L'écologie, salopette rayée de Macron

Après s'être engagé à ne pas censurer les propositions de la CCC, Macron, de l'aveu même de Barbara Pompili, n'en retiendra que 40%. Les 150 citoyens de la convention citoyenne s'organisent en association et Cyril Dion lance une pétition. Le Président répond avec sa morgue habituelle, non sans se parer des plumes du paon.

Quand Emmanuel Macron a sollicité Cyril Dion pour qu'il soit le garant de la Convention Citoyenne pour le climat (CCC), il avait promis à celui-ci d'appliquer les recommandations de la CCC "sans filtre" : Il réitère cet engagement devant les journalistes : "Ce qui sortira de cette convention, je m'y engage, sera soumis sans filtre soit au vote du Parlement, soit à référendum, soit à application réglementaire directe" (25 avril 2019).
Une rencontre avec les membres de la Commission (janvier 2020) révèle que l'engagement initial commence déjà à se fissurer : il mentionne trois "filtres" possibles : un groupe de travail, gouvernemental, parlementaire ou administratif, qui serait chargé de "remettre en musique" les propositions jugées insuffisamment précises ; il y a aussi des dispositions constitutionnelles qui montrent que l'engagement "sans filtre" était fallacieux :  le droit pour le conseil constitutionnel de "retoquer" des propositions (c'est pas moi, c'est le conseil constitutionnel) qui ne sont pas conformes à la constitution, le droit pour le Parlement d'amender des propositions de loi (c'est pas moi, c'est le parlement). Le journal la Croix souligne que la promesse du "sans filtre" était juridiquement intenable, d'abord parce que la création de la CCC n'a rien de constitutionnel et ne saurait donc légiférer à la place des institutions républicaines. Macron, comme sur d'autres sujets, a fait preuve d'un amateurisme incompatible avec la fonction présidentielle et s'est jeté tête baissée dans un piège dont il cherche aujourd'hui à s'extirper. 
On peut, évidemment, comprendre que l'engagement de Macron ne concernait que lui-même et n'engage ni le Conseil Constitutionnel ni le Parlement qui peuvent retoquer ou amender un projet de loi, conformément à la constitution.  Mais il y a un troisième "filtre" qui démontre, s'il en était besoin après trois ans de macronie, que le Président n'a pas de parole : "Il y a un cas de figure qui peut être, moi, de vous dire : 'Je ne suis pas d'accord'."  Il l'a déjà fait sur trois propositions qu'il a appelées ses "jokers" (réduction de la vitesse sur les autoroutes, taxe sur les dividendes, modification du préambule de la constitution). Et, de son propre aveu, il ne reprendra pas la proposition d'interdiction des vols intérieurs sur les trajets qui peuvent se faire en train en moins de 4 heures, et là, on voit une motivation économique car, selon le ministre Jean-Baptiste Djebbari,  une telle mesure achèverait un secteur déjà à terre. La même logique amène à s'inquiéter sur le sort de la proposition d'interdiction d'extension pour les plateformes aéroportuaires. La proposition de moratoire sur la 5G, qui n'était pas au départ dans les "trois jokers" du Président, est repoussée "pour ne pas céder au modèle amish". Pour surenchérir, certains membres du Gouvernement y vont de leurs propres vétos. Les membres de la CCC ont donc de réelles raisons de s'inquiéter de l'avenir de leurs propositions, d'autant plus que la ministre de l'écologie annonce déjà que seules 40% des propositions seront retenues.

Devant la menace qui pèse sur ses travaux, la CCC décide de se constituer en association pour défendre ses propositions et Cyril Dion lance une pétition , qui à ce jour, approche les 400000 signatures, pour rappeler au président ses promesses. Ce qui n'est pas du goût de Macron, qui répond aux critiques de la CCC avec sa morgue habituelle : "Ça c'est la solution des fainéants. C'est-à-dire que ce sont les gens qui disent : "Là, j'ai un truc, c'est à prendre ou à laisser. Vous ne prenez pas ? C'est nul, allez, vous n'avez pas fait le boulot !" avant de s'insurger contre les "donneurs de leçons" : «Je n'ai pas de leçons à recevoir! (...) Personne n'en a autant fait, depuis dix ans. On a arrêté des projets que tout le monde laissait traîner, Notre-Dame-des-Landes, la Montagne d'or, EuropaCity,».

La "solution des fainéants", c'est celle de n'écouter que les "experts" qui ne disent aux politiques que ce qu'ils ont envie d'entendre et non les scientifiques, et aussi de se décharger sur une Convention dont la légitimité est contestable du travail de réflexion qui devrait être celui du Gouvernement et de ses conseils. Il est réjouissant de constater l'influence grandissante du milieu associatif qui réussit à faire écarter les projets nuisibles cités par Macron et plus récemment, un projet de carrière dans le Vexin et la ferme des mille vaches.  Macron ne sait rien d'autre que de se parer des plumes du paon car sans la pugnacité des associations, les décisions environnementales dont il se targue n'auraient jamais vu le jour. Mais ces associations sont celles là même qu'il cherche aujourd'hui à museler par des artifices telles que la mise à l'écart de la Commission Nationale du Débat Public et de sa présidente Chantal Jouanno ou la loi ASAP. C'est donc le Président qui n'a pas à donner de leçons !

Le scandale des algues vertes avait déjà montré à quel point les impératifs économiques (c'est à dire, en réalité, les intérêts défendus par les lobbies) pouvaient prendre le pas sur le bien-être, la santé et même la vie. La plupart des arbitrages qui seront pris concernant les propositions de la CCC le seront au nom d'impératifs économiques, comme l'a été récemment l'annulation d’interdiction du glyphosate pour les betteraviers. Les "Amish" vous disent, monsieur le Président, que la crise écologique n'attendra pas que vous et vos pairs se décident enfin à appliquer les mesures nécessaires pour l'enrayer.  Il ne donc faut voir dans vos nouveaux habits verts rien d'autre qu'une opération de greenwashing en train de tourner au vinaigre. Si les velléités de candidature de Coluche avaient amené Mitterrand à s'affubler d'une salopette rayée pour siphonner les voix potentielles de l'humoriste, il n'aurait pas été plus ridicule !

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