Les mutations du climatoscepticisme

Le mot climatoscepticisme est apparu avec les premiers rapports du GIEC. Il y a seulement cinq ans, les articles de ce blog qui parlaient du réchauffement climatique étaient commentés par des lecteurs qui niaient le phénomène. Consciemment ou non, ces premiers climatosceptiques tenaient un discours de défense des intérêts des gros pollueurs, mais, aujourd'hui, celui-ci ne résiste pas à l'analyse.

La preuve de l'effet de serre du CO2 est due à un scientifique suédois qui, dès 1927, déclarait au cours d'une conférence à Paris : « Nous avons consommé autant de charbon fossile en dix ans que l'homme en a brûlé durant tout le temps passé. […] Il devient nécessaire de trouver d'autres sources d'énergie, afin que la civilisation du monde ne s'effondre pas lorsque les combustibles fossiles seront sur le point d'être épuisés. ». Mais c'était la belle époque des énergies fossiles - charbon et ensuite pétrole - bon marché et déjà, pour des raisons d'intérêts économiques, ce message prophétique a été largement ignoré. C'étaient les prémisses d'un climatoscepticisme qui n'avait pas encore de nom.

Mais le mot même est apparu avec les premiers rapports du GIEC. Il y a seulement cinq ans, les articles de ce blog qui parlaient du réchauffement climatique étaient commentés par des lecteurs qui niaient purement et simplement le phénomène. Quand on leur demandait alors comment ils expliquaient la fonte accélérée des glaces polaires, ces climatosceptiques de la première heure se muraient dans le silence. Aujourd'hui, face à l'évidence, on ne trouve plus personne qui nie que la terre est en train de se réchauffer, à part ce demeuré de Donald Trump qui questionne dans ses tweets "Qu'est devenu le réchauffement climatique" lorsqu'une vague de froid frappe les États-Unis alors qu'aux antipodes, l'Australie est en proie à la canicule. Mais Trump sait-il seulement qu'en Australie, la fête de Noël tombe en été ?

Consciemment ou non, ces premiers climatosceptiques tenaient un discours de défense des intérêts des gros pollueurs, mais, aujourd'hui, celui-ci ne résiste pas à l'analyse. Alors que les canicules et les sécheresses étaient autrefois localisées, elles sont aujourd'hui mondiales. Jamais l'eau n'a manqué dans autant de pays, jamais les incendies de forêts, de l'Amazone à la Sibérie et même à l'Indonésie n'ont été aussi dévastateurs. Le mois de Juillet 2019 est, à l'échelle mondiale, le plus chaud jamais enregistré. Alors on change de discours : oui, il y a bien un réchauffement généralisé, mais sans corrélation avec le taux de CO2, ce qui en infirme l'origine humaine. La mise en concordance du discours climatosceptique avec les intérêts économiques se précise. Mais ce nouveau discours, qui se basait sur une prétendue pause du réchauffement climatique non corrélée avec l'augmentation continue du CO2 atmosphérique, n'a pas résisté à l'analyse lorsqu'on a établi que cette pause apparente était due à un changement des méthodes de mesure.

Alors, nouveau changement de discours du climatoscepticisme : en manque d'arguments sur le fond, il attaque les personnalités qui portent la mobilisation contre le réchauffement climatique, parfois avec des déclarations révélant un manque total de dignité. L'exemple le plus évident est celui de la jeune Greta  Thunberg, en particulier au moment où elle a été reçue à l'Assemblée Nationale. Tous ses gestes sont aujourd'hui observés et commentés : lorsqu'elle mange une banane, ça n'est pas écologique. Lorsqu'elle décide de se rendre aux États-Unis en voilier, c'est pour essuyer les critiques des bien-pensants qui lui reprochent de ne pas avoir inclus dans son bilan carbone le voyage de l'équipage qui ramènera le bateau. Ses détracteurs ne se demandent même pas si cette traversée n'était pas programmée avant qu'elle n'y participe, auquel cas son bilan carbone est aussi nul que celui d'un auto-stoppeur. Et, de toute façon, si elle avait décidé de s'y rendre en avion, elle aurait aussi été critiquée. Tout cela pue la mauvaise foi !

Comme le dit un article du Monde, il n'y a pas que le climat que se dégrade. Il y a aussi la qualité du débat public.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.