Le lobbying de la psychanalyse sur les décisions de justice familiale #2

Les magistrats des affaires familiales sont majoritairement formés et conseillés par des pédopsychiatres d'obédience et de pratique psychanalytiques n'hésitant pas à s'autoproclamer « scientifiques ». Ainsi au sein de notre justice, les questions de parentalité et « d’intérêt de l’enfant » se trouvent majoritairement placées sous l’influence des croyances et des préjugés freudiens ou lacaniens.

1) Avertissement

Ce billet vient compléter la précédente version disponible ici :

https://blogs.mediapart.fr/pierre-laroche/blog/140114/le-lobbying-de-la-psychanalyse-sur-les-decisions-de-justice-familiale

Le champ d’application de ce billet ne concerne que les sujets de la parentalité, des séparations parentales et donc aussi des besoins de l’enfant en matière de parentalité.

En pré-requis, il est préférable d’avoir pris connaissance du contenu de cet autre article :

http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-laroche/010114/la-parentalite-en-psychanalyse

2) Résumé

En France, sur 14000 psychiatres, environ 9500 sont de pratique psychanalytique. Les magistrats sont majoritairement formés et conseillés par de tels psychiatres, pédopsychiatres et psychanalystes dont certains vont même jusqu’à se prétendre « scientifiques ». La psychanalyse, contrairement à la psychologie du développement n’est pas scientifique. Ainsi au sein de notre justice, les questions de parentalité et « d’intérêt de l’enfant » se trouvent majoritairement placées sous l’influence des croyances et des préjugés freudiens ou lacaniens.

Une virulente frange de la psychanalyse exerce un lobbying destiné à convaincre les magistrats de prendre des décisions :

  • conformes aux dogmes antiques de la psychanalyse revendiquant à tort une hiérarchie des rôles parentaux [1],
  • contraire à l’intérêt des enfants de parents séparés.

Ces cliniciens de pratique psychanalytique (exagérément ancrés sur les dogmes ancestraux des fondateurs) se réunissent sous forme de collectifs ou d’associations qu'ils qualifient eux-mêmes de « sociétés savantes ». Ils font un usage abusif et permanent de termes pompeux comme « scientifique », « recherche », etc. Quand ils ont le titre de médecin, ils le mettent systématiquement en avant. Le contenu de leurs publications relève souvent de l’escroquerie intellectuelle [2]. Ils suggèrent aux magistrats de prioriser les relations de l’enfant avec le parent dit « supérieur » sous de fallacieux prétextes d’âge de l’enfant et d’éventuels conflits entre les parents… Ils suggèrent également aux élus de voter des lois allant dans le sens de leur idéologie !

3) Ces lobbyistes et leurs stratégies

Le 8 avril 2013 l’APPEA [3] et le COPES [4] ont organisé un pseudo « débat » contre la résidence alternée, sans tenir compte des arguments, ni des preuves avancées par la seule psychologue scientifique de ce colloque. On rappelle que le COPES, majoritairement composés de psychanalystes, propose des formations (ou des stages) aux magistrats, entre autres. Ces formations étant majoritairement animées par des psychanalystes, il ne s’agit pas de formations à concepts objectifs et validés, mais plutôt à de l’endoctrinement pro-psychanalytique…

Dans sa lettre d’information de février 2016, le COPES écrit pourtant ceci : « Pour qu’une pensée soit vivante et riche il lui faut accepter d’être attaquée, confrontée à du contradictoire, malmenée par d’autres raisonnements et approches. Seulement voilà, le Copes est rattrapé par le mal de notre époque et voit son temps d’élaboration, de pensée créative, d’échanges fertiles de plus en plus réduit pris qu’il est dans les filets des dogmes normatifs. ». Hélas, il ne s'agissait que d'un voeux pieux, puisque le COPES maintient ses positions radicales, dogmatiques, infondées, obsolètes, anti-résidence alternée et contraires à l’intérêt des enfants qui est d’être aimé et éduqué par leurs deux parents à part égale.

Bien que les débats parlementaires préalables à la loi de 2002 sur la résidence alternée, ainsi que les débats de la commission d’évaluation au Sénat en 2005 aient tous les deux conclu que la résidence alternée se conforme bien à l’intérêt de l’enfant en situation de séparation parentale, deux associations orientées « psychanalyse-pure-jus » : la SFPEADA [5] et la FNEPE [6] ont déposé une motion dans laquelle elles écrivent : « La SFPEADA et la FNEPE …/… sont disponibles pour apporter leur contribution à la réflexion sur les modes de garde dans leur ensemble. Ces deux associations sont prêtes à participer à toutes les réflexions et aux élaborations de propositions dont l’objectif principal serait d’aider à construire un cadre législatif permettant des réponses individualisées et construites « sur mesure » pour des situations potentiellement déstabilisantes. Ces deux associations peuvent s’appuyer sur les travaux scientifiques qui restent certes partiels et non généralisés à l’ensemble des modes de garde mais permettent cependant une aide à une réflexion. ».

La SFPEADA et la FNEPE souhaiteraient qu’on leur fasse confiance sur leurs éventuelles « capacités » à mener un travail destiné à élaborer une série de propositions pour construire un cadre législatif… ! Cependant ces associations sont bien incapables d’apporter la moindre preuve de leur « scientificité ». Elles n’ont jamais réalisé la moindre publication scientifique, ni le moindre travail de recherche ! La SFPEADA et la FNEPE qui prétendent quand même être en mesure de s’appuyer sur des travaux scientifiques, ne précisent pas lesquels seront sélectionnés, lesquels seront occultés, ni les motifs (ou idéologie) suivant les quels elles établiront leur sélection ! Comment d’ailleurs pourraient-elles élaborer une méthodologie, puisqu’elles ne sont pas scientifiques ?

La WAIMH-Fr [7] n’est plus la branche francophone de la WAIMH. Cela a fait suite aux nombreux courriers de parents français dont les enfants ont été brutalisés par la justice familiale à cause de son refus quasi-systématique de la résidence alternée (même si les conditions matérielles et affectives sont réunies). Les arguments illégitimes souvent invoqués par les magistrats pour se justifier se basent toujours sur ceux des psychanalystes : l’âge de l’enfant ou bien un éventuel conflit entre les parents ! A présent, l'étendue de la WAIMH-francophone se voit diminuée à celle de la France… C’est certainement une maigre consolation, mais cela montre qu'il est possible de vaincre le charlatanisme freudo-lacanien.

Notons encore que la WAIMH-Fr laisse se propager toute publicité en faveur du très imaginaire « Calendrier de Brazelton modifié par Maurice Berger » (qui n'existe pas). Effectivement, elle n'a jamais publié de démenti.

https://psychanalysedelindicible.com/2013/10/18/garde-alternee-et-developpement-de-lenfant-lavis-de-la-waimh-francophone/

Nous mettons en demeure la WAIMH-Fr, l'APPEA, le COPES, la SFPEADA, la FNEPE et l'ASSOEDY de démentir que T. B. Brazelton est l'auteur d'un tel calendrier et de confirmer publiquement qu'il n'est pas opposé à la résidence alternée, notamment pour les moins de trois ans.

On rappelle que le nom de ce célèbre pédiatre américain a été usurpé par un groupe de pédopsychiatres français de pratique psychanalytique afin de faire pression sur les magistrats et nos élus, en leur faisant croire que le Docteur T. B. Brazelton serait opposé à la résidence alternée des plus jeunes... C’est évidemment une grave escroquerie qui porte préjudice à l'Institut Brazelton tout entier et encore bien plus aux enfants de parents séparés.

Réponse du Directeur de l'Institut Brazelton de Boston (US) Réponse du Directeur de l'Institut Brazelton de Boston (US)

Même s’il n’est ni pédopsychiatre, ni psychologue, d’un point de vue qui lui est tout à fait personnel (sans avoir mené une seule recherche sur le sujet), le Docteur Brazelton n'exclue pas la possibilité de la résidence alternée dès lors que la périodicité des alternances soit adaptée à l'âge et sous réserve que les conditions matérielles et affectives soient réunies.

https://blogs.mediapart.fr/pierre-laroche/blog/250714/l-utilisation-inconvenante-du-nom-de-brazelton-par-le-psychanalyste-maurice-berger

L’ASSOEDY [8] (majoritairement psychanalytique) a organisé un colloque sur la résidence alternée en 2006. Le rapport de ce colloque est intitulé « Garde alternée, 2006 ». Cependant, le contenu de ce colloque ayant été plutôt favorable à ce mode de résidence pour les enfants de parents séparés, le rapport a été censuré. Je défis quiconque de se le procurer. Effectivement, sur le lien ci-dessous, on trouve la liste de tous les rapports de tous les colloques réalisés par l'ASSOEDY, sauf celui sur la résidence alternée !

http://www.assoedy.org/colloques/nos-archives/

Capture d'écran de la liste des rapports archivés par l'ASSOEDY © ASSOEDY Capture d'écran de la liste des rapports archivés par l'ASSOEDY © ASSOEDY

Par contre, vous trouverez ci-dessous une vidéo relative à cette fameuse journée de l’ASSOEDY.

http://www.dailymotion.com/video/xjesk_professeur-poussin-colloque-assoedy_news

Journée Résidence Alternée à l'ASSOEDY © Les papa = les mamans

4) Des dégâts considérables

En France, via un lobbying permanent sur le législateur et sur les magistrats, la psychanalyse impose à notre société sa propre perception des besoins de l’enfant en matière de parentalité. Pour mémoire les indicateurs de souffrance de la garde classique occultés par ces associations de professionnels sont les suivants :

  • Près d'un enfant de parents séparés sur 5 ne voit jamais son père [9],
  • 71 % des élèves qui décrochent au secondaire n'ont pas de père [10],
  • 90 % des enfants qui font une fugue n'ont pas de père [10],
  • Chaque année plusieurs centaines de pères de famille se suicident du fait qu'ils n'ont plus de lien avec leurs enfants [11],
  • Niveau élevé de dépression chez l'enfant, Abus de substance illicites et licites, Toxicomanie plus fréquente, idem pour l’alcool, TDAH (Trouble Déficit de l'Attention Hyperactivité) [12][13].
  • Moins bons résultats scolaires qu'en résidence alternée [14].

Sans être exhaustif sur l’ensemble des condamnations faites à la psychanalyse dans les nombreux états dans le monde, rappelons succinctement celles-ci :

  • En 1980, la majorité des références freudiennes sont retirées du DSM notamment pour absence de scientificité (voir les changements entre le DSM2 et le DSM3).
  • En 2004, l’INSERM a produit un épais rapport démontrant l’inefficacité thérapeutique de la psychanalyse pour la majorité de troubles mentaux (Psychothérapie. Trois approches évaluées. Paris : Éditions de l’Inserm, 568 pages).
  • En 2010, un rapport de la HAS (Haute Autorité de la Santé) conclut que la psychanalyse n’est pas à recommander pour traiter l’autisme.

5) Conclusions

Les magistrats ne sont pas libres de prendre des décisions qu’ils devraient pour qu’elles soient conformes à l’intérêt des enfants. Ils sont massivement conditionnés par des cliniciens de pratique psychanalytique (formations, expertises). En conséquence, dans 75% des cas où le père demande la résidence alternée, celle-ci est refusée lorsque la mère s’y oppose. Elle est toujours acceptée (0% de refus) lorsque la mère (le parent supérieur) donne son accord.

Rappelons enfin, et c’est important, que TOUS les prétendus « spécialistes de l’enfance », farouchement opposés à la résidence alternée, sont TOUS de pratique psychanalytique.

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[1] Pierre Laroche – La parentalité en psychanalyse – Médiapart - 1er janvier 2014 : http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-laroche/010114/la-parentalite-en-psychanalyse

[2] Pierre Laroche – Faux et usage de psychanalyse – Médiapart – 14 décembre 2013 : http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-laroche/141213/faux-et-usage-de-psychanalyse

[3] APPEA : Association francophone de Psychologie et Psychopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent.

[4] COPES : Centre d’Ouverture Psychologique et Sociale.

[5] SFPEADA : Société Française de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent et Disciplines Associées.

[6] FNEPE : Fédération Nationale des Écoles des Parents et des Éducateurs.

[7] WAIMH : World Association for Mental Infant Health

[8]ASSOEDY : Association socio-éducative des Yvelynes.

[9] Quand la séparation des parents s’accompagne d’une rupture du lien entre le père et l’enfant : https://www.ined.fr/fr/publications/population-et-societes/separation-parents-rupture-lien-pere-enfant/

[10] Child Custody, Access and Parental Responsibility : the search for a just and equitable standard - Edward Kruk, M.S.W., Ph.D. The University of British Columbia December, 2008 : http://www.fira.ca/cms/documents/181/April7_Kruk.pdf

[11] Travaux préparatoires à l’élaboration du Plan Violence et Santé en application de la loi relative à la politique de santé publique du 9 août 2004 (Docteur Anne Tursz - Mai 2005 - approuvé le Ministère de la Santé et des Solidarités - voir la page 71 entre autres) : https://static.mediapart.fr/files/2017/09/05/plan-violence-sante2005.pdf

[12] Etude de Strohschein - 2007 : http://www.cmaj.ca/content/176/12/1711.full

[13] La relation père-enfant et l’ouverture au monde - Daniel Paquette – 2004 : http://www.cairn.info/revue-enfance-2004-2-page-205.htm

[14] Laurette Crétin – « Les familles monoparentales et l’école : un plus grand risque d’échec au collège ? » : http://cache.media.education.gouv.fr/file/82/31/6/DEPP_EetF_2012_82_Familles_monoparentales_237316.pdf

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