Agents russes en France, que fait le pouvoir ?

Le 12 septembre 2020, j’informais qu’un groupe d’agents des services secrets russes participe place Wagram à Paris à la manifestation des Gilets jaunes. Bien que, dès 2018, j’eus prévenu les autorités si promptes à réprimer les Gilets jaunes, celles-ci restent inactives en présence d’agents russes.

GRU place Wagram © Pierre HAFFNER GRU place Wagram © Pierre HAFFNER
Le 12 septembre 2020, j’informais qu’un groupe d’agents des services secrets militaires russes participe place Wagram à Paris à la manifestation des Gilets jaunes.

Cette manifestation a dégénéré lorsqu’elle s’est dirigée vers les Champs-Élysées en compagnie de ces hommes équipés de lunettes de piscine, de foulard pour se masquer le visage et d’une batte de baseball.

Le lundi 14 septembre au matin j’ai appelé les RG qui m’ont affirmé avoir lu ma page Facebook, où sont disposées ces informations.

De graves incidents ont terni cette manifestation à laquelle participaient des agents d’une puissance étrangère. Ont-ils été interceptés ? A ma connaissance, non. Ces individus sont venus avec des visas. Ils sont facilement identifiables.

Je repose la question : qu’ont fait nos autorités pour les arrêter et interroger ces individus ?

Depuis le 1er décembre 2018, c’est-à-dire 15 jours après la première manifestation des Gilets jaunes, je savais que des agents russes étaient présents. J’avais prévenu les autorités. 22 mois après, malgré les mobilisations exceptionnelles de toutes les polices et services de renseignements de notre pays à l’occasion de ces manifestations, rien n’a été fait.

Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER
Je republie les photos que j’ai prises ce 12 septembre. Ces mercenaires sont issus d’une même mouvance criminelle et militaire, traditionnellement tatouée, dans laquelle recrutent les compagnies militaires privées russes, telle « Wagner » dirigée par Prigogine, le cuisinier de Poutine, c’est-à-dire Poutine lui-même.

Dans n’importe quel pays, ces agents étrangers auraient été arrêtés le lendemain même de ma publication.

 

Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER
Ce 12 septembre, parmi la foule jaune et noir, le regard de colosses aux yeux bleus et bridés a attiré mon attention. Je me suis rapproché de ce groupe de six hommes, tous étaient étrangement tatoués. J’ai reconnu une langue qui m’était familière sur le bord de la Volga. Mais nous étions sur les rives de la Seine.

 Depuis le 1er décembre 20018, je savais que les services secrets russes étaient assidus des manifestations des Gilets jaunes. Il n’est pas question du très officiel média « Russian-Today », chargé de collecter des images des manifestations parisiennes. Projetées sur les écrans nationaux russes, ces scènes d’apocalypse démontrent que l’Occident est décadent. Elles autorisent Poutine à poser la question à son public effrayé : « Voulez-vous que ce soit chez nous comme à Paris ? » Bien sûr que non ! La Russie restera stable grâce à Poutine. Il protège la Russie.

Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER Tatoué place Wagram © Pierre HAFFNER
Mais la Russie ne fournit pas que les caméramans de « Russian Today ». Elle procure aussi secrètement des acteurs très particuliers à ces manifestations. Le 12 septembre 2020, je les ai vus et entendus place Wagram. Le groupe s’est équipé en ma présence pour le combat. Ses membres ont chaussé comme un seul homme lunettes de piscine. Ils se sont caché le bas du visage avec un foulard et ont sorti une batte de baseball. Je l’ai vue. Les fragments de tatouages, qui débordaient de leur vêtement, m’ont informé que j’avais devant moi des mercenaires. Ces graphiques sont typiques du monde criminel russe et de l’organisation « A U E », « Арестантское Уголовное Единство ». Elle est apparue dans les années 1990. Elle formait les adolescents au crime. Depuis elle a été interdite, mais ses membres sont toujours contrôlés par le FSB. Ces hommes ont un passé criminel et mafieux. Je me suis approché le plus près d’eux pour les écouter. Malgré le brouhaha de la foule, les accents slaves étaient audibles. A un moment l’un d’eux a élevé la voix et a dit : « Что ты делаешь » soit « Que fais-tu ? ».

 

Tatoué place Wagram avec lunettes et foulard © Pierre HAFFNER Tatoué place Wagram avec lunettes et foulard © Pierre HAFFNER
Ils sont venus à Paris, missionnés par les services secrets militaires russes, GRU, non pas pour visiter une exposition culturelle, mais pour en découdre dans les manifestations. Ce ne sont pas des espions du GRU, car les espions n’ont pas de tatouage pour ne pas se faire remarquer. Mais le GRU recrute pour ses basses besognes dans les Spetsnaz et le milieu qui porte de tels tatouages. L’assassin présumé du Géorgien Khangosvili arrêté à Berlin est tatoué. C’est un ancien des spetsnaz Vympel. Le GRU utilise les mercenaires de la Compagnie militaire privée « Wagner ». Leurs exactions sont tristement célèbres au Donbass et en Syrie. Ce 12 septembre, en fin de manifestation, ils se sont regroupés pour retourner au bercail. Compte tenu de toutes les maladresses qu’ils ont accomplies, il s’agit de criminels de bas étage recrutés sur contrat par les services secrets russes. Ces derniers ont besoin de Blacks-blocs supplémentaires dans les manifestations parisiennes.

 

Un agent russe se cache le visage © Pierre HAFFNER Un agent russe se cache le visage © Pierre HAFFNER
Le samedi 1er décembre 2018, un ami russe, qui ne parle pas français, s’est égaré. Incapable de retrouver son hôtel, il avait demandé en anglais son chemin à des manifestants. Il s’est adressé à des hommes d’apparence slave et à l’allure sportive.   Ces personnes lui ont répondu en anglais, mais avec un fort accent russe. Lorsque mon ami a compris que ses interlocuteurs étaient des Russes, il a reposé la question en russe. Cela a provoqué immédiatement la disparition de ces quatre personnages qui de toute vraisemblance ne voulaient pas être identifiés en tant que Russes à cette manifestation de gilets jaunes. Mon ami, expérimenté, m’avait dit : « Ces hommes sont des agents russes ».

Dès 2018, j’avais communiqué les informations, dont je disposais, aux RG de Bayonne. Plus tard, j’ai rédigé un dossier que ceux-ci ont refusé. Ils m’ont renvoyé au commissariat qui n’a rien compris à ce que je disais et m’a renvoyé aux RG. Ces derniers refusent toute information par E-mail, par clé USB. Ils ont peur des virus. Bien sûr, ils lisent ma page Facbook et mes articles. Mais je ne peux pas tout publier contre Poutine par confidentialité. Comme je suis têtu, je suis revenu sonner à leur portail. Ils ont refusé de descendre, et seul le concierge au travers des barreaux de la grille a pris les documents que j’avais imprimés en me promettant de leur remettre.

Par contre, leurs collègues espagnols d’Irún sont plus accueillants. Je les avais appelés pour les informer que j’avais des informations de Russes sévissant en Espagne. Ils m’ont communiqué une adresse E-mail. Ils ont accusé réception de mon courrier et m’ont remercié.

 Le bide de la sécurité nationale.

Le pouvoir français a mobilisé des moyens énormes contre les Gilets jaunes. Toutes les forces de polices, de gendarmerie, tous les services secrets du pays sont sur les dents depuis bientôt deux ans, et les agents des services secrets militaires russes agissent impunément à leur barbichette en plein jour à Paris.

Peut-être que tout ce beau monde a besoin de désordre à Paris pour des raisons différentes. Ces exactions donnent à la police française l’impression de servir à quelque chose, Macron les utilise pour diaboliser l’adversaire social et politique et Poutine peut, grâce à elles, se prévaloir comme garant de la stabilité en Russie face à un occident décadent. Services secrets et médias organisent ce spectacle.

Pourquoi des tatouages sur des repris de justice ? La vie carcérale est très dure. Elle possède son langage et ses règles. Comme toute société, le milieu pénitentiaire est hiérarchisé. La promiscuité aggrave les tensions. Le tatouage ​​permet au prisonnier d’obtenir un ascendant sur ses codétenus. Il doit démontrer à la fois qu’il est membre de ce milieu (« криминальные братки », frères criminels) et qu’il est trempé. Il lui donne une identité, lui permet de s’affirmer, d’inspirer la peur, le respect, la soumission des autres détenus, d’imposer son autorité dans un environnement particulièrement sévère. En général, le tatouage est un diplôme de bandit aguerri. Le milieu soviétique et à présent russe est tatoué. Cette prétention poursuit les caïds russes dans l’au-delà. Elle est exprimée par leurs stèles funéraires.

 Pourquoi ces individus à Paris ? Les manifestations des Gilets jaunes sont une affaire strictement politique franco-française. Notre actualité politique passionne très certainement des intellectuels russes, mais il est peu probable qu’elle puisse stimuler un tel échantillonnage de touristes armés d’une batte de baseball. Ces personnes sont en mission. Laquelle ?

Les manifestations françaises ont une influence dans la politique intérieure russe. Elles sont suivies par des chaînes russes, dont « RT » qui filme celles-ci en direct. Les vidéos de « RT » disponibles sur la toile sont les plus longues que l’on puisse trouver sur l’événement. Une sélection des scènes les plus violentes projetée par les journaux télévisés russes donne une impression d’apocalypse parisienne au téléspectateur. Elle permet à Vladimir Poutine de poser la question : « Voulez-vous comme à Paris ? » La réponse naturelle est « Non ! » Grâce à Vladimir Poutine, la Russie peut rester un sanctuaire de stabilité dans un monde en proie aux révolutions. Pour cela, il suffit de conserver Vladimir Poutine au pouvoir.

A priori, nos cinq Russes tatoués sont superflus pour faire flamber Paris. D’autres s’en chargent, en premier lieu le pouvoir français, incapable depuis deux ans de résoudre cette crise, et la police française qui en rajoute avec la militarisation de la répression.

Ces Russes ont été missionnés dans un plan monumental défini par la stratégie Guérassimov, nom du chef d’État-major des forces armées russes. Cette stratégie met l’accent sur des moyens non militaires. Elle est un élément de la guerre hybride qui doit permettre à Poutine de renégocier un nouveau Yalta, car le partage actuel du monde, issu de la guerre froide et de la dislocation de l’URSS, ne lui convient pas.

Les services secrets jouent un rôle primordial dans cette guerre secrète, mais bien réelle. Le service civil du renseignement extérieur, dirigé par le polyglotte Sergueï Narychkine, a mobilisé toute la diplomatie et la paradiplomatie de salon qui excelle en ronds de jambe, comme notre consul honoraire de Russie à Biarritz.

Par contre, le service du renseignement militaire (GRU) du chef d’État-major Valeri Guérassimov n’a pas besoin d’intellectuels, mais de voyous. Embauchés par la compagnie militaire privée « Wagner » de Evgueni Prigojine surnommé le cuisinier de Poutine, ces mercenaires sévissent en Ukraine, Syrie, Libye, au Venezuela, en Centrafrique, en Biélorussie. Les voici à présent sur le pavé parisien.

Les réseaux du Kremlin ont pour objectif de retourner l’opinion publique des pays ciblés, afin de faire perdre à l’adversaire le contrôle de la situation dans son propre camp, de téléguider ses masses grâce à un réseau d’agents recrutés sur place. Ces derniers seront le catalyseur prépondérant susceptible d’élever l’intensité de conflits existants, d’en susciter de nouveaux, de balkaniser ces pays avec des politiques perfides, intrusives et agressives.

Le Kremlin a besoin de combats de rue en France. Ses services les préparent.

La mission de ces tatoués s’inscrit dans un cadre général : organiser des combattants résidents. Il y a matière à travailler.

Les politiques régressives du pouvoir actuel français ont brisé la paix sociale et civile qui nous est indispensable. La tâche primordiale de tout président serait de préserver la paix civile avant toute chose. Macron a failli. Toutes les injustices, les amertumes, les rancœurs engendrées par le système capitaliste et les régimes successifs ressurgissent des subconscients. Les haines, accrues par la violence policière, se libèrent. Une violence spontanée inorganisée réagit à une violence permanente, séculaire. Une faille s’est entrouverte dans notre société. Elle permet à des agents étrangers infiltrés d’exacerber nos contradictions.  

Toutes ces vocations violentes attendent d’être organisées par un combattant puissant et aguerri : le voilà. Ce 12 septembre 2020, j’ai vu les services secrets militaires de la puissance militaire russe sur place Wagram. Ils agissent en plein jour au centre de notre capitale. Nos autorités sont inopérantes. Rien d’étonnant, elles avaient été aussi muettes lorsque la taupe russe, Alexandre Benalla, était blottie à l’Élysée.

Le GRU a depuis longtemps créé à cette fin sur notre territoire de centres de combat « Systéma ». Ils ont tous été fondés par des Spetsnaz. « Systéma » n’est pas un sport, mais une arme destinée à éliminer l’adversaire par tous les moyens : la mort, la paralysie… En URSS, son enseignement au public était interdit. À présent, il est autorisé en France. Les cours apprennent à survivre dans la clandestinité en milieu urbain ou naturel. Ces écoles sont ouvertes à tous ceux qui veulent en découdre, aux Blacks-blocs, aux spécialistes de « Kale borroka » au Pays basque, aux indépendantistes catalans, etc. Des stages de perfectionnement sont proposés en Russie. Pour le maniement des armes et une instruction militaire plus poussée, le centre « Partisan » à Saint-Pétersbourg accueille des volontaires du monde entier.

J’ai maintes fois prévenu les autorités françaises des activités des services secrets russes en France. Ces actions sont « Casus bellis ». On ne peut pas les ignorer, car elles mettent gravement en danger notre Défense nationale. Elles méritent depuis longtemps une réponse.

Mais dans la France de Macron, tout est à vendre : des Aéroports de paris, de la Française des jeux, jusqu’à notre souveraineté nationale en passant par notre sécurité nationale.

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