Greta Thunberg, autiste Asperger assumée et fer de lance du militantisme écologique

"On n'est pas sérieux quand on a 18 ans", écrivait Arthur Rimbaud. La gravité exceptionnelle avec laquelle Greta Thunberg parle du réchauffement climatique est l'exception qui confirme la règle. Comment cette adolescente, atteinte d'un syndrome d'Asperger qu'elle revendique elle-même comme "un titre de noblesse" a-t-elle réalisé ce parcours qui la mène aujourd'hui a l'Assemblée Nationale ?

Alors que la barre des 45° a été aujourd'hui franchie en France, Greta Thunberg, la jeune militante suédoise qui a su mobiliser la jeunesse, est reçue à l'Assemblée Nationale par des élus qui ne font rien contre le réchauffement climatique, mais font semblant de s'y intéresser. Mais cette jeune suédoise ne se laisse pas impressionner par l'aspect "greenwashing" des discours officiels, à commencer par celui de notre président, à qui elle dit : "Monsieur Macron, vous devez agir maintenant et pas simplement dire que vous allez agir."

Le parcours de Greta Thunberg suscite bien des interrogations : comment une jeune fille, décrite par son père comme "très timide et très silencieuse", ce qui s'explique par un syndrome d'Asperger qu'il serait légitime de considérer comme un handicap, est-elle parvenue à une notoriété qui en fait un des porte-voix de sa génération ? Quel chemin l'a conduite de la COP24 de Katowice au forum de Davos ? Greta donne elle-même un élément de réponse : c'est sa différence qui l'a poussée très tôt à s'intéresser très tôt aux problèmes d'environnement : à 8 ans, les images de fonte des glaciers et le sort des ours polaires ont laissé des images indélébiles dans sa tête. Alors n'en déplaise à Laurent Alexandre, auteur de l'attaque la plus ignoble de toutes, si c'était précisément ses particularités psychologiques qui lui donnent une sensibilité que beaucoup d'adultes n'ont pas ?

La notoriété de Greta suscite aussi bien d'autres attaques et  critiques, dont aucune ne répond sur le fond : les plus modérées, ignorant que "la valeur n'attend pas le nombre des années" ne conçoivent pas qu'une personne aussi jeune puisse avoir une opinion autorisée. Ce à quoi elle répond avec beaucoup d'à propos :  "je suis d’accord avec cette critique : je suis trop jeune pour faire ça. Nous, les enfants, on ne devrait pas avoir à faire ça. Mais, comme presque personne ne fait rien et que notre avenir même est en danger, nous pensons que nous devons continuer".

Il ya d'abord le député LR Guillaume Larrivé qui appelle au boycott. "Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n’avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifique et de courage politique. " Les réactions à cette déclaration rappellent à quel point l'expression "courage politique", utilisée de préférence par des élus qui en manquent totalement, fait figure d'oxymore. L'une d'entre elles répond "On attend votre courage. C'est ce à quoi elle vous appelle. Pendant ce temps vous continuez à défendre bec et ongles l'économie carbonée". Une autre renchérit : "C'est ça, déroulez plutôt le tapis rouge aux lobbies, pour continuer de bousiller la planète, c'est plus rentable pour vous, n'est-ce pas ?" En deux tweets, l'essentiel est dit. Car c'est aussi une réponse à Laurent Alexandre qui accuse Greta d'être manipulée par "les ayatollahs écolo-catastrophistes". Cette accusation de manipulation , c'est l'hôpital qui se moque de la charité de la part de parlementaires incapables de prendre une décision favorable à l'environnement. Avant de donner des leçons, qu'ils s'affranchissent de l'influence des lobbies qui les poussent à voter  pour des accords internationaux destructeurs d'environnement(CETA, Mercosur), à favoriser des projets qui augmenteront le trafic aérien (EuropaCity, T4 d'ADP) à l'heure où les suédois tendent à boycotter le transport aérien, à autoriser les pesticides tueurs d'abeilles et cancérigènes pour l'homme.

Valérie Boyer, surenchérit : « Ce n’est pas une petite qui a arrêté l’école qui peut venir donner des leçons aux adultes. Je pense que cela décrédibilise le message. Je préférerais qu'on discute avec des scientifiques, avec des personnes qui ont des solutions ». La raclure politique ne recule devant aucun mensonge, car d'où tient-elle que Greta a arrêté l'école ? C'est même le contraire, car pour pouvoir faire grève de l'école une fois par semaine, encore faut-il être scolarisée. Quant à discuter avec les scientifiques, encore faudrait-il d'abord être capable d'écouter ce qu'ils ont à dire, à l'heure où les "marchands de doute" continuent de décrédibiliser la science authentique. Et, sur ce point, la jeune Greta répond elle-même : "Si tout le monde écoutait les scientifiques et entendait les faits que j'évoque constamment, personne n'aurait à m'écouter ou à écouter les centaines de milliers d'autres écoliers en grève pour le climat dans le monde. On pourrait tous retourner à l'école."

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Justement, écoutons les scientifiques et en particulier la climatologue du GIEC Valérie Masson-Delmotte  : elle envoie dans les cordes les protagonistes de cette polémique : "C'est une polémique totalement futile, on parle de cette personne et on ne parle pas du fond". C'est aussi l'avis de la jeune Greta qui s'exprimant cet après midi devant l'Assemblée Nationale, a appelé les députés à dépasser la polémique sur sa personne en ces termes :  "Certaines personnes ont choisi de ne pas venir à cette réunion aujourd'hui, certaines personnes ont choisi de ne pas nous écouter. Ce n'est pas grave. Après tout, nous ne sommes que des enfants, vous n'avez pas le devoir de nous écouter. Par contre, vous avez le devoir d'écouter les scientifiques, et c'est tout ce que nous vous demandons". Mais combien de canicules, de sécheresses, d'ouragans destructeurs, d'incendies massifs de forêts faudra-t-il pour que le message soit enfin entendu ?

L'astrophysicien Aurélien Barrau publie sur son blog le dessin ci-dessus qui résume tout le ridicule de Larrivé, Boyer et autres. Il commente : “Les quelques députés frondeurs devraient comprendre que la science, le sérieux, la raison sont précisément du côté de Greta. Je trouve leur attitude scandaleuse et même indigne. [...] On sait depuis 40 ans que nous sommes dans une situation critique. Tous ceux qui s’y intéressent le savent.
15 000 scientifiques ont alerté sur la gravité de situation. Rien n’a été fait. Les experts internationaux alertent, rien n’est fait, et là, ils s’indignent du fait qu’une jeune femme vienne précisément relayer ce message?! Soyons bien clairs, la Science est du côté de Greta.”

Greta Thunberg ne méritait pas la polémique agressive qui a éclaté autour d'elle et les insinuations qui l'accompagnaient : elle n'aurait pas été capable d'entraîner des millions de jeunes dans son combat sans une pensée structurée qu'il est impossible d'attribuer à une supposée manipulation, un discours bien construit, une hauteur de vues qu'ont peu de personnes de son âge et une force de persuasion hors du commun. L'Assemblée Nationale française n'est surement qu'une étape pour elle et nous lui souhaitons d'être entendue partout où elle ira porter le message d'une génération inquiète pour son avenir.

 

 

 

 

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