Le tartuffe de l’écologie et l’accord Mercosur

S’il en était encore besoin, la justification donnée par Macron pour la ratification de l’accord Mercosur suffirait à démontrer l’incompatibilité du modèle économique actuel avec ses prétentions écologiques. La ratification de l’accord par le parlement français serait une imposture de plus.

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C'est la dernière boule puante de Jean-Claude Junker, sur le point de tirer sa révérence. Encore une fois de plus, l’Union Européenne a négocié en toute opacité un accord de libre échange avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay). Il crée un marché de 780 millions de consommateurs sur les deux continents.

Cet accord commercial porte sur plusieurs secteurs, agricoles et industriels, au bénéfice desquels il fait disparaître les taxes à l'importation. Il suscite différentes oppositions pour des raisons économiques (agriculteurs, éleveurs) pour qui les produits importés de pays à bas coût de main d’œuvre constituent une concurrence déloyale). La présidente de la FNSEA interroge : "Comment le gouvernement peut-il dire à l'agriculture française moins d'antibiotiques, moins de phytosanitaires, plus de traçabilité et ouvrir grandes les vannes au Brésil, qui s'est illustré par des scandales sanitaires à fort retentissement ? Ils sont sur ce point soutenus par les déclarations de Nicolas Hulot, qui dit : "on se tire une balle dans le pied puisque [...] on exonère les pays importateurs des efforts que nous demandons à nos propres agriculteurs". Le seul secteur à y trouver son compte est le secteur industriel, car les échanges entre les deux marchés vont évoluer en faveur de l'Europe. On pourrait, en cherchant bien, y trouver un point positif : la disparition des tribunaux arbitraux tant contestés dans les autres accords.

Mais le principal motif d'opposition concerne l'impact écologique : En tête de la contestation, Nicolas Hulot, pour qui "il y a des textes qu'on ne peut plus signer". Il conteste globalement ces accords de libre échanges, au nom de la lutte contre le réchauffement climatique  : "Le libre échange est à l'origine de toutes les problématiques écologiques. L'amplifier ne fait qu'aggraver la situation. Il faudra d'ailleurs comprendre un jour qu'une des premières obligations va être de relocaliser tout ou partie de nos économies". Interrogé rétrospectivement sur le CETA, il répond : "Le Canada est un des pires élèves du G20. Signer le CETA, c'était le conforter. Ne pas le signer, c'était l'encourager à faire autrement".

Ce n'est pas le point de vue de l'écotartuffe Macron, qui, en contradiction avec sa prétendue conversion à la cause écologique, privilégie ostensiblement les considérations économiques : "un bon accord commercial est bon pour nos entreprises et nos emplois et cet accord permettra d'ouvrir des marchés agricoles et industriels". L'hypocrisie présidentielle apparaît dans toute son ampleur lorsqu'il  prétend avoir posé comme condition que ces pays aient adhéré à l'accord de la COP21, qui n'a rien de contraignant puisqu'il n'est pas respecté par la plupart des pays qui l'ont signé, y compris la France.

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C'est principalement le Brésil qui est dans le collimateur des opposants : sans surprise, il y a Yannick Jadot, qui accuse la Commission Européenne de pactiser avec Bolsonaro "qui s'en prend [...] à l'Amazonie et a homologué 239 pesticides depuis janvier". Matthieu Orphelin, un proche de Nicolas Hulot démissionnaire de LERM, surenchérit : "Depuis son arrivée au pouvoir, le rythme de la déforestation en Amazonie a plus que doublé. On en est à plus de 400 hectares de forêt primaire détruit chaque jour et on sait qu'à chaque fois qu'on déforeste un hectare, c'est 450 tonnes de CO2 envoyées dans l'atmosphère. C'est une bombe climatique". Jean-Baptiste Moreau, agriculteur et député LERM, dénonce "la situation agronomique catastrophique [du Brésil] avec des sols rendus stériles par l'usage massif de produits phytosanitaires en tout genre". Espérons que ce député, ainsi que tous ceux de la majorité qui critiquent cet accord, sauront prouver que l'expression "courage politique" n'est pas toujours un oxymore en faisant savoir à Macron qu'ils ne sont pas dupes de son double discours.

Car la messe n'est pas encore dite : avant que l'accord entre en vigueur, il faut d'abord qu'il soit ratifié par chaque parlement national avant d'être soumis à l'approbation du parlement européen. Mais il faudra pour cela que, pour une fois, les élus ne se laissent pas envouter par le chant des sirènes lobbyistes et donnent leur avis en toute indépendance vis-à-vis des intérêts économiques et partisans.

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