démographique, pression sur les ressources écologiques, changement climatique...Ils réussirent à les surmonter grâce à leur capacité d'adaptation, une discipline rigoureuse au sein de la communauté, leur permettant de développer des visions spécifiques de la gestion du temps et de l'espace." (...)  (In : “Les Traditions Polynésiennes faisant face au changement climatique”. (Voir la suite sur le document vidéo ci-dessous)

Tua Pittman (5), Maître Navigateur émérite sur l'habitat des eaux, fils des Îles Cook, orateur de l'Oracle de ses Tupuna (ancêtres), pêcheur d'astres marins et Compagnon du savoir nautile qui ne se départît pas non plus d'un certain humour, nous offrait l'Opus d'ouverture sur les Eaux en ces termes :

"Me voici devant vous en ce jour, fils de la Polynésie. Je me tiens ici comme un homme qui appartient au genre humain auquel nous appartenons tous. Et la raison pour laquelle je suis là est que je suis un insulaire (Islander). J'appartiens à la même île à laquelle appartient chacun d'entre vous : cette Île qu'est la Terre ! Pendant des années j'ai vécu dans cet endroit... ici...c'est ma maison... l'Océan Pacifique ! Observez bien que là, il n'y a pas de frontières... Tout cet océan ici, appartient à la famille d'un peuple très fier et puissant qui vivait sans frontières. Quelqu'un vint d'Europe il y bien longtemps et nous sépara en délimitant les frontières qui séparent la Micronésie, la Polynésie et la Mélanésie"... In : “Ma pirogue est mon île, mon île est ma pirogue." (Voir la suite au début du document video ci-dessous)

L'événement recueuillait aussi les contributions d'un futur proche grâce aux travaux des jeunes chercheurs polynésien(ne)s tels : Lenick Perennou, Doctorante en Architecture, Chercheuse sur l'Architecture Flottante en Polynésie. École Nationale d'Architecture et de Paysage de Bordeaux : "Architecture Flottante en Polynésie Française ?" (Voir sur le document vidéo à 55mn et 17 sec)  

Pauline Sillinger, Spécialiste en Éco-conception et Developpement Durable étudiante en développement durable, permaculture et sociétés autochtones et son intervention sur la beauté, le design de la nature et le biomimétisme : "La nature comme référence de bas pour concevoir : une introduction à l'éco-conception et comment créer des communautés florissantes ?" (Voir sur le document vidéo à 1h09 min 37 sec)

Alexandrine Wan, Étudiante en développement durable et en économie avec sa présentation sur le Tourisme Durable en Polynésie française une connaissance approfondie du tourisme et est spécialiste du tourisme durable. Elle a complété un Certificat d’Etudes Supérieures sur la durabilité de l’Université de Harvard : Dévelopement d’un Tourisme Durable : nous croyons au MANA”

Et Marc Collins, ancien Ministre du tourisme du gouvernement de Polynésie Française de 2007 à 2008. En 2010, il a lancé le premier fournisseur alternatif de services Internet de la Polynésie française, Viti, offrant le premier réseau sans fil 4G sur l’île de Tahiti. De mars 2012 à mars 2013, Marc a occupé le poste de directeur de zone, îles du Pacifique, pour le câble sous-marin Hawaiki, qui reliera bientôt la Nouvelle-Zélande à Hawaï. et son intervention : "Pourquoi Tahiti ?" 

Cette jeunesse Polynésienne, en participant activement à ce brainstorming d'envergure aquasphérique, a retrouvé son héritage d'ingénierie riche de deux millénaires, ainsi a-t-elle a repris naturellement sa place en matière de recherches et de sciences innovantes appliquées, mais aussi de développement de Start-ups' qui susciteront de l'intérêt, avec ce type de projet qui créé de l'émulation et de la dynamique auprès de ses cadets.

La Grand-Messe pour notre salut sur l'amniotique urbanité du Nouveau-Monde qui nous tend les bras, enfin libres sur les Eaux, continuera de faire des adeptes, et je dois confesser qu'en l'état des lieux où nous sommes alarmés, nous n'avons plus d'autre choix que celui de nous jeter à l'eau.

La Seasteading conférence nous a certes permis de voir les limites des porteurs du projet, et nous a aussi permis des les découvrir en tant que business-men... Néanmoins, je suis persuadé que la Polynésie doit réussir à en tirer le meilleur pour viser ce qu'elle a à y gagner.

Soley' !

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(1) À la fois ONG, think-tank non lucratif et projection du lieu d'ou émergerait la meilleure solution de gouvernance alternative par la création de nano-nations flottantes et indépendantes (dont le projet prévoit qu'elles soient reconnues à terme par l'ONU) sur l'autre moitié de la surface des eaux disponibles de notre aquasphère libres de toute revendication territoriale et géo-politique. Le Seastanding Institute engagera quelques 66 millions de dollars dans le "petit" projet pilote de Tahiti sur deux ou trois plateformes accompagné des technologies hollandaises existantes. Vaste comme l'Europe, la Polynésie Française serait le point de départ d'un âge nouveau, d'une nouvelle ère aquatique.

(2) Randy Hencken (californien diplômé de la  San Diego Business Administration University) décidà que fusionner les objectifs de l’Institut et les méthodes des villes-start-ups était la première étape la plus pratique pour développer le mouvement de Seasteading. Au nom du Seasteading Institute, Randy a signé le protocole d’entente avec la Polynésie française le 13 janvier 2017. Discours à Tahiti : "Qui sommes-nous ? Et pourquoi sommes-nous ici ?

(3)Joe Quirk : Seavangelist et Auteur au sein du Seasteding Institute ; Co-Fondateur de Blue Frontiers “Emplois bleus sur la frontière bleue” Il est l’auteur, avec le soutien de Patri Friedman, de : “Seasteading : How Floating Nations Will Restore The Environment, Enrich The Poor, Cure The Sick, and Liberate Humanity from Politicians”. Joe est profondément impliqué dans le seasteading et fait passer le mot depuis qu’il en a découvert l’idée en 2011. 

 (4) Pascal Erhel Hatuuku : A passé son enfance en France et est revenu à Tahiti il y a plus de 20 ans pour se plonger à nouveau dans sa culture natale. Il a créé OATEA en 2001, une société de conseil en tourisme, environnement, arts et culture. De la création d’un centre culturel à la mise en place d’une piste de randonnée, de guide-conférencier à l’apprentissage professionnel, autodidacte et touchant à tout, Pascal Erhel Hatuuku a été conseiller technique des gouvernements de Polynésie Française sur les thèmes qui lui sont chers : la Culture, le Tourisme et l’Environnement. Il est également responsable du projet Îles Marquises - Unesco, ainsi que le secrétaire général de la fédération culturelle de Motu Haka depuis 1999. Il est un membre actif des associations polynésiennes et des ONG à caractère patrimonial (culture-nature). Pascal a été la force motrice de l’innovateur « Marine Educational Protected Areas » (Aires Marines Éducatives Protégées) qui a débuté dans les Marquises, qui est maintenant exporté à travers le monde.

(5) Tua Pittman est l’un des deux maîtres navigateurs traditionnel des îles Cook, il a reçu le titre de navigateur Pwo en 2008. Pwo est un rituel d’initiation sacré, dans lequel les étudiants de la navigation traditionnelle dans les îles deviennent des navigateurs maîtres et sont initiés aux secrets de cet art ancien. Tua a navigué en pirogue depuis plus de trente ans et a parcouru de nombreux milles marins, naviguant sans utiliser d’instruments modernes, en utilisant un système de navigation traditionnelle basé sur les observations des étoiles, du soleil, de la lune, de la houle océanique, du déplacement des oiseaux et d’autres indicateurs naturels. Il est membre du conseil d’administration de la Cook Islands Voyaging Society et est associé à la Polynesian Voyaging Society de Hawaii. Il est également sous-chef dans le district de Takitumu de Rarotonga, titulaire du titre de Teaia Mataiapo.

Projet d'Architecture. Projet d'Architecture.

Le programme Le programme

L'intervention de Pascal Ethel Hatuuku dès la 13ème minute et 45 secondes. © seasteading

Pascal Erhel HATUUKU Pascal Erhel HATUUKU

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