Chômage, retraites: des coupes sombres assumées dans les dépenses sociales

Deux réformes, un seul but: faire baisser les dépenses sociales.

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LE DOSSIER MINE DE L'ASSURANCE CHÔMAGE

C’est finalement l’exécutif qui va devoir reprendre en main le dossier miné de l’assurance chômage : sans surprise, les négociations ont buté sur un point que le Patronat avait érigé en ligne rouge : l’idée de pénaliser les entreprises qui coûtent le plus cher à l’assurance chômage par l’instauration d’un système de bonus malus sur les contrats courts, les entreprises qui y ont recours payant plus à l’assurance chômage et, en contrepartie, les plus « vertueuses » bénéficiant d’une diminution de leurs cotisations. Mais le Patronat entend bien continuer à abuser de la précarité qui en résulte sans en assumer la responsabilité.

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L’exécutif va donc devoir reprendre en main un dossier qui s’avère éminemment sensible, puisque le but avoué  du processus en cours est de réaliser 4 milliards d'économie en trois ans  sur les dépenses d’allocation en faveur des demandeurs d’emploi. Cet épisode risque fort d’accélérer le déclin du paritarisme à l’échelon interprofessionnel.

Ignorant — ou faisant semblant d’ignorer— que c’est, à l’origine, une proposition de la CGT, le Gouvernement s’est prononcé en faveur de ce système de bonus-malus. Prendra-t-il le risque de se mettre à dos le patronat ou, comme d’habitude, passera-t-il sous les fourches caudines du MEDEF ? Il est au pied du mur et devra assurer une réforme qui, pour des raisons différentes, mécontentera tout le monde. Car le but avoué de la réforme envisagée est de réduire les dépenses. Pour cela, le Pouvoir a déjà mis sur la table tout un arsenal de mesures : plafonnement de l’indemnisation pour les cadres, contrôle renforcé des chômeurs avec durcissement des sanctions, pour lequel les effectifs supplémentaires sont déjà prévus à Pole Emploi, redéfinition de l’offre d’emploi valable. Les arbitrages ne sont pas encore rendus, mais les grandes lignes sont déjà connues.

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Le but inavoué est de remplacer le chômage par la pauvreté, à l’instar des « modèles » de plein emploi que revendique Macron : la Grande Bretagne et l’Allemagne, qui ont « dégonflé» les statistiques du chômage en en excluant les contrats zéro heures et les contrats un euro, respectivement. C’est une façon de traiter l’emploi qui ne reflète absolument pas l’état réel du marché du travail. La preuve en est apportée par la revue Alternatives Economiques, qui a comptabilisé les emplois en équivalent temps plein et conclut à un taux de chômage identique en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne, autour de 28%. C’est le seul indice qui rend rigoureusement compte du véritable taux d’emploi. Aussi, quand, au hasard d’une émission télévisée, on entend Macron vanter le plein emploi dans les deux pays voisins, soit il sait que les statistiques du chômage ne sont pas comparables d’un pays à l’autre et il nous ment, soit il ne le sait pas et on se demande vraiment de qu’on leur apprend à l’ENA.

 La vérité, c’est que nos deux grands voisins ont sciemment remplacé le chômage par un taux de pauvreté très supérieur au nôtre. L’année dernière, les déclarations ineptes ont été légion, comme celle qui assimilait les chômeurs à des  profiteurs qui préfèreraient se la couler douce au soleil des Bahamas plutôt que de travailler (comme si les allocations chômage permettaient de se payer un aller et retour et un séjour !). Dernièrement, Edouard et Penicaud ont remis le couvert en alléguant que 6 millions de chômeurs en France percevraient plus au chômage que quand ils travaillent. Médiapart précise qu'un chômeur ayant travaillé 90 jours en CDD touchera une allocation chômage très différente selon qu'il ait travaillé sous un contrat unique ou sous des contrats fractionnés, mais fait remarquer que toute tentative de modifier cet état de choses, comme de juste dans le sens du moins-disant, pénaliserait encore un peu plus des populations déjà précaires.

Et toute la "philosophie" des réformes est là : ce n’est pas la guerre contre le chômage qui est engagée, c’est la chasse aux chômeurs que, dans le but d’éviter de dépenser « un pognon de dingue », on voudrait bien transformer en pauvres. Cela est tout de qu’on veut, sauf une politique de l’emploi.

 

ALERTE RETRAITES

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La précédente réforme des retraites avait fait reculer la retraite à 62 ans pour celles et ceux qui ont le nombre de trimestres requis et à 67 ans pour les autres. L’âge de la retraite va passer à 63 ans en janvier 2019, avec - cerise sur le gâteau - une minoration temporaire de 10% pour inciter à travailler plus longtemps. Ce mauvais coup vient de l’accord signé par la CFDT en 2015.

C’est une attaque généralisée sur le niveau des retraites que nous vivons actuellement : elle a commencé avec le gel des revalorisations voulu par Hollande et s’est amplifiée avec l’augmentation de la TVA qui les retraités, le tout induisant un pouvoir d’achat des retraites en baisse d’environ 3%.

Mais le pire est encore devant nous, avec l’introduction d’un régime unique de retraite inspiré du modèle suédois  et de ses comptes notionnels : ceux-ci consistent, après l’introduction d’un système par points, à attribuer à chaque retraité un capital virtuel dépendant du nombre de points qu’il aura cumulés. Ce capital sera ensuite divisé, au moment où le salarié fera valoir ses droits à la retraite, par l’espérance de vie résiduelle du retraité pour déterminer le montant de la pension annuelle.

Un système par points, c’est ne plus connaître par avance le montant de sa pension ni la durée de cotisation, la valeur du point étant fixée par le

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Gouvernement en fonction des aléas économiques. S’il décide de baisser celle-ci de 20%, les retraites actuelles et futures seront mécaniquement amputées de 20%. On passe ainsi, de fait, d’un système de retraite à gestion paritaire à un autre géré par le pouvoir.

Le système notionnel à la suédoise, c’est également la fin des retraites de réversion, réduisant à la misère le conjoint survivant. C’est surtout les femmes, qui occupent en majorité les emplois précaires et sous payés, qui seront affectées par cette mesure.

Toutes ces mesures ne visent qu’à une seule chose : faire du montant des retraites la seule variable d’ajustement du système. Et on voit le résultat en Suède, où le montant des pensions s’effrite progressivement. La « philosophie » est donc bien une diminution du pouvoir d’achat des retraités, présentés par la propagande macronienne comme des « privilégiés » pour mieux préparer l’opinion publique à cette régression sociale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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