L’immixtion de la psychanalyse dans les questions de parentalité

Ainsi au sein de notre justice, la notion « d’intérêt de l’enfant » se trouve majoritairement influencée par des croyances et des préjugés d’ordre psychanalytiques. Toutes ces théories sont fausses et il est inacceptable qu’elles soient toujours enseignées en laissant croire qu’il s’agit de vraies sciences.

1) Résumé

En France, les magistrats sont très majoritairement formés et conseillés en psychologie de l’enfant par des cliniciens de pratique psychanalytique. Un certain nombre d’entre eux, ceux qui recherchent la notoriété dans les médias et les symposium, vont même jusqu’à se prétendre « scientifiques ». Or, la psychanalyse, contrairement à la psychologie du développement, n’est pas une discipline scientifique. Ainsi au sein de notre justice, la notion « d’intérêt de l’enfant » se trouve majoritairement influencée par des croyances et des préjugés d’ordre psychanalytiques : le père castrateur, le père porteur de loi, les trois pères : le fonctionnel, l’affectif et le géniteur, le complexe d’Œdipe, etc. ! Toutes ces théories sont fausses et il est inacceptable qu’elles soient toujours enseignées en faisant croire qu’il s’agit de vraies sciences.

Nota : Dans la suite de ce billet, je désigne par « psychanalystes dogmatiques », ceux qui s’ancrent exclusivement sur les concepts ancestraux des fondateurs pour en faire un thème de médiatisation commode car simpliste.

Cet article a pour finalité de rappeler les raisons pour lesquelles la psychanalyse n’est pas scientifique. Il démontre que ces prétendus psychanalystes « scientifiques » qui exercent un pesant lobbying dans les tribunaux et à l’Ecole Nationale de la Magistrature endoctrinent gravement les magistrats qui se trouvent ainsi coupés des avancées de la psychologie scientifique quant aux besoins de l’enfant en matière de parentalité. Ce lobbying [1] porte préjudice aux intérêts des enfants et des familles. Le but de ces savants autoproclamés (ils répètent à satiété qu’ils se réunissent en « sociétés savantes » !) est de soumettre la société toute entière à la dictature de leurs dogmes alors que la psychanalyse a déjà été maintes fois condamnées par des institutions indépendantes [2]  (le DSM en 1980, l’INSERM en 2003 et la HAS en 2010). A ce titre, de nombreux psychologues rangent la psychanalyse du coté des pseudo-sciences [3]. Ces déviances contribuent à tuer environ 1000 pères de famille chaque année. Suite à la perte de leurs liens affectifs avec leurs enfants, et la disparition de leurs derniers espoirs, ceux-ci passent à l’acte [4].

Ces prétendus « scientifiques » se réunissent sous forme de collectifs : l’APPEA, le COPES, la WAIMH francophone, la SFPEADA, la FNEPE, etc. Ils usent de termes pompeux (« sociétés savantes », « scientifique », « recherche ») dès qu’ils le peuvent afin, selon l’expression aussi connue qu’explicite, de faire prendre des vessies pour des lanternes.

2) Exemples d’emploi abusif et répété des termes « scientifique » et « recherche »

Le 8 avril 2013 l’APPEA et le COPES ont organisé une journée « débat » sur (en réalité contre) la résidence alternée. Les conclusions de ce pseudo-débat étaient en effet affichées à l’avance sur la plaquette de présentation : « Si l’apparence d’équité ou de symétrie des rôles maternels et paternels éducatifs et la demande respectable de lien affectif invite à l’approbation de ce dispositif, elle en masque(SIC) les réels enjeux dont les enfants seraient, faute d’explications, les victimes ( SIC !). Le choix de la résidence alternée, loin de (SIC !!) favoriser le développement psychologique équilibré de l’enfant, ferait-il de celui-ci le prisonnier (SIC !!!) des intérêts particuliers et des positions narcissiques de ses parents (c'est-à-dire évidemment les pères ! ndlr) ? » !

Le fait d’annoncer à l’avance la conclusion d’un débat, avant le débat… n’a rien de très scientifique !

Le comble est que les objectifs affichés de l’APPEA sont de « … promouvoir les avancées de la recherche et l’évolution des pratiques en psychologie et psychopathologie de l'enfant et de l'adolescent, de renforcer les liens entre les psychologues …/…, les universitaires et les chercheurs, de communiquer, diffuser et partager les connaissances. ».

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Madame Bonneville s’est présentée comme « chercheuse » mais sa pratique et sa culture psychanalytique ne pouvaient passer inaperçues. Ses propos n’avaient catégoriquement rien de scientifiques. La seule scientifique de cette assemblée était Madame Chantal Zaouche-Gaudron, professeure en psychologie du développement à l’Université de Toulouse le Mirail et Directrice de l’Ecole Doctorale CLESCO. Les travaux scientifiques de Madame Zaouche-Gaudron et ceux qu’elle a présentés en séance, ceux de Gérard Poussin [5], ainsi que toutes les innombrables études scientifiques notamment nord-américaines (J. B. Kelly, R. A. Warshak. R. Bauserman, L. Nielsen, W. Fabricius, D. Paquette, E. Kruk, M. E. Lamb, etc.) ont été occultés de la présentation du psychanalyste dogmatique Maurice Berger ! A l’inverse, le psychanalyste Berger s’est risqué à prétendre que : « il n’existe pas d’étude française sauf celle d’Eugénie Izard » ! Notons qu’Eugénie Izard n’est pas du tout scientifique… Elle est de pratique psychanalytique. Sans aucune méthodologie, elle disserte sur les cas de 11 enfants en résidence alternée amenés pour des raisons inconnues dans son cabinet, sur la base de quoi elle se permet ensuite de généraliser... Dans un de ses livres, le psychanalyste dogmatique Berger gratifie cette vulgaire publication de « recherche » ! En réalité, devant ce contenu, dépourvu de rigueur, invérifiable et incohérent, Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence a pris la précaution d’ajouter en marge la mention de : « expérience personnelle ».

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Cette sorte de remake du « dîner de cons » a connu sa deuxième représentation quelques semaines plus tard à la WAIMH francophone avec cette fois-ci un nouveau scientifique dans le rôle de l’invité ! Rappelons-nous que l’APPEA et le COPES avaient initialement tenté d’obtenir le patronage [6] de Madame Dominique Bertinotti, ministre déléguée chargée de la famille. A défaut de l’avoir obtenu, ces associations étaient ensuite parvenues à circonvenir Madame Marie Derain, Défenseure des Enfants. On peut penser que Madame Derain a regretté ce premier engagement puisqu’au deuxième faux-débat de la WAIMH francophone (où elle était présente), d’une part elle s’était bien gardée d’accorder son haut Patronage et d’autre part, elle s’est exprimée en ces termes : « …/… J'ai encore aujourd'hui pris un certain nombre de risques en venant m'adresser à vous et en venant profiter de vos analyses. Je le dis sans polémique …/… on m'a un peu mis en garde sur les conditions d'un certains nombre d'acteurs de cette journée, de l'organisation de cette journée, en attirant mon attention sur le fait qu'il y a un parti pris. …/… » (source : enregistrement).

Pour cette journée « scientifique » de la WAIMH francophone, comme pour la première journée d’ailleurs (APPEA-COPES), les intervenants de cette assemblée étaient encore une fois presque tous de pratique et de culture psychanalytique. Finalement, les psychologues du développement ou les psychologues scientifiques sont toujours minoritaires dans ces réunions sans doute pour qu’en fin de séance, il ne soit pas nécessaire de contrarier les conclusions annoncées à l’avance dans les plaquettes d’invitation.

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3) Publication de contenus relevant de l’escroquerie intellectuelle

Le psychanalyste Maurice Berger a rédigé avec Jacqueline Phélip, sage-femme en retraite et farouche militante pour le principe de supériorité du rôle maternel, un ouvrage anti-résidence alternée intitulé « Divorce, séparation : les enfants sont-ils protégés ? » que l’éditeur DUNOD s’est risqué à décrire comme « scientifique » ! Essentiellement, rédigé par des psychanalystes dogmatiques, le contenu de ce livre ne pouvait pas entrer en contradiction avec les vieilles théories de la psychanalyse, sexistes et surtout largement rendues obsolètes par la psychologie scientifique. A ce titre, il se devait d'être anti-résidence alternée. Nous avons réalisé quelques sondages dans ce livre afin de vérifier cette soi-disant scientificité… Ces sondages ont montré que le livre, entre autres, est constitué de traductions biaisées, d’études sans lien avec le sujet en référence, occultant près de 90% d’études sur la résidence alternées, de citations tronquées et de trucages de toutes sortes [7].

La publication d’Eugénie Izard aurait pu passer inaperçue mais la publicité qu’en font les psychanalystes dogmatiques ne fait qu’insister davantage sur l’escroquerie intellectuelle de son contenu.

Le principe de la résidence alternée se justifie naturellement s’il s’établit que les enfants ont à peu près autant besoin d’un papa que d’une maman. Alors, c’est ainsi que les psychanalystes dogmatiques les plus enragés contre la résidence alternée ont organisé une pétition dont la finalité était de nuire au déroulement des débats de la proposition de loi famille en mai 2014. Cette proposition de loi visait notamment à protéger un peu mieux les liens affectifs entre un père et son enfant, tout aussi réels et importants que les liens affectifs entre ce même enfant et sa mère. Dans un autre billet [8], nous avions proposé de baptiser cette pétition de : « Pétition des 5500 Charlatans ! » compte tenu du fait que les psychanalystes dogmatiques organisateurs ont volontairement menti [9] dans l’énoncé de leur pétition pour susciter un émoi artificiel et recueillir ainsi un maximum de signatures. Ils ont ensuite prétendus que cette pétition avait été signée par 4400 professionnels de l’enfance [10] ! Il n’en n’est rien. Parmi les praticiens de santé infantile, seuls eux-mêmes et leurs camarades issus de leurs réseaux associatifs l’ont signé. Tous les autres étaient des non-professionnels, parmi lesquels on trouvait certaines pseudo-féministes matriarcales bien connues.

4) Comprendre le système de publication scientifique

Dans une de ses publications [11], Franck Ramus, psychologue, co-directeur du Master Recherche en Sciences Cognitives (ENS, EHESS, Université Paris-Descartes), directeur de recherches au Laboratoire de Sciences Cognitives et Psycholinguistique au CNRS, démontre que les textes et les résultats des chercheurs doivent impérativement répondre à des critères qui ne sont pas nécessairement bien connus du public, des journalistes (même scientifiques) et des décideurs (notamment le législateur). Ces critères sont essentiellement les suivants :

  • Les textes doivent être publiés dans des revues scientifiques expertisées par les pairs.
  • Ils doivent être publiés, à leur première publication, dans des revues internationales en anglais.

Franck Ramus donne ensuite l’exemple d’une grande librairie de l'édition généraliste où il précise : « On trouve tout et n'importe quoi, sans aucun critère de validité scientifique. Au rayon « psychologie », on trouve essentiellement des livres de « développement personnel » promettant monts et merveilles, des livres de psychanalyse ayant réponse à tout, des livres-appâts pour des sectes, et très peu de livres fondés sur des données scientifiques sur la psychologie humaine. Le problème de l'édition généraliste, c'est que le seul critère de publication d'un texte, c'est qu’il puisse se vendre. ».

Franck Ramus précise ensuite que : « Les critères de publication scientifique doivent être différents. Pour cela, il existe un secteur de l'édition à part, pour les revues scientifiques expertisées par les pairs ("peer-reviewed"). Ces revues disposent d'un comité éditorial formé de chercheurs jugés comme étant des experts internationaux dans le domaine couvert par la revue. Le travail du comité éditorial est complété par celui d'experts recrutés de manière ponctuelle pour les besoins spécifiques de certains articles. En pratique, chaque chercheur ayant écrit un article exposant ses idées ou ses résultats peut le soumettre à la revue de son choix. Cet article est envoyé à plusieurs experts du sujet désignés par l'un des éditeurs. Les questions qui sont posées aux experts sont multiples…/… ».

Pour justifier l’emploi de l’anglais dans le cadre des publications des études scientifiques, Franck Ramus précise : « La science ne connaît pas de frontières. C'est un ensemble de connaissances à vocation universelle. Une discipline scientifique qui se développerait dans un seul pays, sans tenir compte des connaissances produites ailleurs, sans diffuser ses résultats à l'extérieur de ses frontières, et sans s'exposer au regard critique des autres, aurait de sérieux problèmes de validité, et aurait peu d'influence sur le cours global de la science. ».

Inversement, Franck Ramus semble s’étonner de certaines communautés qui ne publient qu’en Français et ne se critiquent qu’entre eux : « Plus généralement, on peut se poser des questions sur le statut de ce que font des communautés entières de chercheurs français qui ne publient qu'en français et n'évaluent et ne diffusent leurs travaux qu'entre eux, sans jamais les exposer au regard des experts du reste du monde (par exemple, en sciences de l'éducation ou en psychanalyse). Quelle est la validité de ces travaux? En quoi contribuent-ils à l'avancement global des connaissances? ».

Franck Ramus conclut enfin que les critères de la publication scientifique sont nécessairement très différents de ceux de l'édition classique. Cependant, à part les chercheurs eux-mêmes, personne d’autre n’en a vraiment conscience comme les journalistes et le législateur. Franck Ramus donne en exemple, n'importe quel magazine spécialisé ou généraliste que l’on pourrait ouvrir. Selon lui, pour un sujet de psychologie donné, dans 90% des cas, c’est un psychanalyste qui n’a publié des livres qu’en français, qui n'a jamais publié le moindre article scientifique en anglais et qui bien souvent n'a aucune activité de recherche au-delà de l'observation informelle de ses patients, qui donne son avis. Il ajoute également que : « Tout chercheur, et même toute personne qui prétend avoir des idées ou des résultats de portée générale, sans pour autant les avoir publiés dans des revues scientifiques expertisées par les pairs, doit inspirer une certaine méfiance. Car cela signifie que ces idées ou résultats n'ont probablement subi aucun contrôle de qualité, et n'ont pas été examinés de manière critique par d'autres spécialistes du domaine. ».

5) Revenons à nos moutons…

Le psychanalyste Berger est intéressant dans la mesure où son acharnement contre la résidence alternée aide à comprendre les prises de positions idéologiques et donc anti-scientifiques des associations qui le suivent telles que l’APPEA, le COPES, la WAIMH francophone, la SFPEADA, la FNEPE, etc. qui sont toutes des associations d’obédience psychanalytique.

On notera par ailleurs que l’obsession sans fondement de Maurice Berger contre la résidence alternée et son manque de légitimité ont été identifiés depuis bien longtemps par de nombreuses personnes :

  • Sylvia Tabet rapporte, l’extrait d’une interview accordée au Figaro, au printemps 2003 [12]. Dans cette interview de Catherine Balle (journaliste), Maurice Berger décrit les conséquences de la garde alternée sur le développement du tout-petit. Voici ce qu’il dit : « Elles sont largement négatives. On observe que les enfants de moins de six ans qui sont placés en garde alternée sont très angoissés et qu'ils ont des comportements pathologiques. Certains pleurent silencieusement, le jour comme la nuit. D'autres, en présence de leur mère, la suivent partout et ont peur dès qu'elle échappe à leur regard. Par ailleurs, lorsque les tout-petits reviennent de chez leur père, ils peuvent avoir le regard vide et sembler épuisés et déprimés. A plus long terme, les adultes sont souvent angoissés et ont une tendance dépressive. ». Voilà une contre-indication efficace et dissuasive pour n'importe quel parent !Elle est jugéeoutrancière par Daniel Marcelli [13] (chef de service de pédopsychiatrie du CHU de Poitiers) : « Je trouve que Maurice Berger est alarmiste et tient des propos inquiétants ».
  • Sylvia Tabet écrit encore [14] : « Pour Maurice Berger, rien à faire : "Le fait même qu'un père réclame la résidence habituelle d'un enfant petit, en l'absence d'une défaillance éducative importante de la part de la mère (nocivité, inconstance dans les soins, troubles psychiques graves), peut être un signe inquiétant, correspondre à un risque de dépression paternelle, ou à un déni de ce qu'une mère peut apporter à un enfant petit.» Il voit même dans ce comportement "une volonté d'attaquer cruellement l'ex-épouse par le biais de l'enfant" et l'indice d'une "conception éducative aberrante [15]" ».
  • Eric Verdier (psychologue et chercheur à la Ligue française pour la santé mentale) précise [16] : « Plus préoccupant, me paraît être l’influence croissante auprès des juridictions des études effectuées par le Docteur Maurice Berger, qui, par référence à des données dites scientifiques et à la nécessité de protéger le très jeune enfant, entend remettre en cause le principe de coparentalité reconnu par le législateur. ».
  • Sur son blog, Franck Méjean (avocat à la cours spécialisé dans le divorce et la séparation parentale) relate certains constats [17] : « Depuis l'entrée en vigueur de la Loi du 4 mars 2002, je me heurte, assez régulièrement, et je vous en ai déjà parlé, à des jurisprudences hostiles qui, se fondant sur des travaux de pédopsychiatres discutables, rejettent la résidence alternée et la vouent aux gémonies …/… La Présidente de la Chambre de la Famille du Tribunal de Grande Instance de PERPIGNAN avait amorcé, il y a quelque temps, une jurisprudence intéressante sur ce point. Elle devait, dans une ordonnance, clairement indiquer que si certains pédopsychiatres, dont le Dr BERGER, étaient fondés à se prononcer contre la résidence alternée, d'autres, tout aussi éminents, la reconnaissaient comme une alternative crédible… ».
  • Lors de son audition au Sénat en session ordinaire de 2006-2007, le sénateur Nicolas About lui-même médecin se voit contraint de signaler [18] : « Si vous me le permettez, monsieur le président de la commission des lois, je souhaiterais réagir aux propos de mon confrère le Dr Berger et lui dire que je n'ai pas très bien compris son attaque dirigée contre le législateur. Je sais qu'il est psychiatre et psychanalyste, et je me demande s'il ne nourrirait pas un vieux rêve refoulé : être lui-même législateur ! ».
  • Sur son blog [19], le docteur Frédéric Jésu (pédopsychiatre, administrateur et vice-président de Défense des Enfants International) publie ceci : « Le pédopsychiatre Maurice Berger, chantre de la thèse de l’“échec de la protection de l’enfance”, en est devenu, au prix d’habiles mais malhonnêtes outrances, la tête de proue médiatisée et l’inspirateur à peine occulte. Leurs démarches convergentes se présentent sous le vernis d’un discours pseudo-scientifique, se parent même des attributs de la défense des droits de l’enfant, mais s’avèrent en réalité idéologiques et démagogiques. Quand elles entreprennent de dénoncer en bloc les principes de base, le coût et l’efficacité du dispositif de protection de l’enfance, elles visent en réalité à remettre en cause son existence même. …/… Maurice Berger biaise et dramatise délibérément les questions qu’il pose – celles du travail et des limites du travail autour des relations parents/enfants, celles de la place des psychiatres dans ce travail. Surtout, il n’y apporte guère de réponses, si ce n’est la mise à l’index du principe même d’une assistance éducative intégrant les parents et la promotion concomitante d’échelles d’évaluation des compétences de ceux-ci qui est à la démarche d’aide ce que le grand inquisiteur épiscopal de la Contre-réforme est au procureur de la République. Quant aux enfants, leur vie quotidienne et leur avenir semblent n’avoir d’autres perspectives que de se laisser passivement conduire et organiser entre l’hôpital de jour (et ses prix de journée) et leurs familles d’accueil (et leurs bonnes volontés). ».
  • Maurice Berger a même été, chose rare, nommément pointé [20] par Marie Derain (Défenseure des Enfants) comme faisant partie des « réticents ou opposants » : « ils considèrent que le maintien des liens n’a aucun intérêt et serait une idéologie (cf M. Berger sur la pathologie du lien) ».

Pourtant bien que non-légitime sur le sujet de la résidence alternée, le psychanalyste dogmatique Maurice Berger a publié en français un article dans Le Carnet PSY intitulé : « Historique et recherches actuelles sur la résidence alternée ». Nous estimons que Monsieur Berger n’est pas légitime sur le sujet de la résidence alternée, dans la mesure où :

  • A notre connaissance Monsieur Berger n’a jamais publié le moindre article de valeur en anglais dans une revue spécialisée de renommée internationale.
  • Monsieur Berger n’est pas chercheur et encore moins scientifique puisqu’il est de pratique psychanalytique.
  • Monsieur Berger partage des intérêts communs avec une association extrémiste dont l’idéal est d’imposer à la société française pour principe que le rôle parental des mères est supérieur à celui des pères. A ce titre, il construit sa réputation sur la vente de livres rédigés sous forme de thèse mais dont les contenus sont mensongers [21].

Monsieur Berger prétend que la résidence alternée serait néfaste aux enfants et plus particulièrement pour les moins de six ans. Dans son article, publié dans Le Carnet PSY, il commence par déformer la réalité : « La loi de Mars 2002 légalisant la résidence alternée a été votée pour satisfaire la demande d'associations de pères qui estimaient que les décisions judiciaires ne leur laissaient pas une place suffisante, et au nom de l'égalité homme-femme. Aucun avis de pédopsychiatre ou psychologue n'a été sollicité. ».

Nous n’envisageons pas de corriger tous les propos de Maurice Berger, car il faudrait une multitude de billets. Dans tous les cas la loi de mars 2002 n’impose pas la résidence alternée, elle la rend possible. De nombreux spécialistes de l’enfance ont été consultés préalablement à cette loi, puis en 2005 lors d’une commission d’évaluation réalisée au Sénat. En réalité, les seuls regrets de Monsieur Berger sont de ne pas avoir été lui-même consulté en 2001 et surtout de ne pas avoir réussi à convaincre les sénateurs de ses préjugés d’ordre psychanalytiques (c'est-à-dire non scientifiques) en 2005.

Dans son article, le psychanalyste Berger, qui n’est ni scientifique, ni chercheur explique ce que doivent être les principes méthodologiques souhaitables pour les études concernant la résidence alternée. Il énumère tout une série de critères qui ne sont en fait que des critères génériques, déjà bien connus des chercheurs en psychologie scientifique et déjà appliqués de façon transversale par l’ensemble de ces chercheurs. Par la fourniture de cette énumération, Monsieur Berger laisse donc penser que les études actuelles sont dépourvues de principes méthodologiques et que la liste qu’il avance est de lui !

Dans cette liste, nous remarquons que Monsieur Berger confond la notion de rythme avec la proportion de temps passé avec les deux parents. Il oublie de citer le critère de la périodicité de l’alternance… Ce critère est important puisque tout enfant qui va en crèche est en résidence alternée. Si un nourrisson reste 12 heures en crèche, la périodicité de l’alternance est 24 heures. En 24 heures, l’enfant alterne entre son domicile et la crèche. La proportion de temps passé à chaque endroit sur une journée est donc de 50%-50%.

Au critère « 6 », Monsieur Berger recommande de ne pas confondre Joint Custody et Joint Physical Custody. Il oublie de préciser que les premières publications nord-américaines utilisaient indifféremment Joint Custody pour désigner à la fois l’autorité parentale et la résidence alternée... A priori, ce critère (« 6 ») n’est pas un critère de base des principes méthodologiques d’une étude scientifique, mais cela en est peut être un pour lui…

Monsieur Berger a oublié de citer de nombreux autres critères comme ceux mentionnés au §4 de ce billet et puis celui qui consiste à soumettre sa méthodologie particulière et générique à des pairs (scientifiques), etc. Toutefois, une étude réalisée via ces critères sans respecter les principes déontologiques de la psychologie et de la science serait bien évidemment vouée à l’échec…

Par ailleurs, nous notons que les critères cités dans cet article par Monsieur Berger ne sont plus les mêmes que ceux qu’il cite dans le livre noir de la garde alternée (à la page 154) :

  • une méthodologie rigoureuse…
  • une référence à la théorie et à la clinique de l'attachement…
  • une référence à la théorie et à la clinique psychanalytique…

Il eut sans doute été intéressant que Monsieur Berger s’explique sur cette possible « évolution » de sa part…

Monsieur Berger cite ensuite deux études bien connues dont les conclusions sont relativement hostiles à la résidence alternée : Solomon et George, (USA, 1999) et McIntosh, Smyth, Kelaher (Australie, 2010). Comme expliqué au §4 de ce billet, toutes les études ne sont pas bonnes à prendre. Ce qui compte, c’est la perception qu’en ont les pairs (scientifiques) de cette spécialité : leurs commentaires, leurs remarques et leurs réflexions. Or, les études citées par Monsieur Berger sont discréditées par les vrais professionnels qui se soumettent à la méthodologie scientifique.

Par exemple, l’étude de Solomon et George, qui est systématiquement mise en avant par les opposants à la résidence alternée, n’est pas valide car :

  • la plupart des enfants de l’échantillon n’avaient jamais vécu auparavant avec leur père (il n’est donc pas étonnant dans ces conditions qu’ils présentent un attachement désorganisé pour les deux tiers d’entre eux),
  • beaucoup d’enfants, même,  n’avaient pas vu leur père depuis longtemps,
  • les effets des nuits passées chez le père n’étaient étudiés qu’en fonction du type d’attachement présenté par l’enfant alors que d’autres critères (comme….)présentent une plus grande fiabilité pour évaluer les difficultés de l’enfant,
  • l’étude de Waters et al. (2000) montre à travers une étude longitudinale de 20 ans, que l’attachement est un critère très peu prédictif des difficultés ultérieures de l’enfant.

A l’inverse en tenant compte de ses faiblesses, l’étude de Solomon et George démontre les désastres pour les enfants lorsque ceux-ci ne passent pas suffisamment de temps avec chacun des deux parents et ô combien il est difficile ensuite de réparer les liens affectifs père-enfant si ceux-ci sont fortement dégradés. Monsieur Berger sait très bien que son approche est très contestable. De très nombreux psychologues scientifiques, dont Francine Cyr, professeure agrégée du département de psychologie à l’Université de Montréal, lui ont déjà expliqué tout cela [22] : « Les professionnels qui s’opposent férocement à la résidence alternée particulièrement en bas âge (Berger, 2005 ; Phélip, 2006) citent constamment la fameuse étude empirique de Solomon et George (1999) à l’appui de leur position. Ils ne rapportent toutefois que des conclusions partielles de l’étude…/… ».

Il en va de même pour l’étude McIntosh dont on trouvera une analyse critique détaillée dans les publications [23] [24] de Linda Nielsen, psychologue, chercheure au département de psychologie de Wake Forest University, Winston Salem, North Carolina (USA).

Monsieur Berger écrit ceci : « Il faut aussi souligner ici les travaux de Gérard Poussin, intéressants mais souvent ambigus. ». Gérard Poussin est psychologue et professeur émérite de psychologie à l’Université de Grenoble. Il est également de pratique scientifique. Contrairement, à la psychanalyse qui a réponse à tout, la psychologie scientifique est précise. Rien n’est donc totalement blanc ou noir… Il est à noter que les travaux scientifiques de Monsieur Poussin, publiés en anglais dans une revue internationale, démontrent que la résidence alternée profite généralement aux enfants [25].

Dans un de ses livres, Maurice Berger écrit ceci [26] : « Le docteur Pine, responsable au DSM des pathologies de l'enfant et l'adolescent, a demandé à J. Johnston et J. Kelly, cette dernière étant comme J. Johnston connue comme référence internationale en tant que spécialiste des conséquences du divorce sur les enfants et des divorces hautement conflictuel…/… ».  Puis, il écrit encore ceci [27] : « Les responsables du DSM ont demandé leur avis à J. Johnston et J. Kelly qui sont des chercheurs connus comme références internationales en tant que spécialistes des conséquences du divorce sur les enfants. ». Mais alors, pour quelles raisons Monsieur Berger occulte-t-il de sa publication dans Carnet PSY (n°181) les travaux et les publications scientifiques de J. B. Kelly ?

J. B. Kelly, docteur en psychologie de l’Université de Yale, psychologue clinicienne et directrice du Centre de médiation de Californie du Nord est l’auteure de nombreuses publications scientifiques qui démontrent que la résidence alternée constitue toujours le meilleur mode de vie pour les enfants de parents séparés même lorsqu’il existe un conflit parental intense. Par ailleurs, elle écrit aussi [28] : « This maternal preference was reinforced by untested psychoanalytic theory that focused on the exclusive importance of the mother …/... ». Traduction : « Cette préférence pour la mère a été renforcée par la théorie psychanalytique non validée qui met l'accent sur l'importance exclusive de la mère».

6) Conclusion

Les associations APPEA, COPES, WAIMH francophone, SFPEADA, FNEPE, etc. ne sont surtout pas des associations scientifiques. Aucun de leurs membres n’est scientifique et n’a jamais réalisé une étude sur la résidence alternée, publiée en anglais dans une revue internationale spécialisée !

Ces associations sont toutes d’obédience psychanalytique. En matière de résidence alternée les recommandations qu’elles prodiguent n’ont aucune légitimité. Les « formations » qu’elles prodiguent aux magistrats (JAF) ne reposent que sur des croyances et des préjugés sexistes psychanalytiques qui ne sont que des théories jamais vérifiées ou fausses. Elles ont d’ailleurs toutes été désavouées, en 1980, dans sa troisième édition, par le manuel Diagnostique et Statistique des troubles Mentaux (DSM III) de l'Association Américaine de Psychiatrie.

Dans une de ses publications, Jacques Van Rillaer, psychologue et professeur émérite de psychologie à l’Université de Louvain, démontre que l’obédience (psychanalytique) du psychologue qui a expertisé Patrick Derochette a influencé négativement sa conclusion d’expert. De ce fait, le criminel Patrick Derochette a été libéré de prison et il s’est ensuite immédiatement livré à un nouveau crime sur enfant [29]. Ce dernier crime aurait pu être évité si l’expert avait été d’une autre pratique.

En 2006, Mikkel Borch-Jacobsen, professeur de littérature comparée à l'Université de Washington, écrivait ceci [30] : « Il ne faut donc pas s'étonner si des experts se réclamant de la psychanalyse ont pu contribuer au désastre d'Outreau : placés dans un autre contexte et devant d’autres demandes, ils auraient tout aussi bien pu confirmer que les enfants avaient été abusés par une secte satanique ou, inversement, qu’ils étaient les vrais "séducteurs", du fait de leurs pulsions oedipiennes et perverses-polymorphes. Comme l’écrivait William James après avoir rencontré Freud lors de son voyage aux Etats-Unis, l’interprétation psychanalytique "est une méthode des plus dangereuses". Ne la mettons surtout pas entre les mains de personnes susceptibles de décider de notre destin. ».

Le charlatanisme se définit comme suit : « comportement de charlatan, de celui qui profite de la crédulité publique pour tromper » (Lien).

Et si dans la plupart des  décisions de justice malencontreuses (et en particulier dans les juridictions familiales qui font un usage immodéré de tels « experts ») se trouvait impliqué directement ou indirectement un praticien d'obédience psychanalytique (formateur ou enseignant, « expert », service social, etc)… ?

Et si le législateur était lui aussi régulièrement trompé par des associations de psychanalystes autoproclamées scientifiques ?


[1] Pierre Laroche – La parentalité en psychanalyse – Médiapart - 1er janvier 2014 : Lien

[2] Pierre Laroche – La parentalité en psychanalyse – Médiapart - 1er janvier 2014 : Lien

[3] AFIS : Lien

[4] Travaux préparatoires à l’élaboration du Plan Violence et Santé en application de la loi relative à la politique de santé publique du 9 août 2004 - Docteur Anne TURSZ - Mai 2005 - approuvé par le Ministère de la Santé et des Solidarités : Lien

[5] POUSSIN, G. ; LEBRUN-MARTIN, E. 2002. «A french study of children’s self-esteem after parental separation», International Journal of Law, Policy and the Family, 16, 313-326.

[6] APPEA-COPES – Plaquette de présentation – Journée Clinique - Résidence alternée - Page 2 : Lien

[7] Pierre Laroche – Faux et usage de psychanalyse – Médiapart - 14 décembre 2013 : Lien

[8] Pierre Laroche – Pétition des 5500 charlatans, loi famille et psychanalyse ! - Médiapart - 25 mai 2014 : Lien

[9] Pierre Laroche – Marc Juston et le Centre d’Analyse Stratégique trompés par les écrits d'une ex-sage-femme et quelques pédo-psychanalystes ! – 8 juin 2014 : Lien

[10] Maurice Berger - Le Carnet PSY – n°181 – Page 30.

[11]  Franck Ramus - Comprendre la publication scientifique - Science et pseudo-sciences – n°308 – Pages 21 à 34 (Lien).

[12] Sylvia Tabet - L’amour en partage - page 53.

[13] Daniel Marcelli - L'Enfant, chef de la famille : l'autorité de l'infantile.

[14] Sylvia Tabet - L’amour en partage - page 58.

[15] Maurice Berger - «Le divorce et l'âge de l'enfant ».

[16] Eric Verdier - Rapport : « Travaux préparatoires à l’élaboration du Plan Violence et Santé en application de la loi relative à la politique de santé publique du 9 août 2004 » - page 71 : Lien.

[17] Franck Méjean : Lien

[18] Rapport d’Information n°349 fait au nom de la Commission des Lois Constitutionnelles, de Législation, du Suffrage Universel, du Règlement et d’Administration Générale et de la Commission des Affaires Sociales sur la résidence alternée.

[19] La protection de l’enfance est-elle en danger ? Lien.

[20] Le Défenseur des Droits - La question du maintien des liens familiaux et du choix de la résidence lors des séparations parentales (voir page 6) : Lien

[21] Pierre Laroche – Faux et usage de psychanalyse – Médiapart - 14 décembre 2013 : Lien

[22] Francine Cyr - Pour en finir avec cette polémique autour de la garde physique partagée principalement pour les enfants de moins de six ans : Lien

[23] Linda Nielsen - Shared Residential Custody Review of the Research (Part I, Part II) – 2014

[24] Linda Nielsen - Parenting Plans for Infants, Toddlers, and Preschoolers: Research and Issues - 2014

[25] POUSSIN, G. ; LEBRUN-MARTIN, E. 2002. «A french study of children’s self-esteem after parental separation», International Journal of Law, Policy and the Family, 16, 313-326.

[26] Jacqueline Phélip et Maurice Berger - Divorce, Séparation : Les enfants sont-ils protégés ? - page 164 - 2012

[27] Jacqueline Phélip et Maurice Berger - Divorce, Séparation : Les enfants sont-ils protégés ? - page 227 - 2012

[28] Joan B. Kelly, Children’s Living Arrangements Following Separation and Divorce : Insights From Empirical and Clinical Research - Page 36 - 2007

[29] Jacques Van Rillaer - Psychologie de la vie quotidienne - Paris : Odile Jacob, 336 pages - 2003 : Lien

[30] Mikkel Borch-Jacobsen - Outreau, Freud et le Diable – Le Monde – 16 février 2006 : Lien

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