Baby Erdogan s'attaque au secret des sources

C'est une manœuvre qui devrait alerter tous les citoyens attachés à la Démocratie que cette tentative de perquisition des locaux de Médiapart sans aucune plainte ni aucun mandat. L'affaire est révélatrice de cette menace contre les libertés fondamentales exercée par le pouvoir jupitérien.

A la suite de révélations sur Alexandre Benalla (encore lui !), Médiapart a fait l'objet d'une tentative de perquisition pour "atteinte à la vie privée". En cause : des enregistrements de conversation entre Alexandre Benalla et Vincent Crase, tous deux mis en examen à la suite des violences perpétrées sur la place de la Contrescarpe. Cette perquisition a été refusée par la Direction de Médiapart : "Comme il s'agissait d'une enquête préliminaire, déclare Fabrice Arfi, l'un des journalistes, nous avons refusé la perquisition. Cette perquisition est une mise en danger majeure de nos sources". [...] Le procureur n'a pas exclu de revenir avec un mandat du juge des libertés et des détentions, qui rendrait la perquisition coercitive".

Aucune plainte n'ayant été déposée ni par monsieur Benalla, ni par monsieur Crase, le motif invoqué apparaît comme tenant du prétexte !  Il apparaît, selon BFMTV, que toute cette affaire a été pilotée depuis Matignon. Interrogé sur la légalité de la procédure, le parquet justifie cette manœuvre par une jurisprudence de 2012 concernant l'affaire Bettencourt, mais il y avait bien eu une plainte déposée. Fabrice Arfi commente : "Nous avons donc un procureur qui ouvre une enquête pour atteinte à la vie privée, sans plainte mais sur la foi d'un signalement d'un fantôme dont on ne sait rien et qui n'est pas cité ni entendu dans les bandes que nous avons révélées et, à l'abri de ce secret, pense pouvoir perquisitionner un journal sans mandat d'un juge des libertés".  Si ce mandat est délivré, il y aura fort à s'inquiéter de l'indépendance de la justice sous le règne de Baby Erdogan !

Ce qui rend complètement absurde cette tentative de main basse sur des documents protégés par le secret des sources est que, selon les dires de Fabrice Arfi, Médiapart avait accepté de communiquer à la justice les documents incriminés, dans le cadre d'une autre enquête sur les deux compères : "Monsieur Benalla semble notamment violer son contrôle judiciaire en rencontrant monsieur Crase". On peut donc voir dans cette tentative de perquisition une manœuvre grossière pour faire main basse sur l'ensemble des sources de Médiapart. La garde des sceaux ayant tenté de justifier le procédé à la chambre des Députés, la rédaction de Médiapart n'a qu'un seul commentaire : "Madame la Garde des Sceaux, vous mentez".

Selon la rédaction de Médiapart, toute cette procédure avortée n'avait qu'un seul objet : "identifier les sources et les informations confidentielles de notre journal dans l'affaire Benalla, qui fait trembler le sommet de l’État depuis l'été dernier". C'est aussi l'avis du collectif de journalistes qui qualifie l'affaire de "tentative particulièrement inquiétante d'attenter au secret des sources".

L'affaire donne raison à la contribution parue dans ce blog à propos de l'affaire Benalla : "On aurait tort de voir dans le cas Benalla une simple affaire d'apprenti barbouze qui a voulu jouer les Rambo. Dès le début, derrière cette affaire se cache une remise en question des fondamentaux de notre liberté, voulue par le Président et entérinée par la majorité parlementaire". il y avait des commentateurs qui ne semblaient pas prendre au sérieux la dérive dictatoriale de Baby Erdogan. Cette attaque contre l'indépendance de la justice et contre la presse devrait ouvrir bien des yeux : c'est bien à l'ensemble des contre-pouvoirs que s'attaque le Président et ce sont bien les libertés fondamentales qui sont menacées par le pouvoir jupitérien. Auteur de révélations sur des affaires sulfureuses (affaire Cahuzac, argent libyen...), Médiapart est l'une des meilleures sources d'information qui existe actuellement en France et par conséquent une des cibles désignées. A ce titre, il fait peur et en haut lieu, on aimerait bien le museler ! Benoit Hamon commente : "Le secret des sources est un sanctuaire que tout démocrate sincère doit protéger car il permet aux journalistes de divulguer des informations indispensables à la manifestation de la vérité. L'ingérence du pouvoir dans le travail de Médiapart est une nouvelle dérive autoritaire." On ne peut mieux dire !

 

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